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La taskforce flamande contre la sécheresse lance la mise en œuvre du Blue Deal

Les scientifiques et les ministres flamands de la taskforce "Sécheresse" sont réunis pour la première fois ce lundi pour décider comment mettre en œuvre le "Blue Deal". Il s’agit d’un vaste plan d’action du gouvernement flamand pour contrecarrer à long terme la sécheresse et la pénurie d’eau en Flandre. Quelque 70 mesures supplémentaires devraient ainsi être appliquées ces prochaines années. "Avec le Blue Deal, la Flandre veut lutter contre le durcissement du sol en faveur d’une meilleure irrigation et d’une utilisation circulaire de l’eau autant que possible", indiquait la ministre de l’Environnement Zuhal Demir, qui dirige la taskforce.

L’épidémie de coronavirus nous a peut-être fait perdre de vue une série d’autres problèmes auxquels la société flamande est confrontée, mais le niveau dangereusement bas de la nappe phréatique en est certainement un. Le gouvernement régional estime donc qu’il est grand temps d’agir, avec la mise en œuvre du Blue Deal (‘Accord bleu’). Il s’agit d’un grand plan d’action en 70 points, que "les scientifiques réclament depuis 10 ans, afin de s’attaquer de façon structurelle à la pénurie d’eau dans la Région", confirme Marijke Huysmans, professeure en Hydrologie à l’Université Libre néerlandophone de Bruxelles.

"L’important est de recréer de la nature humide (marais et fagnes), pour que l’eau puisse s’infiltrer", précisait la ministre de l’Environnement, Zuhal Demir (photo, à g.), dans l’émission "De ochtend" de la VRT. "Au cours des 50 dernières années, 75% de notre nature humide a disparu".

Le deuxième pilier du Blue Deal sont des gros travaux d’infrastructure : "la construction de bassins d’infiltration et de réservoirs d’eau. Enfin, nous avons encore toujours des fuites. Or, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre de l’eau. Il faudra redresser cette situation", précise la ministre.

HANS PUT

Agriculture et industrie

Au cours de la première phase, 75 millions d’euros seront dégagés pour aider les entreprises agricoles et industrielles à limiter leur consommation d’eau claire et d’eau souterraine. "L’agriculture joue un rôle particulier. C’est l’une des premières et des plus lourdes victimes de la pénurie d’eau, tout en faisant partie de la solution. Il reste de nombreuses possibilités pour économiser de l’eau, utiliser de l’eau de pluie et de l’eau usée purifiée", indique Zuhal Demir.

L’industrie peut également jouer un rôle primordial. "Les entreprises peuvent utiliser nettement moins d’eau potable et d’eau de la nappe phréatique. J’ai vu de beaux exemples à ce sujet : des entreprises qui purifient leurs propres eaux usées, pour les réutiliser. Elles peuvent ainsi consommer jusqu’à 50% d’eau en moins". Ce qui est vraiment nécessaire et urgent, souligne Demir.

“Nous ne pouvons plus stagner. Si l’on considère la disponibilité d’eau et la nappe phréatique, on se rend compte que les choses ne peuvent plus durer. Le problème figure bien haut à notre agenda". Et Zuhal Demir d’ajouter : "J’étais à peine ministre quand un expert est venu me dire : s’il n’avait toujours pas plu pendant quelques semaines encore, il n’y aurait plus eu d’eau sortant des robinets dans certaines régions. Je veux l’éviter à tous prix. Je veux nous préparer à une pénurie d’eau et à la sécheresse. C’est pourquoi les entreprises doivent être impliquées dans le Blue Deal".

Unanimement conscients de l’urgence

La taskforce "Sécheresse" rassemble plusieurs ministres, mais aussi les gouverneurs de toutes les provinces flamandes, ainsi que des scientifiques qui doivent épauler les décideurs politiques. Les mois écoulés ont montré que les relations au sein de ce type de taskforce ne sont pas toujours aisées.

Mais Marijke Huysmans, professeure en Hydrologie à la VUB, n’est pas inquiète à ce sujet. "La collaboration est assez constructive. Tous les experts ont ici la même version des faits et sont unanimes quant à l’urgence de la situation et le besoin pressant de mesures. Cela facilite évidemment la tâche des politiques", concluait Huysmans.

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