L’hebdomadaire flamand Knack fête ses 50 ans d’existence

Il y a un demi-siècle, le 18 février 1971, paraissait le premier numéro de l'hebdomadaire Knack, un nouveau venu indépendant dans le paysage médiatique flamand. Un magazine pluraliste, avec des rédacteurs de haut vol comme Frans Verleyen ou Johan Anthierens (sur lequel Canvas diffuse ce mercredi soir le documentaire en deux parties "Niemands meester, niemands knecht"). Pour l'actuel rédacteur en chef Bert Bultinck, Knack ne doit pas redouter les réseaux sociaux. Les grands médias sont toujours plus attirés par l'information que par la sensation, et "le journalisme s'est amélioré".

Cinquante ans après sa création, Knack a gardé aujourd'hui le même slogan "Il ne faut pas se faire une opinion tout de suite. Penser, c'est bien aussi. Osez douter". Une opinion indépendante aura été la priorité de Knack depuis le début, lorsque le paysage médiatique était encore cloisonné par la pilarisation, a expliqué le rédacteur en chef Bert Bultinck ce mercredi dans l’émission "De ochtend" sur Radio 1 (VRT).

Le 18 février 1971, le premier numéro de Knack sortait des presses, avec une photo de couverture étonnante de l'ancien Premier ministre Paul-Henri Spaak et de sa perruche verte. De grands magazines étrangers ont servi de modèles à Knack : TIME, Newsweek, Der Spiegel et Elsevier.

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Un tel hebdomadaire n'existait pas encore en Flandre. Le journal Het Volk avait bien son supplément hebdomadaire Spectator; il y avait des magazines de télévision (comme Humoradio) ou des magazines féminins (Libelle, Het Rijk der Vrouw) et des magazines illustrés comme Panorama ou De Post.  Mais un magazine d'information général et indépendant, avec des informations nationales et internationales, du sport et de la culture, des reportages et des interviews, des photos et des cartoons, était quelque chose de nouveau. Le groupe Roularta, un imprimeur de Roulers (Flandre occidentale) et éditeur de ce qui était alors principalement des magazines publicitaires gratuits, y a vu une opportunité. Aujourd'hui, si le siège de l'entreprise et l'imprimerie se trouvent à Roulers, la régie publicitaire du groupe se trouve à Zellik (Brabant flamand) et la rédaction à Bruxelles.

Les premiers Knacks n'avaient qu'une couverture et des pages publicitaires en couleur ; les articles rédactionnels et les photos étaient en noir et blanc sur un papier journal d’une qualité légèrement supérieure. L'étrange nom "Knack" s'inspire du titre d'une comédie de film britannique des années 60 : "The knack and how to get it". En anglais, "a knack" signifie du talent.

Pluraliste et en avance sur son temps

Le journaliste Frans Verleyen, aura été la figure de proue de Knack depuis 1973. Pour lui ce magazine était destiné à l’ "enseignant flamand ambitieux". Voici ce qu’écrit le groupe Roularta Media aujourd’hui à propos de son propre magazine : "Knack s'adresse principalement aux hommes et aux femmes des groupes sociaux supérieurs. Les lecteurs ont une formation supérieure et se situent principalement parmi la population active". L'actuel rédacteur en chef Bert Bultinck a reconnu dans "De ochtend" ce mercredi, que "Cet enseignant flamand fait toujours partie de l'épine dorsale de la Flandre et est toujours dans l'ADN de Knack".
 

Dans la foulée de mai '68

Cette naissance n'était pas le fruit du hasard, peu après les révoltes de '68 en Europe. Dans la foulée, le 18 février 1971, le numéro 1 de Knack sortait des presses : pour la Flandre, la première expérience de magazine d'information jamais réalisée". Et aussi : "L'esprit du temps dans lequel Knack a grandi, et sur lequel le magazine a exercé une certaine influence localement, peut se résumer à ce seul mot : l'émancipation".

Si l’on examine le numéro du 18 octobre 1971 avec en couverture le "Dossier avortement", avec des votes pour et contre et un reportage à Londres, "sanctuaire en faveur de l'avortement". Le rédacteur Willy De Nolf, écrivait dans son éditorial : "Il y a un tournant dans l'opinion publique et parmi les législateurs de certains pays".

Knack n’était pas lié aux trois grands "piliers", correspondant aux trois partis politiques traditionnels (chrétien, libéral, socialiste), organisant la société belge de l'époque. 

Sur ce pluralisme, l'actuel rédacteur en chef Bert Bultinck écrit dans le numéro célébrant les 50 ans du magazine: "C'est l'un des aspects dans lesquels Knack était en avance sur son temps, et les politiciens ont certainement dû s'y habituer. Ce dernier n'a pas fondamentalement changé. Aujourd'hui encore, la rédaction se heurte régulièrement à l'establishment politique, qui prétend valoriser la liberté d'expression, mais devient irritable lorsque Knack n'écrit pas ce que les politiciens aimeraient lire sur eux-mêmes".

Journalisme d’investigation

Knack aura aussi été un pionnier du journalisme d’investigation en Flandre, avec des reporters comme Frank De Moor et Walter De Bock, entre autres, qui se sont penchés sur les agissements de l'ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants ou du bourgmestre de Knokke, Leopold Lippens. Ou dans le trafic d'êtres humains, comme Chris De Stoop. Plus récemment, il y a eu les révélations des "Panama papers".

 Knack a toujours accordé beaucoup de place pour les reportages à l’étranger, mais aussi à la science et à la culture, dès le début, avec des interviews et des critiques. Patrick Duynslaegher a fait connaître le journalisme cinématographique critique à un large public. En 1985, le Knack Weekend (style de vie) a été ajouté, avec Tessa Vermeiren, et depuis 2000, le Knack Focus (culture et médias) a été ajouté.

Depuis un demi-siècle, Knack a plus ou moins le même logo et la couverture n’a pas beaucoup changé. A l'heure de l'Internet, le magazine papier tient bon avec, selon les derniers chiffres du CIM (Centre d'Information sur les Médias), 98 809 exemplaires diffusés, la plupart destinés aux abonnés. 

Roularta Media, qui peu après Knack a également lancé le magazine économique Trends, auquel est venu s'ajouter plus tard le Sportmagazine, a commandé l'automne dernier une nouvelle presse rotative de 12,5 millions d'euros, non seulement pour imprimer ses propres magazines, mais aussi de nombreuses autres publications. Le magazine papier ne semble donc pas encore mort.

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