Van Gucht : "Seuls 5 à 8% des Belges ont des anticorps, loin de l’immunité de groupe"

Le nombre de Belges qui possèdent actuellement des anticorps contre le coronavirus oscille entre 5 et 8%, et ce pourcentage reste stable depuis des mois, précisait le virologue Steven Van Gucht ce vendredi matin lors de la conférence de presse du Centre national de crise. Deux projets de recherche ont confirmé ces chiffres, effectués sur des donneurs de sang et du personnel des soins de santé. "Nous sommes donc encore très loin de l’immunité de groupe", précise Van Gucht.

Le nombre de contaminations augmente pourtant de façon significative depuis quelques jours dans notre pays. "Au cours de la semaine écoulée, une moyenne de 30.000 tests de dépistage ont été effectués quotidiennement. Quelque 3,2% de ces tests se sont révélés positifs. Il y a deux semaines, seuls 2,5% des tests étaient positifs. A ces chiffres nous voyons effectivement que le virus circule davantage", indiquait le virologue.

Les contaminations augmentent avant tout dans deux groupes de la population : les jeunes âgés de 10 à 20 ans et les ainés de plus de 60 ans. "L’augmentation affecte toutes les tranches d’âges, mais ces deux groupes ressortent du lot. Nous devons donc être particulièrement prudents lors de contacts entre les jeunes et les plus âgés", souligne Steven Van Gucht (photo).

"Les règles générales de prévention restent inchangées: gardez une distance d’au moins 1,5 mètre, portez un masque buccal là où c’est nécessaire, restez chez vous dès que vous vous sentez malade, et limitez vos contacts. Il est plus important que jamais de ralentir la propagation du coronavirus", concluait le virologue.

Deux projets de recherche

Depuis fin mars, l'Institut de santé publique Sciensano surveille l'évolution des anticorps des donneurs de sang, d'une part, et auprès des travailleurs du secteur des soins de santé, d'autre part. Depuis le 30 mars, 10.453 échantillons ont été étudiés et les analyses les plus récentes font apparaître qu'environ 5% des donneurs de sang ont développé des anticorps détectables contre le coronavirus.

Il faut malgré tout interpréter ces résultats avec la prudence qui s'impose, fait remarquer Sciensano qui a effectué ces relevés en collaboration avec le Service du Sang de la Croix-Rouge et la Croix-Rouge section Flandre. Les donneurs de sang (18-75 ans) constituent en effet un groupe spécifique de la population, en bonne santé au moment de la prise de sang.

La même étude est également en cours - et jusque fin avril 2021- chez les travailleurs de la santé dans les hôpitaux belges. Pour celle-ci, Sciensano collabore avec l'Institut de médecine tropicale d'Anvers et suit un groupe de 850 travailleurs de la santé depuis fin avril. Les résultats font apparaître que le pourcentage de travailleurs de la santé ayant fabriqué des anticorps contre le virus n'a pas changé de manière significative sur toute la période et qu'il oscille autour de 8%.

Sur les 81 participants chez qui on a trouvé des anticorps, 5 (6%) ne présentaient pas de symptômes. Chez 2 de ces 81 participants seulement, plus aucun anticorps n'était présent dans le sang au bout d'un moment. Chez ces deux participants, dont les symptômes se limitaient à des maux de tête, les anticorps ont disparu environ deux mois et demi après la date probable de l'infection.

Il ressort clairement des résultats de ces deux études menées depuis des mois que l'existence d'une immunité collective est encore très éloignée, largement en dessous des 70% préconisés pour pouvoir en parler.

Valentin Bianchi / Hans Lucas

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