Malgré la crise du coronavirus, il y a encore eu plus de 200 morts sur nos routes

Même au cours d’une année où le télétravail a fortement augmenté, on déplore encore plus de 200 morts sur les routes en Flandre et à Bruxelles. A noter que: dans 4 cas sur 10, l’accident s’est produit sans l’intervention d’un tiers. Pendant un an, la VRT a cartographié tous les accidents de la route mortels.

Commençons d’abord par une bonne nouvelle, il y a eu moins de morts sur les routes au cours de cette année 2020 marquée par la crise sanitaire. Le baromètre de l'Institut de Sécurité routière Vias l'avait déjà montré : au cours des neuf premiers mois de cette année, Vias a constaté une baisse de 16 % du nombre de morts sur les routes. Sur base des chiffres recueillis par la VRT, il est possible que la diminution soit encore plus importante pour l'ensemble de l'année. Mais cela ne sera clair que plus tard, lorsque les chiffres officiels seront disponibles.

Pour localiser les accidents mortels recensés par la VRT, vous pouvez cliquer sur la carte ci-dessous. Les circonstances de l'accident sont expliquées en néerlandais.

Il semble qu’il y ait bien eu un effet coronavirus. Les mois d’octobre, d’avril et de novembre auront été, selon notre décompte, les mois les moins meurtriers sur les routes, avec une moyenne de moins de 0,5 décès par jour. Ces trois mois ont été marqués par un confinement ou une interdiction des voyages non essentiels. Il y a eu donc une baisse du trafic, et cela semble aussi avoir entraîné moins de décès.

"Certaines personnes en ont profité pour rouler plein gaz"

Toutefois, le mois de mai, au cours duquel des mesures de confinement étaient également en vigueur, aura été l'un des mois les plus meurtriers. Il pourrait y avoir un autre effet, selon Stef Willems de l'Institut Vias : "En général, il y a eu moins d'accidents, mais ceux qui se sont produits étaient beaucoup plus graves. C'est depuis 2013 que les accidents survenus au cours des six premiers mois de l'année sont si graves. Cela ne peut qu'indiquer une chose : les gens roulent beaucoup trop vite. Certaines personnes en ont profité pour rouler plein gaz comme le trafic était moins dense en supposant que la police était occupée à autre chose".

Il y eu aussi de nombreux décès en septembre (presque 1 mort par jour dans la circulation), en août et en février. Pendant trois de ces quatre mois, les mesures de confinement étaient moins strictes.

"Septembre 2020 aura même été plus meurtrier que septembre 2019", déclare Stef Willems. "Il faisait très beau à l'époque, et il y a eu beaucoup de monde sur les routes. A pied, à vélo ou en voiture. La vague de chaleur a certainement joué un rôle à cet égard. Des études montrent qu’un plus grand nombre d'accidents se produisent durant les vagues de chaleur. Et nous risquons bien d’en avoir davantage dans les années à venir, c'est pourquoi nous devons prendre des mesures structurelles pour prévenir les accidents".

Il est très difficile dire ce qu'aurait été le bilan des morts sur les routes de l'année 2020 sans le coronavirus, mais le porte-parole de Vias craint que cela aurait été bien pire : "Au cours des trois premiers mois de cette année, nous avons constaté une augmentation du nombre de morts sur nos routes par rapport à 2019. Et aussi en septembre, lorsque les gens ont pu se déplacer normalement, il y a eu une augmentation", constate Stef Willems. "Il y a donc de fortes chances que sans la crise sanitaire, nous aurions eu encore plus de morts qu'en 2019, qui était déjà une année pire que 2018".
 

"Perte de contrôle du véhicule"

Une observation se dégage du décompte de la VRT : dans près de 4 cas sur 10, aucun tiers n'était impliqué dans l’accident. Il s'agissait de conducteurs qui manquaient un virage, heurtaient un arbre ou une maison, ou encore roulaient dans le fossé, sans que personne d'autre ne soit responsable de l’accident. Dans les journaux, on lit souvent que "pour une raison encore inconnue, il ou elle a perdu le contrôle de son véhicule".

