Laurie Dieffembacq

Delphine Boël est officiellement la fille légitime d'Albert II et devient princesse

La cour d’appel de Bruxelles a rendu son arrêt : Delphine Boël est la fille légitime du roi Albert II et devient donc désormais princesse de Belgique. L'information a été confirmée par Me Marc Uyttendaele, l'avocat de Delphine, dont le nom devient ce vendredi de Saxe-Cobourg Gotha, le nom de la famille royale de Belgique. Delphine s'exprimera elle-même lundi au sujet de ce long combat judiciaire au terme duquel elle a obtenu gain de cause.

"Delphine de Saxe-Cobourg a pris connaissance de l'arrêt rendu ce 1er octobre, qui lui donne pleinement satisfaction", a déclaré Maitre Marc Uyttendaele. "La cour affirme notamment que le roi Albert II est son père et qu'elle portera désormais le nom patronymique de Saxe-Cobourg. Ses autres demandes visant à ce qu'elle soit traitée sur le même pied que ses frères et sa sœur ont également été satisfaites. Elle se réjouit de cette décision qui met fin à une longue procédure douloureuse pour elle et sa famille", a poursuivi l'avocat.

"Une victoire judiciaire ne remplacera jamais l'amour d'un père, mais offre un sentiment de justice, renforcé encore par le fait que nombre d'enfants qui ont traversé les mêmes épreuves pourront y trouver la force de les affronter. En présence de ses avocats, Alain de Jonghe, Yves-Henri Leleu et moi-même, elle s'exprimera sur cette affaire ce lundi 5 octobre", précisait Me Uyttendaele.

Après le test ADN, Albert II ne s’opposait plus à reconnaitre la paternité

En 1999, Delphine avait été présentée comme la fille illégitime d'Albert II par certains médias. Elle avait par la suite déclaré être effectivement la fille du roi avec qui sa mère, Sybille de Selys Longchamps, avait eu une liaison entre 1966 et 1984. Albert II avait, lui, admis que son épouse, la reine Paola (photo), et lui avaient "traversé une crise conjugale" dans les années 1970. Mais il n'avait jamais admis être le père de Delphine Boël, jusqu'au 27 janvier dernier.

Le début de cette saga judiciaire remonte à 2013. Delphine avait introduit une procédure en contestation de paternité de Jacques Boël, qui l'avait reconnue comme sa fille à sa naissance, en vue d'introduire ensuite une procédure en reconnaissance de paternité du roi Albert II, qu'elle considérait comme son vrai père. Jacques Boël n'avait pas contesté l'action en désaveu de paternité. Il s'était livré à un test ADN qui avait révélé qu'il n'est effectivement pas le père biologique de Delphine.

En mars 2017, le tribunal de première instance de Bruxelles avait cependant estimé que Jacques Boël était le père légal de Delphine, compte tenu du fait qu'ils s'étaient comportés comme père et fille pendant des années. Puis, en mai 2019, la cour d'appel a pris le contrepied de ce jugement, considérant que Jacques Boël n'était pas le père légal de Delphine, au-delà du fait qu'il n'était pas son père biologique. Delphine avait ensuite pu entamer la procédure en reconnaissance de paternité d'Albert II et la cour avait, pour ce faire, ordonné à ce dernier de se soumettre à un test ADN.

Albert II avait alors introduit un pourvoi en cassation contre ces décisions successives de la cour d'appel, mais avait été débouté en décembre 2019. Un mois plus tard, en janvier dernier, Albert II avait, par communiqué, révélé que le test ADN (dont les résultats étaient alors toujours tenus secrets) indiquait qu'il était le père biologique de Delphine. Il avait ajouté avoir pris la décision de ne plus s'opposer à la demande de reconnaissance de paternité.

Belga

Le titre de princesse, mais pas la dotation

Une dernière audience devant la cour d'appel de Bruxelles a eu lieu le 10 septembre dernier, au cours de laquelle il a été question, non plus de la paternité qui n'était plus contestée, mais du nom - celui d'Albert II - que souhaitait adopter Delphine et du titre de princesse qu'elle voulait aussi porter. La cour a rendu une ultime décision, ce jeudi, donnant une fois de plus raison à l'artiste belge. 

Delphine pourra donc porter le titre de princesse de Belgique, tout comme ses propres enfants Joséphine et Oscar. Les deux adolescents conserveront cependant le nom de famille de leur père, Jim O’Hare.

Delphine n’aura par contre pas droit à une dotation, celle-ci n’étant plus accordée depuis 2014 qu’au futur souverain et au chef de l’Etat qui se retire. Une exception a été faite pour la princesse Astrid et le prince Laurent, sœur et frère du roi Philippe, étant donné que ces derniers bénéficiaient déjà d’une dotation au moment de la modification de la Constitution.

La princesse Delphine aura par contre droit à une partie de l’héritage du roi Albert II, comme les autres enfants légitimes du souverain retraité.  

"Fait unique dans l’histoire royale"

Le professeur émérite d’Histoire contemporaine Mark Van den Wijngaert souligne que "c’est un fait unique dans l’histoire de notre famille royale, et peut-être de toutes les familles royales des temps modernes, que quelqu’un soit reconnu enfant légitime du roi à la suite d’une procédure en justice. Ici le juge a décrété que Delphine était l’égale des enfants légaux du roi Albert II et de la reine Paola".

Pour comparaison : les fils illégitimes du roi Léopold II et de sa maitresse Blanche Delacroix (alias baronne de Vaughan) ont reçu un titre de noblesse mais n’ont jamais été reconnus officiellement. Delphine de Saxe-Cobourg ne doit cependant pas vraiment s’attendre à une grande cérémonie d’accueil au château de Laken, estime le professeur Van den Wijngaert.

"Seul le prince Laurent s’est jamais rapproché de Delphine, et il l’a sans doute fait partiellement pour irriter son père, avec lequel il était en conflit. On dit du roi Philippe - mais ce sont des rumeurs - qu’il aurait pressé son père de mettre fin à l’affaire en justice en reconnaissant sa paternité. Philippe aurait souligné que l’affaire nuisait à l’image de la famille royale".

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