La Ville d'Anvers suspend sa collaboration avec Let's Go Urban

Le collège des bourgmestre et échevins de la Ville d'Anvers a décidé lundi de mettre un terme à sa collaboration avec l'asbl de la députée anversoise Sihame El Kaouakibi, "Let's Go Urban Academy". Le collège veut aussi se constituer partie civile dans le cadre de l’enquête judiciaire sur les soupçons de malversations et fraude aux subsides dont est soupçonnée l’ex-députée libérale. Lors du conseil municipal anversois, ce lundi soir, le bourgmestre Bart De Wever (photo) a essuyé de vives critiques de la part de l’opposition, pour avoir longtemps soutenu les projets d’El Kaouakibi dans la métropole.

Le collège des bourgmestre et échevins avait mis l'asbl Let’s Go Urban (LGU) en demeure le 16 avril dernier après un audit interne qui avait mis en lumière, selon la Ville, l'existence de "possibles malversations" dans l'utilisation des fonds alloués à l'association. Celle-ci avait jusqu'au 23 avril pour réagir. Selon la Ville, la réponse de l'administratrice provisoire Annemie Moens confirme certains constats et soupçons. C'est pourquoi la Ville a décidé de mettre fin à la collaboration, malgré la demande de Moens de soutenir LGU avec des moyens supplémentaires afin de garantir les salaires des collaborateurs.

La convention actuelle est dès lors résiliée avec effet immédiat et la reconnaissance de l'association sans but lucratif comme partenaire professionnel d'animation socio-éducative est retirée, indique la ville. Le collège a également décidé de se constituer partie civile dans le cadre de l'enquête judiciaire.

"J’ai perdu ma combativité"

Sihame El Kaouakibi (photo) a réagi à la décision de la Ville d’Anvers via Instagram. "Ma combativité est à bout et j’accepte les décisions qui seront prises", indiquait la députée flamande inscrite depuis peu en congé de maladie. "Nous sommes contraints de fermer la porte derrière nous", ajoutait El Kaouakibi, faisant allusion aux conséquences de cette décision.

Sans aide financière, il semble en effet bien difficile à l’académie de danse de poursuivre son travail à l’attention des jeunes défavorisés d’Anvers. De plus en plus de voix s’élèvent d’ailleurs pour souligner que ces jeunes seront les véritables victimes de la gestion frauduleuse présumée de l’association Let’s Go Urban.

“Ne pas confondre victime et cambrioleur"

Lundi soir, au cours du conseil municipal d’Anvers qui faisait suite au collège échevinal, le bourgmestre Bart De Wever (N-VA) a fourni des explications au sujet de l'audit sur les subsides octroyés à l'asbl de danse urbaine. L’Anversois a reconnu que l'externalisation des rénovations du Urban Center par LGU était "un mauvais dossier", mais a souligné la responsabilité collective dans l'affaire et l'absence de malveillance de la part de la Ville. "Il ne faut pas inverser les rôles entre la victime et le cambrioleur", a enjoint De Wever.

Lundi matin, le quotidien De Standaard avait écrit qu’une augmentation du budget débloqué pour l’aménagement de l’Urban Center (passant de 1,2 à 2,4 millions d’euros) avait été consentie par Bart De Wever sans décision séparée du collège, et est apparue soudainement dans le nouveau budget pluriannuel.

Le bourgmestre a pris le temps de répondre aux questions soulevées par l'opposition au sujet de l'affaire et détaillé la chronologie de la relation entre la Ville et l'association. "Il semble que nous ayons été escroqués", a-t-il répété, tout en soulignant qu'un juge devra se prononcer sur la question. Il a absolument rejeté toute insinuation suggérant l'implication du conseil communal dans l'affaire. "Cela serait apparu lors de l'audit, qui a mené un travail de détail chirurgical, au point de lire les boites mails", selon Bart De Wever.

Le président de la N-VA a toutefois estimé que des leçons doivent être tirées des faits mis au jour. "La gestion de la construction par des tiers est souvent moins onéreuse, plus rapide et efficace et il n'y a rien de juridiquement défavorable à cela, mais cela ouvre la porte à des abus de confiance", a encore commenté De Wever. "Nous devrons nous pencher sur la question à l'avenir".

Que Let's Go Urban ait bénéficié si rapidement de subsides est la conséquence, selon lui, du succès du projet et de la présence de personnalités de marque issues du monde de l'entreprise et de la politique. '"Le projet était brillant et il était apprécié de tous", a poursuivi le mayeur. "Il y avait aussi une gouvernance de confiance. Nous avions foi dans un groupe de personnes, pas seulement une personne".

Le bourgmestre a aussi formellement démenti qu'il avait donné suite à la lettre dans laquelle Sihame El Kaouakibi lui demandait personnellement des moyens supplémentaires. "Ces demandes sont toujours examinées par le collège à la fin de l'année. Qu'il n'y ait pas de décision du collège à ce sujet est parfaitement normal. Il appartient au conseil municipal d'évaluer les ajustements à apporter au budget pluriannuel", a-t-il assuré.

Vives critiques de l’opposition

L'opposition anversoise n'a toutefois pas semblé se satisfaire des explications du bourgmestre. "Il ne s’agit pas seulement d’une erreur dans le système", a estimé Nahima Lanjri (CD&V). "Certains fonctionnaires ont été trop peu critiques, mais c’est bien la faute des échevins compétents".

Le Vlaams Belang a réclamé la démission de l’échevine Nabilla Ait Daoud, alors responsable pour la Jeunesse, et de l’échevin des Finances Koen Kennis. "C’est le conseil communal qui a été escroqué et pas l’administration de la ville. Cette dernière, et plus précisément les échevins qui devaient allouer et contrôler les subsides pour El Kaouakibi, se sont volontairement laissé escroquer", estimait Sam Van Rooy du parti d’extrême-droite. Son appel à suspendre les subsides à "l’industrie de la diversité et de l’intégration" n’a pas été soutenu par les autres partis anversois.

Immade Annouri (Groen) a regretté que le bourgmestre De Wever n’ait pas reconnu ses erreurs dans le dossier et que l’administration communale se soit laissé éblouir par Let’s Go Urban.

Enfin le parti des travailleurs PVDA n’accepte pas que le conseil communal ne soit pas considéré comme co-responsable. "1,2 million d’euros a été dissimulé à la page 105 du livre 3 du budget pour 2019", déclarait Peter Mertens (PVDA, photo). "Il n’a pas non plus été possible de contrôler. L’année dernière, nous avons posé des questions à quatre reprises en commission, pour savoir où allait tout l’argent accordé à LGU et ce qui en était la contrepartie, mais nous avons reçu de très maigres réponses".

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