Le gouvernement flamand se concerte sur un durcissement des mesures, sous la pression de gouverneurs et bourgmestres

Le gouvernement flamand tiendra ce mardi à 18h un conseil des ministres extraordinaire pour discuter de mesures additionnelles à prendre en Flandre contre le rebond de la pandémie de coronavirus. C’est ce qu’avait indiqué le ministre-président Jan Jambon (photo) lundi, alors que dimanche encore il appelait à attendre d’abord le résultat des mesures de prévention déjà prises en Flandre. Mais les gouverneurs des provinces d’Anvers et de Flandre orientale notamment, et de nombreux bourgmestres du Brabant flamand et du Limbourg entre autres réclament des mesures renforcées, dans le but primordial d’éviter une saturation des hôpitaux. Il semble donc que le gouvernement flamand ne pourra faire autrement que de suivre les Régions wallonne et bruxelloise dans un renforcement des mesures.

Les principaux ministres de l'équipe Jambon se sont déjà réunis lundi matin pour préparer l'adaptation des mesures de lutte contre le Covid-19. Le gouvernement flamand se concerte aussi encore ce mardi avec des virologues, les gouverneurs de province et des responsables des secteurs économiques. "Nous suivons les développements d'heure en heure et nous allons continuer à faire tout ce qui est nécessaire pour endiguer la propagation du virus", selon le chef de l'exécutif flamand.

Dimanche midi encore, Jambon s’était montré réticent à prendre des mesures supplémentaires pour sa Région, mettant en garde contre toute "exagération". "Je ne vais pas commencer à asperger ma maison aujourd'hui parce qu'un incendie va peut-être y éclater la semaine prochaine", avait-il relativisé dans l'émission De Zevende Dag (VRT). Mais la pression sur le gouvernement flamand est forte depuis que la Wallonie et Bruxelles ont durci leurs mesures.

De nombreux virologues au nord du pays poussent aussi dans ce sens, et avec eux de nombreux bourgmestres et leurs gouverneurs de provinces. "Les chiffres poursuivent leur évolution défavorable et les virologues ont émis de nouveaux avis ces dernières heures", a justifié Jan Jambon.

Le Premier ministre Alexander De Croo a dit accueillir favorablement l'annonce de cette réunion du gouvernement flamand. "Nous ne pouvons pas laisser notre pays se diviser sur la lutte contre le virus. Nous ne le vaincrons que si nous faisons le nécessaire tous ensemble", a-t-il commenté. "Le virus en Wallonie n'est pas différent du virus en Flandre. Il touche l'ensemble de notre pays. En Flandre aussi les généralistes et les hôpitaux fortement mis sous pression", a-t-il poursuivi.

Quelles mesures peut-on escompter ?

Interviewé ce mardi matin dans l’émission "De ochtend" (Radio 1), le ministre flamand Bart Somers (photo) indiquait que le gouvernement flamand veut prendre une série de mesures complémentaires durant une période d'une douzaine de jours pour porter un coup au virus et provoquer une inversion de la courbe de la pandémie en Flandre. A ses yeux, il s'agit de délimiter une période claire pour offrir une perspective à la population et donc la mobiliser autour de mesures plus dures.

Plus vite les nouvelles prescriptions peuvent entrer en vigueur, mieux ce sera, estime encore Bart Somers. A ses yeux, la période des mesures renforcées reviendrait à des vacances de Toussaint prolongées. Somers concède que dans chaque état fédéral, les entités fédérées peuvent elles-mêmes prendre des mesures, mais il vaut mieux d’après lui que ces mesures soient aussi homogènes, simples et claires que possible.

L’une des mesures supplémentaires possible, évoquée par l’ensemble des experts et ministres, est la limitation des contacts sociaux "à un strict minimum". Pendant une période de 10 à 14 jours, précisait Bart Somers. Outre cela, le couvre-feu en vigueur pour tout le pays, de minuit à 5h du matin, pourrait être étendu à la plage horaire de 22h à 6h. Une mesure déjà prise en Wallonie et à Bruxelles et que les bourgmestres des communes flamandes de la périphérie bruxelloise soutiennent en majorité.

"Il est temps de durcir les mesures"

Les gouverneures des provinces d’Anvers, Cathy Berx (photo), et de Flandre orientale, Carina Van Cauter, sont d’avis qu’il est urgent de durcir les mesures en Flandre et surtout de les uniformiser. Il est déjà minuit cinq, estimait la gouverneure Cathy Berx lundi soir dans l’émission "De Afspraak" sur Canvas (photo, au centre). "Il est urgent de se réunir pour aller plus loin dans les mesures." Berx craint pour la situation dans le secteur des soins. "Les lits à disposition, c'est une chose, mais il faut des êtres humains pour soigner." Concernant les mesures déjà prises, elle évoque des "gouttes d'eau sur une plaque chauffante".

"Malgré tous les signaux, les gens continuent à organiser des fêtes, se voient régulièrement, vont dans des centres récréatifs intérieurs. Il y a également la problématique des gens qui ont des symptômes et qui vont tout de même en consultation chez leur médecin, et qui contaminent le praticien. Et là c'est le début de la fin", affirme-t-elle. "C'est ce que fait le virus: contaminer des gens, les rendre malades et les tuer." Il faut d'urgence "restreindre au strict minimum les contacts sociaux".

La gouverneure anversoise plaide en faveur de restrictions accrues pour le secteur événementiel, dans le sens de limiter drastiquement le public autorisé. La gouverneure Carina Van Cauter y est également favorable, alors que le gouverneur de Flandre occidentale Carl De Caluwé suggère même d’interdire tous les événements jusqu’au 3 janvier 2021.

Ils plaident aussi pour un renforcement des mesures dans les secteurs des sports amateurs (surtout pour les adultes) et culturel. Reste à voir si le gouvernement Jambon prendra aussi des décisions à propos de l’enseignement obligatoire, alors que certaines écoles (notamment à Louvain) ont déjà décidé de leur propre initiative de passer partiellement à l’enseignement à distance.

Et les contrôles sur le terrain ?

Une fois des mesures plus strictes décrétées, il faudra contrôler leur application sur le terrain. Les gouverneurs et bourgmestres savent que ce n’est as aisé.

"Je vois que sur le terrain la police fait tout ce qu’elle peut pour contrôler l’application des mesures de prévention. Mais dans ma province, la police doit intervenir en moyenne 40 à 50 fois par week-end dans des cercles d’amis et familiaux qui ne respectent pas les règles. C’est là que se trouve le moteur de l’épidémie. Les gens doivent respecter les mesures de prévention décrétées", estimait la gouverneure Carina Van Cauter (photo).

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