L'avocate de la veuve de Jozef Chovanec veut délocaliser l'enquête

Maître Ann Van de Steen (photo), l'avocate de la veuve de Jozef Chovanec, a réagi avec indignation à la communication du parquet général de Mons qui estime que les gestes des policiers à l’aéroport de Charleroi en février 2018 ne seraient pas la cause du décès du passager slovaque placé dans une cellule. "C'est hallucinant, la folie du jour. Mais nous n'avons pas encore terminé et nous voulons que l'enquête soit menée ailleurs" qu’à Charleroi.

De son côté, le Conseil supérieur de la Justice (CSJ) a annoncé ce jeudi en fin d'après-midi qu'il ouvrait une enquête particulière sur le déroulement de la procédure judiciaire dans l'affaire Chovanec.

Le parquet général de Mons s'est exprimé sur l'affaire mercredi soir. "Contrairement à ce que l'on peut prétendre, à ce stade de l'enquête, il ne semble pas être prouvé que les actions des policiers aient été la cause directe de la mort de la victime", a déclaré le procureur général, précisant que l'enquête est toujours en cours. Le juge d'instruction avait ordonné plusieurs expertises, dont une autopsie, un examen anatomopathologique et une analyse toxicologique. Ces examens n'ont pas pu démontrer que la compression de la poitrine opérée par les policiers est la cause du décès du passager slovaque.

Le dossier avait été clos en janvier, sans que le juge d'instruction n'incrimine les policiers. "Hallucinant, bizarre, la folie du jour", a réagi l'avocate d'Henrieta Chovancova, la veuve de Jozef Chovanec. "Il est maintenant démontré qu'ils voulaient classer l'affaire et que, selon le parquet, personne n'est coupable dans cette affaire. Ils disent que les images doivent être vues "dans leur contexte", mais ce n'est pas un critère pour considérer la culpabilité, n'est-ce pas ? Le monde entier peut voir à quel point cette personne a été traitée de façon indigne dans la cellule, mais apparemment je dois la considérer dans son contexte".

Ann Van de Steen a informé sa cliente du message du parquet. "Elle était tellement choquée. Si, selon le procureur, rien ne s'est passé, pourquoi le grand patron de la police" - le commissaire général Marc De Mesmaeker - « veut-il parler à ma cliente en privé ? Elle ne lui serrera pas la main dans ce contexte, cette fête n'aura pas lieu", prévient l'avocate. "Même la Première ministre Wilmès s'est excusée auprès du Premier ministre slovaque, mais en fait ce n'était pas nécessaire, avez-vous regardé les choses dans leur contexte ? ", ironise-t-elle encore.

Ann Van de Steen estime que l'enquête est mal conduite. "Nous n'avons pas encore terminé et nous voulons que l'enquête soit menée ailleurs. Nous avons en effet déposé une demande de nomination d'un autre juge d'instruction, mais l'annonce du parquet indique clairement qu'il va contester cette décision auprès de la chambre des mises en accusation de Mons. Peut-être le ministre de la Justice devrait-il intervenir, comme pour l'enquête sur les tueurs du Brabant qui avait été retirée à Termonde", dit la défense d’Herietta Chovancova.

À l'époque, la chambre des mises en accusation de Gand avait transféré le dossier de Termonde à Charleroi, mais le ministre de la Justice de l'époque, Melchior Wathelet, a toujours nié qu'il y ait eu des pressions en ce sens. La guerre ouverte entre l'avocate et les enquêteurs pourrait conduire à une plainte contre sa cliente, car celle-ci aurait violé le secret de l'instruction en transmettant les images. "Le parquet le fera s'il l'estime nécessaire (...) L'étrangeté de la justice serait plus évidente que jamais. Je suis contente que ma cliente ait sorti les images", conclut Me Van de Steen.

Le parlement slovaque réclame une enquête de la Commission européenne

Le parlement slovaque a adopté une résolution dans laquelle il demande que la Commission européenne enquête sur l'affaire Chovanec. Le texte, déposé par l'opposition, a obtenu le soutien de l'ensemble du parlement de Bratislava, a appris la VRT. Ce vote démontre le mécontentement grandissant en Slovaquie à l'encontre de l'arrestation musclée dont a été victime le ressortissant de ce pays.

La Slovaquie indique ainsi ne pas suffisamment faire confiance à une enquête belge et souhaite que la Commission européenne se penche sur cette affaire. C'est à Didier Reynders, en tant que commissaire européen à la Justice, que la demande est adressée. Celui-ci était alors ministre belge des Affaires étrangères au moment des faits.

Selon l'agence de presse slovaque TASR, le ministre slovaque des Affaires étrangères Ivan Korcok a déjà exprimé son soutien à la résolution du Parlement, ajoutant que ses services "surveillent de près l'enquête en cours". "En soi, il n'est pas illogique qu'une telle résolution soit votée", estime le professeur Hendrik Vos, de l'Université de Gand. "L'Europe pourrait ainsi être appelée à enquêter sur le respect des principes de l'Etat de droit. Si ils sont violés, des sanctions politiques peuvent s’en suivre". D’après Hendrik Vos, il est peu probable que ce soit le cas pour la Belgique, qui pourrait toutefois recevoir un blâme.

Igor Matovic, président du gouvernement slovaque
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