Lafargue Raphael/ABACA

La Belgique va négocier des accords bilatéraux avec le Royaume-Uni

Le gouvernement fédéral a l'intention de négocier avec le Royaume-Uni une batterie d'accords bilatéraux, comme le permet l'accord post-Brexit conclu entre l'Union européenne et Londres fin décembre. C’est ce qu’a indiqué mercredi soir le Premier ministre Alexander De Croo (photo archives). Il soulignait aussi la nécessaire vigilance vis-à-vis de la concurrence que risque de mener Londres.

Avoir évité le "no-deal" par la conclusion d'un accord commercial zéro tarif, zéro quota, est une "excellente chose pour la Belgique, qui est traditionnellement en excédent commercial vis-à-vis du Royaume-Uni", a indiqué le Premier ministre De Croo devant le comité de la Chambre chargé des questions européennes. Cependant, certains obstacles à l'exportation seront inévitables, notamment les procédures et contrôles qui n'existaient pas auparavant. 

L'accord jette aussi les bases d'une coopération policière et judiciaire. Il permet aux États membres de conclure des accords nationaux avec le Royaume-Uni dans le cadre de compétences partagées avec l'UE, ou exclusives. "Le gouvernement fédéral a l'intention de négocier avec le Royaume-Uni des accords bilatéraux de coopération policière, en particulier dans la lutte contre le crime organisé et l'immigration illégale, mais aussi des accords de coopération en matière de défense et de cyber-sécurité", a confirmé Alexander De Croo. 

Le gouvernement fédéral envisagera aussi des accords et conventions administratives supplémentaires pour les modalités dans les domaines de la fiscalité, de la navigation aérienne et de la sécurité sociale.

AFP or licensors

Nécessaire vigilance

Plusieurs éléments doivent être gardés à l'œil dans le développement de cette future relation bilatérale belgo-britannique, a par ailleurs souligné le Premier ministre. En matière douanière, premièrement: pas question que Londres profite de cette future relation pour tenter de contourner les règles d'origine strictes imposées sur les marchandises. "C'est très important pour la force de la politique commerciale européenne commune". 

Autre préoccupation: les normes imposées aux marchandises. Si le marché britannique, de par sa faiblesse économique relative vis-à-vis du marché européen, sera davantage mis sous pression pour se conformer aux normes UE que l'inverse, des pressions politiques à Londres pourraient troubler ce jeu économique, a fait observer le Premier ministre. "Et si le Royaume-Uni s'écartait des normes européennes de produits sur son propre marché, cela pourrait forcer les exportations belges vers le Royaume-Uni à s'ajuster. L'impact potentiel sur nos activités doit donc être étroitement surveillé." 

Concernant les règles de concurrence équitable (fiscales, environnementales, sociales, notamment), le chef du gouvernement ne se fait pas trop d'illusions: "On peut logiquement supposer que le Royaume-Uni voudra s'écarter des normes européennes". Les garanties prévues dans l'accord sont certes "sans précédent", mais elles seront très certainement mises à l'épreuve par Londres. Alexander De Croo souligne donc l'importante d'une "réelle capacité de réaction et de correction de l'UE". 

Les équivalences dans les services financiers - un secteur où l'UE était fort dépendante de Londres ces dernières décennies - ne font pas partie de l'accord post-Brexit. C'est un autre sujet de préoccupation pour la Belgique. D'autres accords doivent intervenir. Toutefois, "il ne faut pas exclure que davantage d'expertises et de fonctions financières cruciales soient transférées vers la zone euro aux dépens de Londres", a glissé le Premier ministre.

Quant à la pêche, "nos pêcheurs disposent d'un cadre stable jusqu'en 2026, ce qui nous donne le temps nécessaire pour préparer la transition et leur garantir une solidarité intra-européenne suffisante." Cette solidarité passera notamment par la "Réserve d'ajustement au Brexit", un fonds de 5,4 milliards d'euros dont bénéficieront principalement les pays les plus touchés par le Brexit, comme la Belgique. A cet égard, la répartition exacte entre États membres n'est pas encore clarifiée, mais cela ne devrait plus tarder. Une discussion se tiendra à ce sujet la semaine prochaine au Conseil de l'UE.

AFP and licensors

Les plus consultés