Le président des socialistes flamands met la pression : "Pas de hausse salariale ? Pas de dividendes"

Les socialistes flamands et francophones ont mis en garde mercredi leurs partenaires de coalition. Sans marge conséquente de progression salariale, ils ne voient pas pourquoi des dividendes pourraient être distribués ou des salaires de grands patrons augmentés. 

"Cher Egbert, nous devons être cohérents. Sans marge pour une prime corona sérieuse et en l'absence de discussion sur le salaire minimum, il n'y aura pas non plus de marge pour les dividendes et les salaires des patrons", a répondu mardi le vice-Premier ministre PS et ministre de l'Emploi, Pierre-Yves Dermagne, au président de l'Open VLD, Egbert Lachaert. Dans une interview, ce dernier invitait les syndicats au "réalisme". 

"Nous invoquerons l'article 14"

Le ton était le même du côté des socialistes flamands. "Celui qui dit que ça ne va pas d'augmenter les salaires des travailleurs doit m'expliquer pourquoi des entreprises peuvent distribuer de gros dividendes à leurs actionnaires. Si on ne peut pas avoir de salaires plus élevés, alors il ne peut pas y avoir de dividendes. C'est également prévu dans la loi salariale", a déclaré le président de Vooruit, Conner Rousseau dans plusieurs médias.

Mardi, les syndicats se sont retirés de la négociation de l'accord interprofessionnel en raison du blocage sur la marge salariale corsetée par une réforme de la loi de 1996 sur la compétitivité des entreprises menée par le gouvernement précédent. Hors index, la marge s'élève pour cet AIP à 0,4% et les patrons n'entendent pas y déroger.

Aux yeux de Vooruit, dans les secteurs d'activité qui ont enregistré de bons résultats durant la crise, les travailleurs doivent pouvoir être récompensés de leurs efforts. Conner Rousseau renvoie à l'article 14 de cette loi -jamais utilisée- qui autorise le gouvernement à modérer d'autres revenus que les salaires, par exemple les dividendes mais aussi les loyers. "Si nécessaire, nous invoquerons l'article 14", a-t-il averti.

"Des propositions pas pertinentes" (FEB)

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) s’est dit "déconcertée" par la démarche du président de Vooruit sur les négociations salariales. "Les propositions de Vooruit n'aboutissent à rien et ce parti ne se rend pas compte qu'elles affecteront les petits épargnants, les retraités et de nombreux salariés".

Selon la FEB, les dividendes nets des entreprises étaient déjà à un niveau très bas en 2019 et c'était avant que la crise Covid ne frappe durement les entreprises et les entrepreneurs. D’après l'organisation patronale, une intervention aveugle dans la politique de dividende des entreprises éroderait davantage les revenus des travailleurs indépendants et des entrepreneurs, sapera fondamentalement la confiance des petits épargnants et des fonds de pension et rendra notre pays encore moins attractif pour les investisseurs étrangers.

Le PDG Pieter Timmermans souligne que les petits épargnants, les retraités et de nombreux employés seraient concernés. "Par exemple, plus de 40% des Belges investissent leur épargne directement ou indirectement dans des actions. Les dividendes qu'ils reçoivent à ce titre sont souvent un complément bienvenu à leur revenu ou à leur pension qu'ils souhaitent désormais réduire", déclare M. Timmermans. "Mais aussi les grands acteurs tels que les fonds de pension, les fonds d'investissement, les villes et les municipalités dépendent des dividendes, par exemple pour payer les pensions complémentaires, pour faire des investissements supplémentaires dans notre pays ou pour financer les infrastructures municipales. En outre, la retenue à la source sur les dividendes est passée de 10 à 30 pour cent ces dernières années. Donc, si les entreprises ne sont plus autorisées à verser des dividendes, le Trésor perdra également beaucoup de revenus", conclut-il.

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