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Qui sont ces ministres néerlandophones que vous connaissez peu ou pas (encore) ?

Parmi les recrues flamandes du nouveau gouvernement De Croo, certaines sont très connues au nord du pays. D’autres pas du tout. Pas étonnant, dès lors, que le public francophone doive, lui aussi, faire connaissance avec les nouvelles personnalités politiques qui vont les représenter au fédéral ces prochaines années. Flandreinfo vous en dresse un petit portrait. 

A l’Intérieur : Annelies Verlinden (CD&V), la surprise du chef

Annelies Verlinden, 42 ans, est la surprise du chef des chrétiens-démocrates flamands, Joachim Coens. C'est une inconnue du grand public, avocate chez DLA Piper et autrefois vice-présidente des Jeunes CD&V. Elle a été un temps conseillère communale à Schoten, entre 2006 et 2012 ? C’est d’ailleurs sa seule expérience en politique. 

Avocate depuis 18 ans, elle a entre autres plaidé dans l'affaire Arco, au Conseil d'Etat. Elle n'a en revanche jamais siégé au parlement. "Je suis consciente que j'aurai besoin d'un temps d'adaptation", a-t-elle brièvement réagi, dans la nuit. "Mais dès demain je mettrai toute mon énergie dans les dossiers de l'Intérieur". 

Aux Finances : Vincent Van Peteghem, l’un des "douze apôtres" du CD&V

Vincent Van Peteghem, 39 ans, bourgmestre de La Pinte, est aussi député flamand. Il a siégé à la Chambre entre 2016 et 2018. Depuis 2019, il est devenu député au Parlement flamand. L'an dernier, il a fait partie des "douze apôtres", le groupe de travail chargé d'analyser l'échec des élections. Il faisait partie des candidats à la présidence du parti. 

En tant que vice-Premier, il sera au sommet du gouvernement, à côté de vieux briscards comme Frank Vandenbroucke (SP.A) et Vincent Van Quickenborne (Open VLD). Mais cela ne lui fait pas peur. "Au contraire. Ce ne seront pas des concurrents mais des collègues". Il voit la réforme fiscale annoncée comme son plus grand défi. Il sera aussi compétent pour la réforme de l'Etat. 

A l’Asile et la Migration : Sammy Mehdi, "le Barack Obama de l’Aldi"

Sammy Mahdi était jusqu’en 2017 président des jeunes du CD&V. Il était lui aussi candidat à la présidence du parti, et il n'avait perdu que de peu face à Joachim Coens. Il devient secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, également compétent pour la Loterie nationale. Sur Twitter, il se définit comme étant le "Barack Obama de l’Aldi". 

En prenant l'Asile, il écope d'un portefeuille qui cristallisera sans aucun doute les critiques de l'opposition, dont celles de l'ex-secrétaire d'Etat N-VA Theo Francken. "Je ne fais de la politique contre personne", a réagi Sammy Mahdi. "Je tends la main à Theo Francken, et j'espère qu'il en fera de même".

A la Justice : Vincent Van Quickenborne "l’ancien"

Agé de 47 ans, Vincent Van Quickenborne devient vice-Premier et est chargé de la Justice et de la Mer du Nord. Après sa prestation de serment, il s’est qualifié "d’ancien", et pour cause. En 2003, il avait intégré le gouvernement fédéral sous Guy Verhofstadt, en tant que secrétaire d'Etat à la simplification administrative. Il y dénonce les lourdeurs "kafkaïennes" de l'administration, en créant le site kafka.be, où il récolte les propositions et plaintes des citoyens. Il sera ensuite ministre sous Yves Leterme et sous Herman Van Rompuy, en charge de l'Économie et de l'Innovation puis de l'Entreprise, tout en gardant la Simplification administrative. 

Fin 2011, il devient vice-Premier et ministre des Pensions dans le gouvernement d'Elio Di Rupo. Il a alors initié une réforme des pensions, mais laisse rapidement la place à Alexander De Croo pour se recentrer sur sa ville de Courtrai, dont il devient bourgmestre en 2013. Il y met fin à 150 ans de pouvoir des démocrates chrétiens. 

Au Budget : Eva De Bleeker, une bras-droit d’Egbert Lachaert

Eva De Bleeker n’est que peu connue du public. Jusqu’ici échevine à Hoeilaart, elle est devenue, l'an dernier, première suppléante de la liste Open VLD aux élections européennes. Elle sera désormais secrétaire d'Etat au Budget.

Présidente des Femmes Open VLD, elle a travaillé, en parallèle de son mandat local, comme fonctionnaire à la Commission européenne au cours des dernières années, spécialisée en commerce et en énergie. Elle a étudié le commerce à la VUB et à Berlin, avant d'obtenir un master en International Political Economy à l'université anglaise de Warwick. Lors des élections pour la présidence de l’Open VLD, elle était l’une des bras-droits du nouveau chef des libéraux flamands, Egbert Lachaert. 

