Vers un nouveau confinement général, pour sauver les soins de santé ?

Comme annoncé il y a deux semaines par le Premier ministre Alexander De Croo, le Comité de concertation se réunit à nouveau ce vendredi, dès 13h, dans un premier temps pour évaluer les mesures renforcées décrétées le 16 octobre pour endiguer la propagation rapide du coronavirus dans le pays et tenter d’éviter l’engorgement des hôpitaux. Des mesures qui affectent surtout les cafés et restaurants. Alors que les virologues, les hôpitaux et les médecins plaident ces derniers jours en faveur d’un reconfinement de durée assez limitée pour casser la courbe exponentielle des contaminations, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke s’est dit en faveur de cette option et le commissaire Covid-19 du gouvernement, Pedro Facon, a estimé que "les responsables politiques ne doivent pas hésiter à prendre des mesures fermes".

"Il est temps de tirer le frein de détresse", "de suspendre la vie en société" parce que la situation dans les hôpitaux devient dramatique, mettent en garde les spécialistes de la santé. Le Comité de concertation, qui se réunit dès ce vendredi midi, est donc mis sous pression pour renforcer encore les mesures de prévention sanitaires.

"Il y a deux débats: durcir les mesures et garantir qu'elles soient appliquées, et réfléchir à ce qu'on va faire sur le plus long terme", résumait jeudi soir le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke. Comme lui-même et le Premier ministre Alexander De Croo l'ont martelé ces derniers jours, il s'agira dans tous les cas d'un effort de longue haleine. "Quand on regarde les prévisions des épidémiologistes, ils disent qu'avec le type de mesures que l'on prend, il faut au moins huit semaines" pour qu'elles fassent effet. La capacité des hôpitaux est au centre des inquiétudes, vu l'augmentation du nombre de personnes malades nécessitant une prise en charge en clinique.

Au niveau fédéral, le "comité de Hospital & transport surge capacity" a demandé à tous les hôpitaux de passer pour lundi en "phase 2B" du plan de répartition des patients, confirmait jeudi le cabinet Vandenbroucke. C'est la phase la plus élevée prévue. Cela veut dire que 60% des lits de soins intensifs, soit 1.200 lits, doivent être réservés aux patients souffrant de Covid-19. C'est déjà le cas sous la phase "2A".

Il faudra aussi consacrer 25% de lits supplémentaires aux soins intensifs (lits "extra-intensifs"), ainsi qu'augmenter la part, dans l'hôpital, des lits réservés aux patients Covid en non-intensif. "On réfléchit avec les hôpitaux" sur les problèmes de capacité, assurait le ministre de la Santé publique au micro de nos collègues de la RTBF. Selon Frank Vandenbroucke (photo), une des clés sera de créer des structures intermédiaires, par exemple des lits "entre" les soins intensifs et les soins banalisés.

Facon : "Dernière chance de prendre des mesures supplémentaires claires"

Interrogé dans l'émission "Terzake" (Canvas) de la VRT au sujet du Comité de concertation de vendredi, le commissaire Covid-19 du gouvernement Pedro Facon (photo) a estimé que "les responsables politiques ne doivent pas hésiter à prendre des mesures fermes". Il faut agir pour limiter les contacts sociaux, il y a urgence, explique-t-il. Il s'agira aussi de "ne pas assouplir trop vite". "C'est ce qu'attendent les soins de santé", indique Facon, tout en soulignant le besoin criant de nouveaux moyens dans ce secteur.

Mercredi, le ministre de la Santé a annoncé une série de soutiens aux médecins généralistes (20 euros par DMG géré) et spécialistes (budget de 400 millions pour ceux n'ayant pas pu facturer d'honoraires), ainsi que la formalisation du budget supplémentaire de 2 milliards d'euros pour les hôpitaux. Des annonces accueillies positivement jeudi par l'Association Belge des Syndicats Médicaux (Absym), qui demande cependant que les autorités aillent plus loin.

Une mesure attendue par exemple par le président Luc Devos est une meilleure prise en charge de l'éducation et de l'information très pratico-pratique envers le citoyen contaminé. "Expliquer l'hygiène, expliquer ce que l'on doit faire quand on est positif, comment être en quarantaine, etc., on devrait pouvoir décharger les médecins généralistes de ça. Pour le moment, ils sont inondés d'appels car le tracing n'appelle le citoyen positif qu'avec plusieurs jours de retard". "Notre appel à mettre en place une large campagne d'information destinée au grand public (…) n'a malheureusement pas encore été entendu", regrettait l'Absym.

A quoi pourrait ressembler un nouveau confinement ?

Le plus important, d’après tous les spécialistes, étant de réduire un maximum nos contacts sociaux, il se pourrait que la règle de quatre soit modifiée. Jusqu’à présent, nous pouvons accueillir 4 personnes à la maison, en respectant les règles de distanciation. Ceci pourrait être revu à la baisse.

L’unique contact rapproché qui nous est actuellement autorisé jusqu’au 19 novembre, en plus des personnes de notre foyer, sera très vraisemblablement maintenu, le gouvernement fédéral insistant aussi sur la préservation de la santé mentale des citoyens.

Des magasins “non-essentiels” devront-ils fermer leurs portes, comme au printemps dernier ? Il devrait en être question au Comité de concertation, a appris la VRT. Le problème ne se situe pas dans ces magasins mais dans la circulation des personnes que leur ouverture génère. La pression monte donc pour imposer une fermeture temporaire des commerces non-essentiels.

Les déplacements non-essentiels seront-ils à nouveau interdits ? On semble en être partisan du côté francophone du pays, alors que du côté néerlandophone l’utilité de pareille mesure est mise en doute. Il semblerait aussi que les frontières du pays ne seront plus fermées, comme cela avait par contre été le cas au printemps dernier.

Pour les écoles - et une éventuelle imposition des cours à distance pour les 2e et 3e degrés du secondaire - le gouvernement peut encore attendre la fin des vacances d’automne prolongées, qui débutent ce vendredi soir. La Communauté germanophone a cependant déjà décidé de fermer également ses écoles les 12 et 13 novembre prochains, prolongeant ainsi les vacances encore de 2 jours supplémentaires. Avec le week-end des 14-15 novembre, cela fait 4 jours de pause ajoutés. Le Comité de concertation en parlera.

Le gouvernement souhaite permettre autant que possible aux entreprises de poursuivre leur activité, pour autant qu’elles prennent les mesures de sécurité sanitaire décrétées. Le télétravail pourrait néanmoins être imposé - plutôt que fortement recommandé actuellement.

Les métiers de contact qui ne sont pas médicaux pourraient cependant être temporairement interdits. Cela concernerait les coiffeurs, pédicures ou masseurs.

Le Comité de concertation devrait aussi se pencher sur le couvre-feu, fixé actuellement de minuit à 5h en Flandre (comme décrété par le Comité il y a 2 semaines), mais renforcé de 22h à 6h en Wallonie et à Bruxelles. Quoi qu'il en soit, il est plus que probable que la date limite des mesures renforcées, fixée au 19 novembre prochain, soit repoussée. Le Premier ministre De Croo a déjà souligné à plusieurs reprises que l’effort devra être de longue haleine pour faire baisser les chiffres de contamination. Et les effets escomptés par le durcissement des mesures de prévention ne se sont pas encore fait sentir.

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