Fonds de solidarité, prépension plus souple et moins d’impôts : ce qu’il faut retenir des discours du 1er mai

La tradition en Belgique veut que l’on célèbre le 1er mai la Fête du travail. C’est l’occasion pour les partis politiques et les syndicats d’attirer l’attention sur des thèmes sociaux dans leurs discours. La famille socialiste plaide en faveur d’un fonds de solidarité pour augmenter le salaire d’intégration, et continue à réclamer une augmentation salariale supérieure à 0,4% pour les secteurs qui sont restés actifs pendant l’épidémie. Le Parti du travail PVDA réclame une pension anticipée complète à 58 ans, tandis que le Vlaams Belang veut augmenter de 2.500 euros le revenu annuel exonéré d’impôts. Les discours ont aussi porté sur l’échec des négociations salariales pour l’accord interprofessionnel, et bien entendu sur la crise sanitaire.

Le président du parti socialiste flamand Vooruit, Conner Rousseau, avait réaffirmé à la veille du 1er mai dans un message vidéo que les travailleurs des secteurs qui se sont bien tirés de la crise sanitaire doivent pouvoir recevoir davantage que 0,4% d'augmentation salariale, en plus de l'index. Les négociations entre patrons et syndicats sur la norme salariale, dans le cadre d'un éventuel accord interprofessionnel 2021-2022, sont enlisées depuis des semaines, poussant les syndicats à faire cette semaine un constat d'échec. Ces derniers refusent une norme salariale de 0,4%, en plus de l'indexation automatique des salaires, pour les deux prochaines années, et estiment que des marges pour des augmentations plus substantielles sont possibles dans les secteurs qui ont bien traversé la crise du coronavirus.

Du côté patronal, on rappelle que la marge salariale calculée par le Conseil central de l'Économie est de 0,4%, qu'elle s'ajoute à l'indexation automatique des salaires, attendue à 2,8% pour 2021 et 2022, et que l'économie belge a traversé sa plus grosse crise économique depuis des décennies. La balle est donc revenue sur la table du gouvernement fédéral en cette fin de semaine.

Après une première sortie en milieu de semaine, dans laquelle il affirmait que sans progression conséquente des salaires, il ne voyait pas pourquoi des dividendes pourraient être distribués ou des salaires de grands patrons augmentés, Conner Rousseau (photo) a retapé sur le clou ce vendredi. "Celui qui se retrousse les manches et contribue au succès doit toujours en être récompensé. C'est juste normal dans ce cas que vous gagniez plus. Rien ne devrait y faire obstacle. Pas même une loi du passé", a déclaré en substance vendredi soir le président des socialistes flamands. "Et donc, si on continue à penser qu'il n'y a pas de marge de manœuvre pour donner à ces travailleurs une augmentation décente, alors il n'y a pas de marge non plus pour donner une augmentation aux actionnaires".

Par ailleurs, Conner Rousseau a plaidé dans son discours pour des investissements intelligents, dans les soins de santé, le bien-être mental, l'aide psychologique, l'enseignement. "Si cette crise a mis en évidence quelque chose, c'est que nous ne devrions plus jamais économiser dans nos soins de santé", juge-t-il.

Enfin, le président de Vooruit se rallie au plaidoyer du président américain Joe Biden en faveur d'un impôt des sociétés de minimum 21% pour les multinationales. Il n'est pas normal que les indépendants, les entreprises familiales et les PME soient les seuls à cracher au bassinet, là où les multinationales déploient des trésors de créativité pour échapper à l'impôt, estime Rousseau. Ce samedi, le président de Vooruit ajoutait que travailleurs et employeurs doivent trouver ensemble une solution pour aller de l’avant, "pour que chacun reçoive une part équitable du progrès".

Une nouvelle politique rouge

Les thèmes sociaux se bousculaient ce samedi matin dans les discours du 1er mai. Dans son accord de gouvernement, l’équipe menée par Alexander De Croo a énoncé plusieurs mesures de réforme sociale, comme les pensions et un taux d’emploi de 80%. Mais aussi une hausse du salaire d’intégration (salaire minimum). Le syndicat socialiste ABVV en faisait ce 1er mai à nouveau l’un de ses chevaux de bataille, réclamant 14 euros minimum par heure de travail, contre environ 10 euros actuellement.

Pour financer cela, le syndicat envisage la création d’un fonds de solidarité, auquel toutes les entreprises verseraient une petite contribution, afin de compléter les salaires d’intégration actuels.

Dans son discours, Paul Callewaert de la mutualité socialiste a plaidé de son côté pour un confinement sévère mais rapide. "Optons pour une douleur de courte durée, pour limiter au maximum les dégâts socio-économiques". Il demande aussi que les hôpitaux disposent d’une plus grande marge de lits, d’appareils et de personnel spécialisé. En temps normal, le personnel a davantage l’occasion de prodiguer de bons soins. Mais en temps de pandémie, cette marge peut d’abord être utilisée pour décharger le système régulier des soins de santé, explique Callewaert.

Le président des socialistes flamands, Conner Rousseau, estimait également que les citoyens devront pouvoir faire davantage cet été que l’été dernier, certainement dès que les personnes de plus de 65 ans et celles qui ont une santé fragilisée auront été vaccinées. Il exhorte à utiliser davantage de tests rapides, par exemple pour pouvoir rouvrir dans le secteur culturel.

Pension anticipée et impôts

Alors que Raoul Hedebouw du PTB appelait les "autres partis de gauche à libérer la norme salariale et donner à la classe travailleuse le respect qu’elle mérite", Peter Mertens du PVDA plaidait en faveur d’un impôt sur la fortune et d’une prépension plus souple. Le président du parti du travail flamand réclame une pension anticipée complète dès 58 ans. "Donner du calme et de la liberté aux personnes qui ont travaillé pendant toute leur vie, c’est une question de respect", estime Mertens.

Le président du parti d’extrême-droite Vlaams Belang a également abordé l’échec de l’accord sur les salaires. Tom Van Grieken a qualifié les socialistes de "patrons de la maffia" qui menacent de bloquer l’octroi de dividendes si la marge salariale n’est pas supérieure à 0,4%. "Ce n’est pas l’employeur ni l’employé qui doivent faire des sacrifices, par bien l’Etat". D’après Van Grieken (photo), ce ne sont donc pas les salaires d’intégration qui doivent augmenter, mais les impôts qui doivent baisser, pour faire remonter le salaire net. Concrètement, le Vlaams Belang demande d’augmenter le revenu annuel exonéré d’impôts de 2.500 euros, pour le faire passer de 9.000 à 11.500 euros.

Dans son discours, Van Grieken critiquait aussi plusieurs mesures sanitaires et plaidait pour "davantage d’oxygène pour les secteurs de la jeunesse et de l’événementiel". Il estime que dans le secteur horeca il y a aussi nettement plus de possibilités que des tables de 4 sur les terrasses. Il veut notamment que les cafés et restaurants puissent également rouvrir des espaces intérieurs.

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