"Dans la moitié des accidents de voiture mortels, personne d'autre n'est impliqué. Et pourquoi cela ? Trop souvent, nous pensons que nous sommes « Superman » au volant. Qu'on peut toujours conduire parfaitement avec un verre de trop, ou en envoyant des SMS au volant, ou encore quand on roule 10 kilomètres à l'heure de plus que ce qui est autorisé. Mais en réalité nous perdons ce contrôle plus vite que nous ne le pensons".

Le nombre d'accidents sans l’intervention d’un tiers augmente également chez les cyclistes : "Dans dix ans, nous verrons une augmentation de 23 à 34 %. C'est parce que la population vieillit et que de plus en plus de gens utilisent un vélo électrique. Avec un vélo électrique, vous roulez plus vite, ce qui entraîne des blessures plus graves. Et quand on est plus âgé, cela peut être fatal. Par exemple, la proportion des plus de 80 ans dans les accidents de vélo mortels a doublé en dix ans".

Alors comment se fait-il que les gens perdent le contrôle ? D'après nos informations, 14 accidents étaient dus à une vitesse excessive, 8 conducteurs avaient consommé de la drogue, 7 n'avaient pas réussi à dépasser et 4 décès étaient dus à l'alcool. 3 victimes ne portaient pas de ceinture de sécurité. "Mais vous ne pouvez certainement pas tout déduire de ces informations", explique Stef Willems. "Les décès dus à ces accidents sans intervention d’un tiers ne sont pas automatiquement vérifiés pour savoir si les victimes roulaient sous l'influence de l'alcool ou de la drogue. En réalité, les chiffres seront beaucoup plus élevés".

Surtout des hommes parmi les victimes

Lorsqu’on examine les victimes d’un accident de la route cette année, on constate que : 165 des 211 morts que nous avons recensés en Flandre et à Bruxelles étaient des hommes. Soit quatre sur cinq. Ce chiffre correspond aux statistiques nationales et internationales : les femmes sont moins souvent impliquées dans des accidents graves que les hommes. Selon l'Institut Vias, c'est parce que les hommes parcourent plus de kilomètres que les femmes, mais aussi parce que les femmes prennent moins de risques, se comportent de manière plus responsable et font preuve de plus de respect envers les autres usagers de la route. Les hommes, à leur tour, relativisent souvent leurs erreurs et seraient moins conscients du danger.

Les victimes de la circulation semblent également être relativement jeunes. L'âge moyen des victimes que nous avons pu recenser est de 45 ans. Les 20 et 30 ans constituent le groupe le plus important, suivi par les sexagénaires. Pour autant que nous sachions, 5 des 211 victimes étaient des mineurs. Leur âge varie de 12 à 16 ans.

La plupart des décès ont eu lieu en voiture (38 %), suivis par les vélos, les vélos couchés et les vélos électriques speed pedelecs (24 %), les cyclomoteurs et les motos (12 %), les piétons (9,5 %) et les camions (7 %). Par rapport à 2019, nous constatons une diminution chez les automobilistes et les cyclomoteurs, et une augmentation chez les piétons et surtout les cyclistes. Pour cette dernière catégorie, ce fut l'été le plus meurtrier depuis six ans, avec un décès à vélo tous les cinq jours en juillet, août et septembre.
 

Les transports en commun restent le moyen de transport le plus sûr

"A cause de la crise sanitaire, moins de gens ont emprunté les transports en commun. Or, c'est le moyen le plus sûr de se déplacer. Donc même, si vous passez du bus, du tram ou du train au vélo ou à la marche à pieds, vous courrez de toute façon plus de risque", déclare Stef Willems de l'Institut Vias.

Améliorer l’infrastructure

Pour nous, les conclusions sont claires", déclare Stef Willems : "Si aucune intervention structurelle n'a lieu, les chiffres augmenteront à nouveau après la crise sanitaire. L'infrastructure doit être adaptée, avec des pistes cyclables plus sûres et davantage de zones-30. Il faut mieux contrôler l'utilisation des gsm au volant. Mais il faut aussi punir plus efficacement : il ne s'agit pas de donner à quelqu'un une amende astronomique si de toute façon il ne pourra pas la payer. Certaines personnes tirent davantage profit d'une formation à la conduite, d'autres doivent être soignées pour leur dépendance à l'alcool ou à la drogue.

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