Violence liée au milieu de la drogue à Anvers : d’où vient cette recrudescence et que peuvent faire les autorités ?

Depuis vendredi dernier, Anvers a connu une série de nouveaux épisodes de violence impliquant des coups de feu et des attaques à la grenade. Les actes sont très probablement liés au trafic de drogue. Mais d’où provient cette recrudescence ? Et est-ce que les autorités peuvent y remédier ? Deux experts en criminalité liée à la drogue analysent la situation. 

Les communes anversoises de Deurne et de Borgerhout ont été les plus touchées par les différents incidents lors desquels des habitations ont été la cible de tirs et de grenades. Les faits font aujourd’hui  encore l’objet d’une enquête. On ne sait toujours pas s’ils sont liés, mais tout porte à croire qu’ils mènent directement au milieu criminel de la drogue. 

"Il est flagrant de constater que les lieux qui ont été ciblés sont les habitations de personnes connues pour leur implication dans des circuits criminels", indique le journaliste Joris Van der Aa, qui suit depuis longtemps le dossier pour le journal anversois, Gazet van Antwerpen. "Il s’agit parfois aussi de personnes qui ont une fonction intéressante au sein du port d’Anvers". 

D’après le journaliste, les quais 1700-1742 sont les plus intéressants pour les trafiquants. "Il s’agit de quais à containers très importants sur la rive gauche. Enormément de drogue passe par là. C’est le genre de lieu où les organisations criminelles cherchent des collaborateurs". 

L’effet coronavirus

Selon Teun Voeten, auteur d’un ouvrage sur le sujet, il existe actuellement beaucoup de nervosité au sein du milieu de la drogue. Ce stresse serait l’une des explications au regain de violence à Anvers. 

"Chaque entreprise a connu des problèmes à cause du coronavirus, et il en va de même pour les mafias de la drogue", souligne-t-il. "Il y a moins de demande, car les sorties et la vie nocturne sont à l’arrêt". La situation rendrait le travail des "petits" trafiquants plus difficile. "Un consommateur m’a raconté qu’auparavant, il recevait durant le week-end deux à trois messages d’un dealer. Maintenant, il en réceptionne dix par jour. Ils sont donc un peu désespérés", poursuit Teun Voeten. 

Il reste toutefois compliqué de déterminer le principal facteur lié à la récente recrudescence d’actes violents. "Ces dernières semaines, des quantités de cocaïne ont été interceptées au port d’Anvers, et de nombreuses personnes ont été interpellées. Souvent, les choses doivent alors être clarifiées", précise Joris Van der Aa. 

Intimidation

D’après Teun Voeten, la violence que connaît Anvers est plutôt symbolique. "Une grenade sous une voiture, quelques tirs vers une porte… Il peut s’agir de quelqu’un qui n’a toujours pas payé la marchandise, qui a chipé quelques kilos, qui n’a pas respecté un accord ou qui a dénoncé quelqu’un à la police. Les criminels veulent alors lancer un signal, et leur dire ‘don’t fuck with us’". 

"Si les gens veulent vraiment passer à l’acte et tuer quelqu’un, ils le font", poursuit l’auteur. "A Anvers, cela n’arrive heureusement pas si souvent, contrairement à ce qui s’est déjà passé à Rotterdam ou Amsterdam". 

Des mafias invincibles ?

Ces derniers jours, les journalistes ont pu constater que la police et le monde politique ne s’expriment que très peu sur les récents incidents. Le parquet d’Anvers a même décrété un arrêt de la communication. Une mesure que Joris Van der Aa comprend : "il s’agit de faits criminels. Ce que nous écrivons, en tant que journalistes, ou ce que déclare le porte-parole de la police est suivi de près par les criminels. Nos articles sont lus jusqu’à des contrées lointaines tel que Dubaï". 

Selon le journaliste, il est difficile de savoir si les actes de violence se poursuivront ou s’ils seront freinés. "Le business de la drogue est très grand. Je ne vois pas bien comment on peut le contrer. Les autorités doivent lutter contre le milieu. La question reste toutefois de savoir si elles gagneront". 

Les plus consultés