Que savaient Jan Jambon et la direction de la police sur la mort de Jozef Chovanec à l'aéroport de Charleroi ?

Que savaient le ministre de l'Intérieur de l'époque, Jan Jambon (N-VA), et la cheffe de la police fédérale Catherine De Bolle, au sujet du décès du Slovaque Jozef Chovanec après une opération policière dans une cellule de l'aéroport de Charleroi le 24 février 2018 ? Tous les deux ont d'abord affirmé qu'ils n'étaient pas au courant, mais après les commissions conjointes des affaires intérieures et de la justice, il semble qu'au moins le cabinet de Jan Jambon était bien au courant. Et cela ressort aussi clairement de certains documents que la VRT a pu se procurer.

La direction de la police était-elle au courant ?

Dans la propre revue de presse de la police du 1er mars, il est déjà question de ce qui s'est passé dans la cellule de l'aéroport de Charleroi. Or cette revue de presse est également lue dans les hautes sphères de la police.

De plus, l'affaire est aussi relatée dans la presse belge, et des images de ce qui a précédé l'incarcération dans la cellule apparaissent également à la télévision slovaque. La question est de savoir si la police savait , à ce moment-là, que les faits qui s’étaient déroulés dans la cellule de l’aéroport étaient aussi graves.

Mais il y a un élément supplémentaire : dès le 26 février 2018 - alors que les faits viennent de se produire - un e-mail est envoyé à la police contenant une note de l'ambassadeur slovaque à Bruxelles. Il évoquait déjà "un grave incident à l'aéroport de Charleroi" dans une lettre adressée au SPF Affaires étrangères.

"Après son arrestation musclée par vos services d'ordre, M. Chovanec a été transféré, gravement blessé, à l'hôpital Marie Curie. La famille de M. Chovanec a déjà introduit une plainte contre X. La République slovaque suit de près l'évolution de ce regrettable incident. Nous serons également attentifs au développement de la procédure", peut-on lire dans la lettre, rédigée sur un document officiel et signée le 26 février 2018.

A ce moment-là, Jozef Chovanec se trouvait en état de mort cérébrale. Il décèdera le jour suivant à l'hôpital.

Jan Jambon n’était-il vraiment pas au courant ?

La semaine dernière, Jan Jambon a déclaré à la chaîne privée VTM qu'on ne l’avait jamais informé sur l'affaire, pas un seul mot. Mais d'après les informations données hier au Parlement par l'actuel ministre de l'intérieur Pieter De Crem (CD&V), il semble qu’au moins le cabinet de Jan Jambon était au courant. C'est ce qui ressort également des documents que les journalistes de la VRT ont pu examiner.

Par exemple, le 26 février 2018 - avant la mort de Jozef Chovanec – un e-mail de la police de l'aéroport a été envoyé à un collaborateur de Jan Jambon. Le courriel contient également un rapport sur ce qui s'est passé dans la cellule. Il ressort des descriptions qu'il s'agissait d'une opération de police intensive, au cours de laquelle un médecin s’est également rendu sur les lieux. Il convient toutefois de souligner que le rapport ne donne pas la même impression d’intensité que les images qui ont été récemment rendues publiques.

D'autres courriels prouvent également que le cabinet Jambon était au courant de l'affaire. Il y a une communication à la police dans laquelle le Cabinet parle d'une "étrange affaire" et "demain nous rencontrerons l'ambassadeur (slovaque)".
Il y a également un élément supplémentaire. Les Affaires étrangères annoncent dans un document que l'ambassadeur slovaque a été en contact avec Jan Jambon à propos de ce qui s'est passé dans la cellule de Charleroi. Selon nos informations, il est vrai que l'ambassadeur s'est rendu au cabinet du ministre de l’Intérieur, mais Jan Jambon souligne qu'il n'était pas présent à cette réunion.
 

Que s’est-il passé il y a plus de deux ans ?

En février 2018, un passager slovaque de 39 ans, voulait prendre un vol à destination de son pays d’origine, depuis l'aéroport de Charleroi, mais son comportement a posé problème au moment de monter à bord. Il aurait poussé une hôtesse, se serait révolté de ne pouvoir prendre place dans l’avion et aurait finalement été emmené dans une cellule par la police fédérale.
Sur les images vidéo qui ont été diffusées depuis, on peut voir que l’homme se comporte étrangement et se frappe la tête contre le mur de la cellule, jusqu’à ce qu’elle soit ensanglantée. Des policiers tentent de l’immobiliser, lui passent une couverture sur la tête et un inspecteur pèse de tout son poids pendant 16 minutes sur le passager slovaque. Des ambulanciers interviennent et lui administrent un calmant, mais la victime tombe dans le coma et décèdera quelques jours plus tard à l’hôpital. C’est aussi le comportement d’une jeune policière qui choque particulièrement : elle fait le salut nazi, rit, fait des commentaires moqueurs. D'autres collègues s'y joignent. Une enquête est en cours depuis plus de deux ans et la semaine dernière, les images de l’intervention de la police ont été divulguées aux médias.

Jan Jambon a-t-il menti ?

Il y a quelques jours, Jan Jambon déclarait à VTM qu'il n'avait jamais entendu parler de l'affaire. C'était une réaction de sa part aux images prises dans la cellules qui étaient divulguées dans les médias. Pour l'instant, rien n'indique que Jan Jambon ait eu connaissance de ces images auparavant.

Néanmoins, il semble que son cabinet était bien au courant du dossier, or, Jan Jambon est responsable de son cabinet. En déclarant à la télévision qu'il ne savait rien du dossier, il donne une impression de négligence. Il est étonnant en effet de constater que Jambon ne s'est pas mieux informé.

Cette affaire aura-t-elle des conséquences politiques ?

Des critiques ont été formulées depuis un certain temps déjà sur le fait que le gouvernement flamand n'avait pas réagi de manière suffisamment décisive lors de la crise du coronavirus et que Jan Jambon, en tant que ministre-président, ne s’est pas suffisamment mis en avant.

La récente communication sur ce qui s’est passé dans la cellule de l’aéroport de Charleroi ne fait certainement pas honneur à l'image de Jan Jambon. Il y a une prise de conscience à l'intérieur et à l'extérieur de son parti que l’image du gouvernement flamand doit être améliorée.
 

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