Une anesthésiste belge responsable d'un accouchement fatal en France condamnée à 3 ans de prison

L'anesthésiste Helga Wauters (photo), 51 ans, a été condamnée ce jeudi par le tribunal de Pau (sud-ouest de la France) à trois ans de prison et à l'interdiction définitive d'exercer la médecine. Elle était poursuivie pour avoir causé, sous influence de l'alcool, la mort d'une patiente britannique le 26 septembre 2014 à Orthez, lors d’un accouchement par césarienne.

Le jugement du tribunal correctionnel de Pau est conforme aux réquisitions du parquet à l'encontre de la Belge Helga Wauters, jugée pour une série d'erreurs médicales alors qu'elle intervenait, sous l'emprise de l'alcool, sur l'accouchement par césarienne de Xynthia Hawke, une Britannique de 28 ans. Après deux jours d'audience marqués par le silence de la prévenue, la procureure Orlane Yaouanq avait demandé au tribunal correctionnel de prononcer la peine maximale prévue pour le délit d'"homicide involontaire". 

Installée en France, la victime était décédée quatre jours après l'intervention des suites d'un défaut d'oxygène, sans avoir vu son bébé, indemne. D'après l'enquête, le médecin, en poste depuis une dizaine de jours, avait intubé les voies digestives, au lieu des respiratoires, sans s'en apercevoir. Puis elle avait utilisé un ballon manuel au lieu du respirateur du bloc, qu'elle ne savait pas faire fonctionner, selon des témoins. "Un carnage", selon la procureure. 

Devant les enquêteurs, l'anesthésiste reconnaîtra avoir commencé sa journée, "comme tous les jours", par un mélange d'eau et de vodka, et avoir de nouveau bu dans la soirée avec des amies. Chez elle, les gendarmes avaient retrouvé 14 bouteilles de vodka.

Christophe Ketels / COMPAGNIE GAGARINE

Licenciée en Belgique pour fautes graves

Après une rupture sentimentale en 2005, Helga Wauters avait entamé un parcours d'"alcoolisation excessive et quotidienne" qui lui avait valu deux licenciements pour faute grave en Belgique, en 2013 et 2014, en dépit de plusieurs tentatives de désintoxication, a rappelé la procureure. Alors embauchée depuis seulement une dizaine de jours en France, en septembre 2014, parce que "grillée" dans son pays, elle "a cumulé les négligences, imprudences et maladresses" au bloc, a insisté le ministère public. 

C'est "la seule responsable", a ajouté la procureure, balayant la responsabilité "collective" des établissements hospitaliers d'Orthez, qui avaient bénéficié d'un non-lieu au cours de l'enquête. Son passé "n'a en réalité jamais été porté à la connaissance" de la clinique Labat qui mettait ses soignants et ses locaux à disposition du centre hospitalier d'Orthez, et "l'ordre des médecins belge n'en avait jamais eu vent".

Helga Wauters, jugée libre, avait lu une déclaration avant d'annoncer qu'elle utiliserait son droit au silence. "Je ne mérite pas la prison", avait-elle dit, sans regard ni mot d'excuse pour les parties civiles. Un "silence méprisant et irrespectueux", estimait Yannick Balthazar, père de l'enfant de Xynthia. "Il sait que sa maman est décédée des suites d'un accident, je préfère ne rien lui cacher (...) je n'ai pas envie qu'il se sente coupable", avait-il confié à l'AFP. 

En s'avançant à la barre au dernier jour de son procès, l'anesthésiste s'est dite "sincèrement désolée". "Je n'ai pas trouvé les mots pour le dire, je ne sais pas exprimer la douleur", a ajouté la quinquagénaire. Hors audience, elle a voulu parler à la famille Hawke, qui a refusé.

Les plus consultés