Débat au Parlement : De Croo appelle l'opposition à coopérer plutôt qu'à chercher le conflit

Le nouveau Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), a appelé samedi les partis de l'opposition à coopérer plutôt qu'à chercher le conflit avec le gouvernement, dans le droit fil du nouvel esprit que la coalition Vivaldi veut privilégier après des années de conflit politique au sein de la coalition suédoise ou dans la crise qui a suivi les élections.

"Je ne pense pas que l'opposition soit si éloignée de nos objectifs. Je lance un appel: n'alimentons pas le conflit artificiellement. La situation est déjà assez difficile et, ces dernières années, on a connu assez de conflits, je ne vois pas pourquoi il faudrait en ajouter. Ce que nous avons connu ces dernières années était vraiment excessif, tentons plutôt la coopération", a-t-il dit en réplique aux différentes interventions du débat sur la déclaration de politique gouvernementale.

Le débat a duré près de 17 heures. Seuls les chefs de groupe ont pris la parole et les discussions qui auraient dû associer les ministres se sont finalement déroulées essentiellement entre parlementaires. Les interruptions, qui venaient pour la plupart de la N-VA et dans une moindre mesure du Vlaams Belang, ont fait en sorte que les orateurs de la majorité Vivaldi n'ont parfois pu s'exprimer plus d'une minute d'affilée sans qu'un autre député ne les interroge sur le contenu de l'accord de gouvernement. Le président de la Chambre, Patrick Dewael (Open VLD), s'est d'ailleurs plaint de cette façon de faire, doutant qu'elle renforce le parlement.

Les députés se retrouveront à 15h dans l'hémicycle du parlement européen pour les répliques des groupes politiques et le vote de confiance au gouvernement.
 

De Croo fustige les caricatures du PTB et la N-VA s’inquiète d’un impôt sur la fortune

L'intervention du chef de groupe PTB à la Chambre, Raoul Hedebouw, a été l'occasion vendredi d'une passe d'armes avec le nouveau Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld). Le chef de gouvernement fédéral a pointé du doigt des "caricatures" du chef de file communiste.

Alors que la N-VA a dénoncé un accord de gouvernement dénué d'une empreinte libérale, le député PTB a fait l'inverse. Les partenaires de la Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes, CD&V) ont maintenu les mesures politiques décidées sous la législature précédente par le gouvernement Michel. Il a notamment cité le "tax shift" et le relèvement de l'âge légal de la retraite à 67 ans, pourtant dénoncé avec force par les socialistes.

"Que le VLD soit satisfait, je peux le comprendre mais que les partis de gauche aient signé ça, je ne le comprends pas", a-t-il dit.

Les communistes reconnaissent certaines avancées dans l'accord, par exemple le refinancement des soins de santé, mais jugent que les partis de gauche de la coalition n'ont pas profité du "coup de barre à gauche" que marque, selon eux, les dernières élections.

La diatribe a fait réagir le Premier ministre, libéral. "Vous recherchez la caricature, vous prenez un partenaire de gouvernement et vous lui tirez dessus", a accusé M. De Croo.

Le Premier ministre a poursuivi, insistant notamment sur le caractère infinançable à ses yeux du programme du PTB, par exemple sur le relèvement des pensions et allocations. "Vous savez que votre plan est infinançable. Nous, nous augmentons les allocations sociales et nous visons à ce que ce soit finançable. On mène une politique du centre. L'ADN de ce gouvernement, ce sont des partis qui s'écoutent. Un parti seul ne peut rien réaliser. Ce qui donne des résultats, ce sont des partis qui s'écoutent et travaillent ensemble", a-t-il dit.
Autre exemple de l'approche diamétralement opposée des détracteurs de la nouvelles coalition: l'impôt qui s'appuiera sur "les épaules les plus fortes" devenu dans l'accord de gouvernement "une contribution équitable aux individus qui ont la plus grande capacité contributive, dans le respect de l'entrepreneuriat". Elle doit servir les efforts requis par la crise sanitaire et les besoins en soins de santé. Une proposition sera faite lors du prochain contrôle budgétaire.

La N-VA aperçoit le spectre d'un cadastre du patrimoine, régulièrement réclamé par les partis de gauche, afin d'"engraisser les pouvoirs publics". Egbert Lachaert s'est montré clair: il n'y en aura pas, les libéraux l'ont fait savoir à leurs partenaires dès le début des négociations gouvernementales. Ce seront plutôt les comportements spéculatifs qui seront visés et une très faible partie de la population sera concernée. "Si on demande un effort au pour cent de la population qui a le plus d'argent, ça ne me paraît pas grave", a souligné M. Lachaert, ajoutant que cette contribution n'apportera pas une grande recette à l'Etat.

Le gouvernement veut se donner le temps de l'élaborer pour éviter les recours à la Cour constitutionnelle qui ont entraîné par le fond des initiatives comparables dans le passé (par exemple la taxe sur les comptes-titres), a averti M. De Croo.
Si les éclaircissements du président libéral visaient à apaiser la N-VA, ils ont eu pour effet de faire bondir le PTB. "C'est une taxe qui servira à faire passer la pilule des mesures anti-sociales", s'est exclamé le député Marco Van Hees.

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