Dix ans de prison requis contre l'ex-conseiller communal malinois Melikan Kucam

A l’ouverture du procès devant le tribunal correctionnel d’Anvers, le ministère public a requis ce lundi 10 ans de prison à l'encontre de l'ancien conseiller communal malinois N-VA Melikan Kucam (photo) et jusqu'à six ans de réclusion pour les neuf autres inculpés poursuivis pour trafic d'êtres humains, corruption passive et association de malfaiteurs dans une affaire de fraude aux visas humanitaires. Melikan Kucam risque également une amende de 1,9 million d'euros et une déchéance à vie de ses droits civils. Pour les neuf autres prévenus, parmi lesquels figurent son fils et son épouse, des amendes allant jusqu'à 304.000 euros ont été demandées. Le procureur requiert encore la confiscation de 522.500 euros, le montant minimum dont aurait profité la famille Kucam grâce à ses manœuvres de fraude.

Melikan Kucam, qui siégeait encore au conseil communal à Malines, avait initié une opération de sauvetage humanitaire de chrétiens assyriens établis dans des territoires en guerre en Syrie et en Irak. En concertation avec le cabinet de Theo Francken (N-VA) en charge de l'Asile et de la Migration, il établissait des listes de personnes pouvant entrer en ligne de compte pour l'octroi d'un tel visa.
Le Secrétaire d'État avait fait savoir au cours d'une cérémonie pascale au sein de la communauté assyrienne de Malines en 2017 que les membres de celle-ci pouvaient faire venir leur famille à l'aide d'un visa humanitaire et qu'ils pouvaient envoyer les identités à Kucam. Ce dernier jouissait d'une large confiance du cabinet: il passait en revue les familles et déterminait qui pouvait figurer sur la liste. 

D’après le ministère public, il a abusé de cette position privilégiée en demandant de l'argent contre une place sur cette liste. L'enquête a mentionné des montants compris entre 2.000 et 10.000 euros. "L'opération de sauvetage des plus précaires s'est en fait avérée une opération de sauvetage des plus offrants. Melikan Kucam a par ailleurs affirmé que celui qui ferait des déclarations à ce sujet serait renvoyé dans son pays", a souligné le procureur. 

Melikan Kucam a fini par rédiger huit listes sur lesquelles figuraient 293 personnes. "Renseignements pris auprès de l'Office des étrangers, il ressort que 246 personnes sur ces 293 ont obtenu un visa. Une centaine d'entre elles ne se sont jamais présentées à l'Office pour une demande d'asile. Ces personnes ont utilisé un visa humanitaire uniquement pour se rendre ensuite dans un autre État membre de l'Union européenne, ce qui va à l'encontre des conditions d'octroi d'un tel visa", a ajouté le procureur.

Le fils et l’épouse de Kucam également inculpés

Le conseiller communal savait pertinemment, selon le ministère public, que ces familles ne viendraient jamais en Belgique, raison pour laquelle il ne se privait pas de monnayer une place sur les listes. Son fils Emanuël (22 ans) et son épouse Birsen Y. (41 ans) étaient également actifs dans ces manœuvres. Une somme de 390.800 euros en liquide a été retrouvée dans un coffre loué par Birsen Y. 

Les sept autres prévenus leur renseignaient des candidats à un visa. Le ministère public a chiffré l'avantage patrimonial constitué par le clan Kucam à 522.500 euros. "Vous n'êtes pas le sauveur des Assyriens de Syrie. Vous vous êtes enrichis sur le dos et la misère de votre propre communauté. Vous avez trahi la confiance et la responsabilité que le Secrétaire d'État avait mises en vous. Vous avez aussi trompé la confiance de toute la population belge. Vous méritez donc d'être également déchu de vos droits politiques." 

Melikan Kucam nie tous les chefs d'inculpation. Il parle d'un complot à son égard. Il a déclaré dans une interview qu'il n'aurait jamais été arrêté s'il n'avait pas été étiqueté N-VA. Il maintient ne pas avoir réclamé de l'argent aux candidats réfugiés et s'être toujours investi de façon désintéressée en faveur de la communauté assyrienne. 

Le tribunal correctionnel d’Anvers devrait prononcer son jugement dans un mois.

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