A la Santé : Frank Vandenbroucke, un "vieux de la vieille"

Frank Vandenbroucke, retiré de la vie politique active depuis de nombreuses années, fait son retour au gouvernement fédéral. Il sera vice-Premier, et ministre de la Santé publique et des Affaires sociales. Au début des années 2000, Frank Vandenbroucke forme avec les Johan Vande Lanotte, Patrick Janssens et le regretté Steve Stevaert, un quatuor qui donne au "socialistische partij" (SP) un ton et une dimension qu'il n'a plus jamais revêtue depuis lors sur l'échiquier politique national et régional, même en changeant de nom pour devenir l'actuel SP.A.

Député de 1985 à 1996, il préside le SP de 1989 à 1994, année où il succède à Willy Claes comme ministre des Affaires étrangères. En 1995, il doit démissionner de ce poste, emporté bien malgré lui par la tourmente du scandale Agusta-Dassault. En 1996, il démissionne de son siège de député pour étudier à Oxford pendant trois ans. Il revient aux affaires politiques belges en 1999. Dans le gouvernement arc-en-ciel de Guy Verhofstadt, il détient le portefeuille des Affaires sociales et ensuite celui de l'Emploi. Comme ministre des Affaires sociales, il est par ailleurs souvent entré en conflit avec les associations de médecins, mais on lui a reconnu d'avoir assaini les finances de l'assurance-maladie. En 2004, il entre dans le gouvernement flamand comme ministre de l'Emploi et de l'Enseignement. Il a notamment imposé d'importantes réformes à l'enseignement flamand qui n'ont pas toujours été bien accueillies. 

Depuis son départ de la vie politique, il a encore fait parler de ses compétences, en tant que président du comité national des pensions, l'organe d'avis et de concertation dans le cadre de la réforme des pensions du gouvernement fédéral, mais aussi dans sa carrière académique dans les universités d'Anvers, de Louvain et d'Amsterdam.

A la Coopération au développement : Meryame Kitir, l'ex-ouvrière de Ford

Agée de 40 ans, Meryame Kitir, sera la ministre de la Coopération au développement et en charge des Grandes villes. La socialiste flamande a grandi à Maasmechelen, de parents marocains. Son père avait émigré dans les années '60 vers la Belgique, pour travailler dans les mines du Limbourg. Elle a  notamment été ouvrière chez Ford, à Genk, à partir de 1999. Elle s'y engage dans le syndicat socialiste, dont elle devient déléguée. Elle est très vite remarquée par Steve Stevaert, alors président du parti socialiste flamand, intègre sa "dreamteam", et passe par le cabinet de Johan Vande Lanotte. 

En 2006, elle se fait élire au conseil communal de Maasmechelen, puis elle atterrit à la Chambre à la suite des élections fédérales de 2007. Durant les premières années, elle combine ce mandat avec son travail à l'usine Ford. En 2010, elle reste à la Chambre. Réélue en 2014, elle succède l'année d'après à Karin Temmerman comme cheffe de groupe. Elle devient une des figures de l'opposition à la suédoise de Charles Michel. L'an dernier, elle a obtenu 31.816 voix de préférence lors du scrutin fédéral.

A la Fonction publique : Petra De Sutter, la première ministre transgenre

Petra De Sutter (1963), habitante de la commune d'Horebeke en Flandre-Orientale, Petra De Sutter a obtenu le portefeuille de la Fonction publique et des Entreprises publiques et sera aussi vice-Première ministre. Elle devient ainsi la toute première ministre transgenre en Belgique. 

Petra De Sutter est gynécologue de profession et dirige le département de médecine reproductive de l'université de Gand. Elle a accédé à un poste d'eurodéputée lors des dernières élections. Elle est la première présidente écologiste à diriger la commission du Marché intérieur au Parlement européen. Elle siégeait auparavant au Sénat et au Conseil de l'Europe. "En collaboration avec l'équipe gouvernementale et avec tous les fonctionnaires, je compte oeuvrer à la modernisation du gouvernement et à sa transition vers le digital", affirme Mme De Sutter. "Je suis fière de devenir ministre de la Fonction publique et des Entreprises publiques. La crise sanitaire du coronavirus prouve que nous avons besoin d'un gouvernement fort pour sauvegarder l'intérêt public", annonce-t-elle.

A l’Energie : Tinne Van der Straeten, spécialiste… de l’énergie

Tinne Van der Straeten (1978), spécialiste de l'énergie, hérite naturellement de ce portofolio. L'écologiste a fait son retour en politique après dix ans d'absence. Juriste spécialisée dans les dossiers relatifs à l'énergie et au climat, elle a mis sur pied un cabinet d'avocat, Blix. Elle a aussi été échevine à la commune de Koekelberg et dernièrement encore conseillère municipale. 

Van der Straeten se dit déterminée dorénavant à faire "un virage à 180 degrés pour construire une gestion climatique équitable". Alors que certains pensaient que son collègue Kristof Calvo allait être désigné par Groen, elle s’est dit "incroyablement reconnaissante" de la confiance qui lui a été accordée. "Nous reprenons en main notre politique énergétique et apportons apaisement et sécurité", assure-t-elle. "Nous ouvrons la voie à des investissements dans l'énergie renouvelable, la création de milliers de nouveaux emplois et à une facture énergétique soutenable". 

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