Report du non-urgent dans les hôpitaux : "Des diagnostics arriveront bien trop tard "

Toutes les opérations non-urgentes prévues ces quatre prochaines semaines doivent être reportées, a annoncé ce vendredi le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke lors de la conférence de presse détaillant les mesures décidées par le Comité de concertation. "Mais les opérations urgentes sont maintenues", a-t-il ajouté. "Si vous avez besoin de soins urgents, allez-y. Vous ne serez pas contaminés dans les hôpitaux". La nouvelle phase d’accueil de patients Covid-19 dans les hôpitaux inquiète nombre de médecins, comme le gastro-entérologue Jochen Nijs de l’hôpital Sint-Trudo à Saint-Trond dans le Limbourg. "Bien que nécessaire, cette mesure signifie que beaucoup de Belges qui ont besoin de soins ne les recevront pas".

"Je suis très déçu, mais cette mesure est nécessaire", reconnait le spécialiste Jochen Nijs alors que la phase 2A doit être mise en vigueur pour le 2 novembre dans les hôpitaux du pays. Ils devront ainsi réserver 60% de leur capacité en soins intensifs aux patients Covid. "Nous avons déjà vécu cela au mois de mars. A l’époque, il avait fallu stopper les soins réguliers d’un jour à l’autre, maintenant nous pouvons le faire par phases. C’est logique, mais très dommage. Les soins quotidiens dont de nombreux Belges ont besoin seront maintenant réduits".

Les consultations normales et les soins urgents seront par contre maintenus pendant la phase 2A. "Dans un premier temps, nous reporterons effectivement les opérations pour les soins intensifs qui peuvent être postposées", précise le gastro-entérologue de l’hôpital Sint-Trudo à Saint-Trond. "Mais si nous continuons de la sorte, les observations classiques effectuées à l’hôpital, pendant lesquelles on tente de trouver de quoi souffre un patient, devront aussi être reportées. En mars nous avons vu que cette mesure à un effet secondaire : des diagnostics tardifs. Des patients atteints du cancer ont ainsi reçu leur diagnostic beaucoup trop tard. J’ai des patients avec des inflammations intestinales complexes qui ont été découvertes bien trop tard", souligne Jochen Nijs.

"Des petits maux commencent aussi à constituer un problème. Un genou qui fait mal et qui doit être opéré. Ce genre d’intervention est maintenant aussi en danger. Et il semble actuellement que nous nous dirigions vers une situation qui sera au moins aussi critique que celle que nous avons connue en mars".

Jochen Nijs n’a pas encore dû suspendre des consultations ou des opérations, mais certains patients ont, eux, déjà annulé. "De peur, des patients annulent des interventions prévues. C’était aussi le cas pendant la première vague de coronavirus. Je conseille donc de maintenir les traitements qui sont planifiés, à moins que ce soit l’hôpital lui-même qui doit annuler".

BELGA

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