Devant l’ONU, Sophie Wilmès fait l'éloge du multilatéralisme, menacé d'érosion

La Première ministre belge (photo) a fait samedi, devant l’Assemblée générale des Nations unies, l'éloge du "multilatéralisme efficace" pour répondre aux défis auxquels le monde doit faire face et aux enjeux majeurs du 21e siècle. Wilmès assure que pour la Belgique l'attachement à cette forme de coopération internationale "fait partie de son ADN".

"Aucun des défis communs (...) ne peut être abordé dans l'isolement. Aucun de ces problèmes complexes n'a de solutions simples", a affirmé Sophie Wilmès lors d'un discours prononcé virtuellement - comme le font cette semaine quelque 180 dirigeants des 193 pays de l'ONU -, devant la 75e Assemblée générale des Nations unies. "Nous n'avons pas d'autre choix que d'unir nos forces, quitte à repenser les évidences voire à changer nos paradigmes. Mais toujours, dans le respect des principes de la Charte" fondatrice des Nations unies, signée à San Francisco (Etats-Unis) le 26 juin 1945, a ajouté la cheffe du gouvernement fédéral.

"Le multilatéralisme ne fonctionne pas par essence, il fonctionne parce qu'il y a une volonté commune de le faire fonctionner. C'est bien lorsque sa pertinence est questionnée que le multilatéralisme révèle son caractère indispensable", a poursuivi Wilmès dans ce discours pré-enregistré. "Aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin d'un multilatéralisme efficace. Jamais comme un objectif en soi. Toujours comme un moyen de s'attaquer aux problèmes dont nous faisons tous partie, d'une manière ou d'une autre. Comme moyen de prévenir les crises de front", a-t-elle encore dit, comme en réponse au discours du pape François. Le souverain pontife avait déploré vendredi une "érosion du multilatéralisme" et demandé de mettre fin au "climat de méfiance" dans les relations internationales.

Sophie Wilmès a pour sa part insisté sur la nécessaire "confiance" qui doit exister dans les relations internationales pour sous-tendre le multilatéralisme - fréquemment remis en cause par le président américain Donald Trump. "Quand je dis confiance, je veux dire aussi confiance mutuelle. Une telle confiance nous oblige tous à respecter la parole que l'on donne, elle nous oblige à être dans le dialogue constant et à pouvoir se mettre à la place de l'autre. Quand nous ne le faisons pas, ou plus, la méfiance s'installe et, tôt au tard, rend la coopération nécessaire trop difficile. Voire impossible", a souligné la Première ministre.

"Une réforme de l’ONU est nécessaire"

"Quand je dis confiance, je veux dire une bonne gouvernance aux niveaux national, régional et international. Pour gagner la confiance des citoyens et des citoyennes. Une bonne gouvernance construite sur les fondements de l'Etat de droit, de la démocratie, de la responsabilité et du plein respect des droits humains", a poursuivi la Première ministre. "Quand je dis confiance, je veux dire enfin confiance en la justice. Une justice qui doit être bâtie sur la conviction inébranlable que tous les individus sont égaux et qu'aucune forme de discrimination ne puisse l'altérer", a-t-elle ajouté.

Wilmès a aussi insisté sur la "responsabilité" qu'ont les Etats membres des Nations unies, de faire fonctionner la gouvernance mondiale. "Nous contribuons de différentes manières et à différents niveaux, mais chaque membre peut y gagner. Les Nations unies, c'est nous", a souligné Wilmès. "À ce titre, nous partageons la responsabilité de faire fonctionner le multilatéralisme. Et de montrer sa valeur ajoutée. C'est pourquoi nous appuyons pleinement les efforts continus du secrétaire général Antonio Guterres en faveur d'une réforme de l'ONU. Une réforme en vue d'une efficacité accrue, en vue d'une plus grande transparence, en vue d'une meilleure réactivité et adaptabilité", a-t-elle souligné.

Selon la Première ministre belge, "faire fonctionner la gouvernance mondiale et le multilatéralisme implique aussi de ne pas entraver le fonctionnement de ses organes existants". Elle a ainsi réitéré le "ferme soutien" de la Belgique à la Cour pénale internationale (CPI), la qualifiant d'"organe essentiel dans la lutte contre l'impunité des crimes les plus graves qui touchent l'ensemble de la communauté internationale". "En tant qu'institution indépendante et impartiale, la Cour joue un rôle indispensable dans ce domaine", a dit la cheffe du gouvernement, alors que l'administration Trump a imposé des sanctions économiques inédites à la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, et à de ses adjoints, Phakiso Mochochoko.

Sophie Wilmès a souligné que 2020, année du 75e anniversaire de l'ONU, "restera dans nos mémoires comme une année douloureuse en raison de la pandémie de la Covid-19. "Chacun de nos États a été confronté à une crise sans précédent. Ce virus a emporté avec lui des centaines de milliers de personnes. Il a brisé de nombreuses familles à travers le monde. Son impact économique aussi est colossal", concluait la Première ministre libérale.

Suivez le discours de la Première ministre aux Nations unies (en français avec sous-titres anglais)

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