Le bourgmestre d’Anvers aurait donné discrètement 1,2 million d’euros pour l’Urban Center

La responsabilité du bourgmestre Bart De Wever dans l'affaire de détournement de subsides au profit de l'association de danse urbaine anversoise Let's Go Urban (LGU), fondée à l’initiative de Sihame El Kaouakibi, semble plus importante qu'il ne l'admet. D’après le quotidien De Standaard, une augmentation a été consentie sans décision séparée du collège, et est apparue soudainement dans le nouveau budget pluriannuel. Le collège échevinal d’Anvers doit se réunir ce lundi sur le projet Let’s Go Urban (photo). Dans une lettre, que VRT NWS a pu consulter, l’administratrice provisoire de l’asbl, Annemie Moens, réclamerait davantage de fonds pour LGU. Mais il est probable que la ville n’y répondra pas, ce qui veut dire que les salaires ne pourront plus être payés.

Un audit de la ville d'Anvers sur de possibles malversations financières chez LGU pointe explicitement une lettre datant du 8 juin 2018 de la main de Sihame El Kaouakibi, fondatrice de LGU et députée flamande (Open VLD) au bourgmestre Bart De Wever (N-VA). Elle y demandait de l'argent pour pouvoir mettre en place des projets ambitieux. Le contenu de la lettre, qui fait l'objet d'une fuite dans De Standaard, démontrerait la responsabilité du bourgmestre anversois.

"Après concertation avec l'échevine de la Jeunesse, Nabilla Ait Daoud, nous vous adressons cette lettre", écrivait El Kaouakibi dans la lettre citée par le quotidien De Standaard. "Nous sommes tenus de le faire car le projet qui est sur la table aujourd'hui concerne tant le domaine de la jeunesse que celui du développement urbain." Le bourgmestre avait en effet assumé le portefeuille du développement après le départ prématuré de l'échevin Rob Van de Velde (N-VA).

Sihame El Kaouakibi n'était pas prête à se contenter d'une salle de fête rénovée mais souhaitait disposer d'un nouveau bâtiment. "Nous sommes aujourd'hui acculés, car nous sommes à court d'1,6 million d'euros", écrivait-elle. Le bourgmestre De Wever n' a pas répondu à la lettre, mais quatre mois plus tard le collège échevinal anversois a doublé le budget d'investissement pour la construction du Urban Center, passant de 1,2 million d'euros à 2,4 millions d'euros. Le collège a approuvé l'ajustement le 19 octobre et le conseil a suivi le 26 novembre.

Aucune décision collégiale distincte n'a été liée à la forte augmentation en faveur de LGU, ce qui semble inhabituel, d’après De Standaard. Le nouveau budget ne représente qu'une ligne dans le budget pluriannuel ajusté. Pour rappel, Sihame El Kaouakibi (photo) est sous le feu des critiques, en Flandre, dans le cadre d'une affaire concernant l'affectation des subsides accordées à son association. D'importantes sommes d'argent auraient été détournées au profit d'autres activités de la députée libérale, selon certaines accusations.

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Anvers ne veut plus donner d’argent à LGU ?

L’administratrice provisoire de l’association Let’s Go Urban, Annemie Moens, réclame de son côté davantage d’argent pour le projet de danse en faveur de jeunes défavorisés, si l’on en croit une lettre de sa main que VRT NWS a pu consulter. Mais il est peu probable que la ville d’Anvers réponde positivement à cette demande. Le conseil échevinal doit se réunir ce lundi pour décider de l’avenir de LGU. L’audit de la métropole a été sans pitié à l’encontre du projet de Sihame El Kaouakibi : au moins 270.000 euros de factures (voire même 350.000 euros) concernant la construction et la rénovation de l’Urban Center - le bâtiment abritant LGU - sont d’origine douteuse. Et la dépense de 120.000 euros de subsides de fonctionnement est insuffisamment justifiée.

La Ville a envoyé une mise en demeure à LGU et donné une semaine à l’association pour formuler une réponse. Celle-ci émane de l’administratrice provisoire, nommée par la justice, qui demande davantage d’argent pour sauver l’association. Annemie Moens confirme l’existence de factures douteuses, à hauteur même de 450.000 euros d’après l’enquête qu’elle a menée. Elle se plaint aussi du manque de collaboration de la part d’El Kaouakibi et son équipe.

En fin de lettre, Moens indique avoir remis aux services de la ville le compte annuel pour 2019 et le budget pour 2021, qui ont tous deux été discutés avec l’administration communale. Sur cette base, l’administratrice provisoire demande la mise à disposition rapide de moyens financiers, "pour pouvoir maintenir le fonctionnement de l’asbl". A la fin de ce mois, il n’y aura en effet plus d’argent pour payer les salaires des collaborateurs de LGU.

D’après le journaliste Fabian Lefevere (VRT), il est très probable que le conseil échevinal d’Anvers décide ce lundi de suspendre son soutien financier à LGU et l’annonce ce lundi soir au conseil communal. Dans l’entourage du bourgmestre De Wever, on indiquerait qu’une collaboration avec l’association dans sa forme actuelle serait devenue très difficile.

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