Faut-il s'inquiéter de la hausse des contaminations ? L’avis des virologues

Le nombre de contaminations au coronavirus continue de croître en Belgique. "Ce qui est inquiétant, c'est que cette évolution s'accélère", a averti dimanche le virologue et porte-parole interfédéral Covid-19 Steven Van Gucht à la VRT. Ce dernier plaide pour que "la discipline soit maintenue". Pour son collègue Marc Van Ranst, "les mesures sanitaires existantes sont bonnes, le problème c’est qu’elles soient mises en cause."

Entre le 3 et le 9 septembre, le nombre moyen de contaminations par jour est passé à 636, dans notre pays, soit 38 % de plus que la semaine précédente. "Nous n'avons pas vu une telle moyenne hebdomadaire depuis longtemps, nous allons probablement aller jusqu'au millier", a estimé, ce dimanche, le virologue Marc Van Ranst dans "De zevende dag" (VRT). "La hausse se poursuit et s'accélère en effet. Je regarde toujours cette évolution avec une certaine anxiété", a ajouté son collègue Steven Van Gucht.

La courbe va-t-elle se stabiliser ? Et quand ?

Selon Steven Van Gucht, nous faisons aussi beaucoup plus de tests. "Ces derniers jours et semaines, de nombreux tests ont été effectués (jusqu'à plus de 30 000 par jour, ndlr), mais ce n'est pas la seule cause de l'augmentation. Actuellement, 2,8 % des tests sont positifs. Ce chiffre n'augmente pas, mais ne diminue pas non plus".

Quelle en est la cause ?

La multiplication des tests n'est pas la seule raison. En été, nous avons vu la hausse reprendre principalement dans certaines grandes villes et dans les agglomérations, mais actuellement la hausse est constatée dans presque toutes les provinces. Cela nous amène à penser que les voyageurs qui reviennent et l'ouverture des écoles ont une influence".

Une hausse du nombre d'infections, est-ce vraiment un gros problème ?

Steven Van Gucht souligne que les admissions à l'hôpital commencent également à augmenter. "Il y a actuellement une moyenne de 27 admissions par jour, soit une augmentation de 58 % par rapport aux 17 de la semaine précédente. C'est logique, car nous savons que les admissions à l'hôpital suivent les infections." Les gens ne tombent gravement malades qu'après un certain temps. "Le nombre de décès reste - heureusement - très faible, mais nous savons que c'est la dernière chose qui commence à augmenter."

Les principales contaminations surviennent chez les jeunes, or ils ne sont généralement pas très malades du virus ?

Pour l'instant, c'est le cas. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de danger, avertissent les deux experts. "Nous devons surveiller l'Espagne de très près", déclare Steven Van Gucht. "Ce pays est en avance sur nous." Là aussi, il y a eu les premières infections chez les jeunes, c'est ce qu'il semble. "Mais maintenant, vous voyez aussi que les infections passent de la population jeune vers la population plus âgée. Et puis vous avez plus d'hospitalisations et de décès. C'est ce que nous voulons éviter", souligne Marc Van Ranst.

"Quoi qu'il en soit, la situation reste différente aujourd’hui de celle du début d’année", souligne Steven Van Gucht. "Nous vivons d'une manière différente maintenant et cela aura son impact."

Faudrait-il prendre des mesures plus strictes ?

"Les mesures existantes sont bonnes. Grâce à ces mesures, les chiffres ont baissé, donc elles fonctionnent", explique Marc Van Ranst. "Le problème est qu'elles soientt mises en cause par certains billets d'opinion mais aussi par certains décideurs. C'est comme ça qu'on fait croire à la population que tout n'est pas si grave et que les mesures sont exagérées".

Selon Steven Van Gucht, nous devons d'abord savoir d'où vient l'augmentation avant de pouvoir examiner les mesures. "Supposons que l'augmentation soit principalement due aux personnes qui reviennent de vacances, alors nous devons travailler sur ce point. Si cela vient des écoles, nous ne devrions certainement pas abolir l’obligation du port du masque. Nous devons d'abord en dresser la carte. Mais ce n'est certainement pas le moment de commencer à abandonner les grands principes de distanciation sociale ni de la limitation des contacts".

Donc pas question d'agrandir sa "bulle sociale" ?

"Vous pouvez désormais avoir des contacts plus étroits avec cinq personnes par famille, mais cette mesure sera sans doute à nouveau sur la table du Conseil national de sécurité à la fin de ce mois. "Ils cherchent comment redéfinir cette bulle. C'est une bonne chose, mais pour moi, cette bulle signifie toujours : limiter ses contacts. Cela devrait être clair. Bien que cela doit être réalisable pour la population".

Et si la hausse se poursuit ?

Marc Van Ranst pense que nous allons passer à une moyenne de 1 000 infections par jour. "Tout cela n'est peut-être pas très important, sauf quand, à un moment donné, le nombre d'infections dépassera la capacité de détection des contacts. Alors nous aurons un problème. On risque alors de ne plus pouvoir contacter toutes les personnes. Les contaminations risquent de se poursuivre et l'épidémie d'augmenter".

"Aujourd’hui, nous tentons de tracer chaque cas. Si ce nombre continue d'augmenter, nous arriverons à un point où cela ne sera plus possible", déclare Marc Van Gucht.

"A partir de quand, c’est difficile à dire. La capacité de détection des contacts pourrait également être augmentée".
 

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