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Fermeture forcée : le secteur horeca craint un "coup de grâce" pour de nombreux exploitants

S'il comprend la nécessité de nouvelles mesures drastiques pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, le Syndicat neutre pour indépendants (SNI) "regrette profondément que l'économie, et plus particulièrement l'ensemble du secteur horeca, soit visé par une fermeture obligatoire pendant quatre semaines". Il prédit que ce 16 octobre sera "un jour historique qui va être le coup de grâce pour de nombreux exploitants". De son côté Matthias De Caluwe de Horeca Vlaanderen parle de "vendredi noir" pour le secteur, à nouveau touché de plein fouet par les mesures de prévention, sans qu’il n’existe "de preuve scientifique que les contaminations se passent avant tout dans les cafés et restaurants". Le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, promet des compensations de taille pour les établissements touchés.

Parmi les mesures renforcées annoncées vendredi soir par le Comité de concertation pour endiguer la propagation rapide du coronavirus au sein de la société figure l’obligation pour les cafés et restaurants de fermer leurs portes dès lundi, pour quatre semaines. "Cela pénalise l'économie et les chiffres récents prouvent qu'une telle fermeture a des conséquences dramatiques", réagit Christine Mattheeuws, présidente du Syndicat neutre pour indépendants SNI. "Nous ne sauverons pas le pays en imposant uniquement des mesures plus strictes à l'économie. Les travailleurs indépendants sont pris en otage et en payent le prix. Nous ne pouvons l'accepter."

Depuis leur réouverture après le confinement de mars-avril, les cafés ont déjà un chiffre d'affaires inférieur de plus de 40% par rapport à l’avant-crise, s'inquiète l'organisation. "Cette fermeture va être le coup de grâce pour de nombreux exploitants horeca, surtout quand on sait qu'un tiers n'avait pas constitué de réserves suffisantes avant le coronavirus pour pouvoir survivre à un choc sans mesures supplémentaires", prédit Mattheeuws. Le SNI craint "un bain de sang financier inédit".

"L'année dernière, il y a eu un peu plus de 2.000 faillites dans l'horeca. Les experts craignent que ce chiffre ne soit désormais facilement supérieur de 40%." Il n'a été prouvé nulle part que l'économie et l'horeca en particulier ont un impact négatif sur la propagation du coronavirus, insiste l'organisation. "L'horeca n'est pas un cluster important, les chiffres de l'Aviq (Agence wallonne pour une vie de qualité) prouvent le contraire. Nous ne savons toujours pas avec précision où sont les foyers de contamination en Belgique: école, travail, horeca".

Le syndicat demande dès lors que l'on procède d'urgence à une cartographie de ce qui contribue effectivement à la propagation (accélérée) du virus et que des mesures ciblées soient prises sur cette base. "Dans le cas contraire, on va continuer à prendre des mesures qui n'arriveront pas à leur objectif, à savoir le ralentissement de l'épidémie. Aujourd'hui, des centaines de milliers d'indépendants sont pris en otage par les mesures existantes et nouvelles, alors qu'ils se battent depuis des mois pour survivre".

Horeca Vlaanderen: "Un vendredi noir"

Matthias De Caluwe (photo), à la tête de l’organisation sectorielle Horeca Vlaanderen, regrette avant tout que son secteur soit une nouvelle fois victime de mesures de prévention sévères, alors qu’il n’existe pas vraiment en Belgique de preuves scientifiques que les contaminations se passent avant tout dans les cafés et restaurants. "C’est tout simplement un vendredi très noir pour les 61.000 entrepreneurs du secteur horeca en Flandre, leurs familles et les 140.000 personnes qui y travaillent. Il faudra énormément de temps pour surmonter cette situation".

“Même avant cette nouvelle obligation de fermeture, on avait évalué à plus de 7 milliards d’euros la perte de revenus dans le secteur pour cette année. Ce montant ne fera qu’augmenter". Matthias De Caluwe exige des mesures de soutien conséquentes de la part des autorités.

"Nous allons proposer un paquet d’aides très conséquent", répondait le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke (SP.A) vendredi soir sur le plateau du Journal télévisé de la VRT. "Il s’agira d’une somme très importante d’argent, nous allons plonger profondément dans nos réserves, parce que nous estimons ne pas pouvoir prendre la décision de faire fermer les cafés et restaurants sans offrir une compensation correcte aux exploitants".

Unizo : "Un nouveau coup dur pour de nombreux entrepreneurs"

Les nouvelles mesures du gouvernement pour lutter contre le coronavirus sont "particulièrement dures à encaisser", réagissait de son côté l'organisation patronale flamande Unizo. "Nous avons préconisé sur tous les tons une application plus stricte des mesures existantes, plutôt que d'introduire des mesures encore plus strictes. Mais le Comité de concertation en a clairement décidé autrement", déplorait son patron Danny Van Assche.

"Nos pensées vont maintenant en particulier au secteur de l'hôtellerie et de la restauration, qui doit à nouveau fermer ses portes, et au secteur de l'événementiel, des foires et des salons, qui a lui aussi été particulièrement touché et qui doit à nouveau s'immobiliser, alors qu'il n'avait redémarré qu'à une fraction de sa capacité. Et ce, sans preuve tangible que ces secteurs seraient le moteur de cette nouvelle vague de coronavirus", pointe l'Unizo.

Pour les patrons flamands, il est désormais clair que le virus tiendra la société, l'économie et les entrepreneurs en otage pendant un certain temps encore. "Il ne peut y avoir de véritable relance tant que chaque assouplissement est suivi d'un renforcement des mesures", estime Dany Van Assche. Pour l'Unizo, il est dès lors très important que les gouvernements fédéral et flamand prévoient un ensemble solide de mesures de soutien.

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