UAntwerpen : "Le coronavirus a occupé 60% du temps d'antenne des JT flamands"

Une étude menée par l’Université d’Anvers (UA) révèle que 60% du temps d'antenne des journaux télévisés flamands l'an dernier a été consacré à la crise du coronavirus, les médias donnant avant tout la parole à des experts médicaux et des membres des gouvernements. Les chercheurs ont disséqué tous les journaux télévisés de la chaîne publique Eén (VRT) et du canal privé VTM entre janvier et octobre 2020. "Par moments, l’information en Flandre a ressemblé à celle en Russie ou en Chine", analyse le politologue Stefaan Walgrave. "Il y avait une approche dominante et le gouvernement a dominé l’information, comme jamais auparavant".

Sur la première chaîne de la VRT, Eén, Het Journaal a été consacré uniquement au coronavirus pendant 23 jours, alors que Het Nieuws de VTM s'est contenté de 9 jours d'éditions spéciales. Bien qu'il y ait un lien entre le nombre des contaminations et des hospitalisations d'un côté, et le temps d'antenne de l'autre, l'attention des médias pour le coronavirus n'a pas beaucoup baissé lorsque les chiffres étaient moins élevés. Les journaux télévisés des deux chaines flamandes sont aussi devenus en moyenne 18% plus long qu’avant l’épidémie dans notre pays.

"Le public avait clairement besoin d'information car un pic dans l'information donnée entraînait souvent d'excellents chiffres d'audience", souligne la chercheuse Ine Kuypers. Mais la diversité de l'information en a pris un coup. Des thématiques qui étaient fort suivies avant 2020 - comme la criminalité ou l'environnement - ont vu leur temps d'antenne chuter. L'actualité internationale a aussi été délaissée et quand elle était tout de même abordée, elle aussi concernait, bien souvent, le coronavirus.

"Aucun thème n’a jamais autant dominé les informations. Le corona est peut-être le plus grand événement d’actualité depuis la Seconde Guerre mondiale", estiment les chercheurs Stefaan Walgrave et Ine Kuypers.

Plus de 26.000 secondes de Marc Van Ranst

Les experts scientifiques ont, eux, joué les premiers rôles, à l'image du virologue Marc Van Ranst (KULeuven) qui a pris la parole sur un temps cumulé de 26.136 secondes sur les deux chaines. Avec des portefeuilles clés comme l'Enseignement et le Sport, le ministre flamand Ben Weyts a été parmi les personnalités politiques les plus en vue dans le cadre de l’épidémie, avec 8.644 secondes.

Les experts non-médicaux ont eu peu à dire dans le cadre des JT des deux médias flamands, constatent Walgrave et Kuypers. Le pédagogue Pedro De Bruyckere, qui est l’expert non-médical qui s’est exprimé le plus longtemps sur les antennes de VTM et VRT en 2020, a parlé en tout 499 secondes, a calculé l’UA.

"Le gouvernement n'a jamais été aussi présent"

Les chercheurs anversois s'inquiètent d'un traitement assez unilatéral de l'information l'an dernier. "Pour peu, les informations en Flandre ressemblaient à ce qui peut ressortir des médias d'Etat en Russie ou en Chine", explique le politologue Stefaan Walgrave. "Il y avait une approche dominante et le gouvernement n'a jamais été aussi présent dans les nouvelles. La diversité de l'information est un grand atout démocratique et ce n'est pas sain qu'un seul aspect domine l'actualité, comme nous l'avons vu en 2020."

Les chercheurs ont ainsi constaté, notamment, que le temps de parole donné aux partis d'opposition est descendu à quelques pourcents seulement en 2020, contre environ 15% sur Eén entre 2009 et 2019. 

L’ombudsman de VRT NWS, Tim Pauwels (photo), a également constaté que le coronavirus a dominé l’information l’an dernier. Il a en effet reçu le double de messages par rapport aux années précédentes. "Toute l’année il a fallu maintenir un équilibre entre expliquer les décisions politiques et les évaluer. Il y a toujours eu des spectateurs qui ont demandé à la VRT de se montrer avant tout critique face aux décisions politiques", précisait Pauwels.

"L’atmosphère peut changer rapidement. Ainsi en mars 2020, le public estimait que les rédactions de la VRT ne devaient pas être trop critiques. Et en octobre, le public considérait qu’elles n’étaient pas suffisamment critiques".

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