Pierre Van Damme : "La semaine prochaine, une décision sera prise concernant le vaccin AstraZeneca"

Tant l'Allemagne que les Pays-Bas ont décidé de ne plus administrer le vaccin de la firme britannico-suédoise aux personnes de moins de 60 ans. Des nouveaux cas d'effets secondaires graves ont été rapportés sur des patients ayant reçu le vaccin. Selon le vaccinologue Pierre Van Damme, un avis européen concernant le vaccin AstraZeneca est attendu mardi et une décision politique devrait suivre mercredi.

En Belgique, c'est au tour du Conseil supérieur de la Santé et de la taskforce Vaccination de se concerter. "Les ministres de la Santé publique examinent les différents scénarios possibles avec le Conseil supérieur de la Santé et la taskforce Vaccination", indique le CSS vendredi. Les développements internationaux sont suivis de près et une mise à jour de l'avis sur ce vaccin devrait être communiquée la semaine prochaine. Cela n'entraînera pas forcément un revirement de position de la Belgique, mais, à la lumière du rapport du comité de sécurité de l'EMA notamment, une décision "mieux fondée" pourra être prise.

Le vaccinologue et membre de la taskforce vaccination Pierre Van Damme (université d’Anvers) rappelle les faits : 

"Lorsque l'Europe venait d'approuver le vaccin, un certain nombre de pays y compris le nôtre ont estimé qu'il y avait trop peu de données disponibles sur son efficacité chez les personnes de plus de 55 ans, de sorte que le vaccin n'a été initialement administré qu'aux personnes de moins de 55 ans. Puis de nouvelles données provenant de centaines de milliers de personnes aux États-Unis et au Royaume-Uni, de véritables études de terrain, nous sont parvenues et ont montré que le vaccin était également efficace au-delà de 75 et même 80 ans. Dès lors, de nombreux pays, dont le nôtre, ont administré le vaccin à tous les groupes d'âge de plus de 18 ans."

"Ensuite, certains cas rares de maladies de coagulation du sang ont été mis en lumière. Certains pays ont alors commencé à prendre leurs propres décisions et ont suspendu la vaccination sans attendre l'avis de l'Agence européenne des médicaments (EMA). Cela a finalement conduit à la conclusion que les avantages de la vaccination l'emportaient sur les risques potentiels d'effets secondaires, après quoi de nombreux pays ont repris la vaccination. Et maintenant, nous constatons que les pays prennent à nouveau leurs propres décisions. Cela crée beaucoup de doutes au sein de la population, car pourquoi un pays l'arrête-t-il et un autre le poursuit-il ?"

L'EMA étudie actuellement les nouvelles données afin de formuler un avis, ajoute Pierre Van Damme. "Aux Pays-Bas, il s'agit d'environ 5 cas sur 400 000 personnes inoculées. Au Royaume-Uni, le pays qui a la plus longue et la plus grande expérience avec AstraZeneca, on compte 30 cas pour 18 millions d'inoculations. Cela illustre la rareté du phénomène. Il est difficile d'établir un lien de causalité".

"Nous essayons maintenant de trouver un dénominateur commun parmi ces personnes, mais ce n'est pas évident. Ils n'ont pas d'antécédents de thrombose, par exemple." Le fait que ce ne soit pas si évident montre aussi, toujours selon Van Damme, pourquoi de nombreux pays ne s'y mettent pas du jour au lendemain. "Il y a maintenant des consultations avec des experts au niveau européen, après quoi un avis sera donné aux décideurs politiques. C'est à eux de prendre la décision."

Selon Pierre Van Damme, cet avis européen est attendu mardi et une décision politique devrait suivre mercredi.
 

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