Les experts et le personnel soignant inquiets face aux assouplissements annoncés

Tant le personnel soignant que plusieurs experts s'inquiètent des assouplissements annoncés par le Premier ministre à l'issue du comité de concertation de ce mardi. "Nous n'avons pas encore fait l'évaluation des assouplissements précédents", déclare Margot Cloet de Zorgnet-Icuro, la coupole des hôpitaux en Flandre. L'infectiologue Erika Vlieghe, le docteur Dirk Devroey et le virologue Steven Van Gucht estiment qu’on a décidé beaucoup trop d’assouplissements en peu de temps.

Margot Cloet dénonce le fait que de nouveaux assouplissements sont annoncés, alors qu'on ne peut pas encore évaluer l'impact de la réouverture des terrasses le week-end dernier. "Nous n'avons pas encore fait l'évaluation de ça", dit-elle avec inquiétude. "Le nombre de personnes en soins intensifs est encore élevé. Ils sont en baisse, heureusement, mais le taux d'occupation global est toujours de 90 %."

La patronne de Zorgnet-Icuro craint que la situation ne s'aggrave. "Si les choses continuent à s'améliorer, nous pourrons rattraper les soins différés, mais si les chiffres se détériorent, nous devrons à nouveau faire attendre des patients. Nous nous retrouvons avec une montagne de soins différés. Rattraper ce retard est dans l'intérêt de la santé publique."

Dans l'unité de soins intensifs de l'AZ Nikolaas à Sint-Niklaas, par exemple, 12 des 18 lits sont occupés par des patients Covid. On aurait donc préféré attendre les effets des premiers assouplissements avant d'en annoncer de nouveaux. "Nous croulons sous le travail ici", déclare Vanessa Van Osselaer, infirmière en chef de l’Unité Covid. "Mais alors ces assouplissements, ce n'est pas agréable et même frustrant pour nous".

Erika Vlieghe : "Trop d'assouplissements en trop peu de temps"

L'infectiologue Erika Vlieghe, la présidente du GEMS ( (le Groupe d'experts pour la stratégie de gestion du Covid-19) se demande si c’est vraiment le bon moment d’assouplir les mesures sanitaires.

"On va assouplir beaucoup de choses en même temps au mois de juin", a-t-elle déclaré dans l’émission "De wereld vandaag" sur Radio 1. "Ce processus est-il bien prudent ? Est-ce vraiment le bon moment pour déconfiner ?"

"L'une des grandes inconnues est le variant indien", poursuit-elle. "Celui-ci progresse maintenant rapidement en dehors de l'Inde, dans divers endroits du monde. Et également en Belgique. Les choses que nous ne connaissons pas encore bien, nous nous en méfions." 

Elle se réjouit toutefois que des conditions soient imposées aux assouplissements. Plus précisément, un maximum de 500 personnes en soins intensifs et un objectif en terme de vaccination.

"C'est bien qu'il y ait une sorte de filet de sécurité. Le fait qu'il doive y avoir moins de 500 personnes en soins intensifs est un bon premier pas, mais le fait que la même condition s'applique quand on fait un assouplissement majeur, j'ai du mal avec ça. Lorsqu’on autorise un grand festival alors qu’il y a encore plus de 400 personnes en soins intensifs cela me pose problème, car cela veut dire que le virus est encore en circulation".
 

Dirk Devroey : "Les hôpitaux fonctionnent toujours à pleine capacité"

De son côté, le professeur de médecines générales à la VUB, Dirk Devroey, est également inquiet. "Nous assouplissons avant qu'il y ait de la place aux soins intensifs et nous hypothéquons ainsi l'avenir", a-t-il déclaré à l'agence de presse Belga. ". Il est à craindre que le variant indien ne nous mette des bâtons dans les roues."

Dirk Devroey souligne que les hôpitaux fonctionnent toujours à pleine capacité. "Il y a des assouplissements pour tout le monde, sauf pour les hôpitaux", dit-il. "Ceux-ci doivent continuer à fonctionner. Je peux vous assurer qu'à l'heure actuelle, nous avons du mal à trouver des infirmières pour vacciner ou faite les tests. Alors qu’à présent, nous allons devoir tester beaucoup plus avec les voyageurs qui partent et reviennent."

Steven Van Gucht : "J'oscille entre joie et inquiétude"

Le virologue Steven Van Gucht (Sciensano) oscille, selon ses propres termes, entre "la joie de nouvelles perspectives et l'inquiétude parce que tout va un peu trop vite”. C’est une grande vague d’assouplisements. Mais lui aussi aurait aimé qu'elle soit un peu plus progressive.

Comme Erika Vlieghe, il trouve dommage que le chiffres de 500 personnes en soins intensifs ait été fixé pour juillet et août. "C'est beaucoup de personnes très malades", dit-il. "Nous aimerions que ce chiffre baisse encore un peu plus d'ici juillet et août. Nous devons vraiment être plus ambitieux si nous voulons parvenir à la normalisation d'ici septembre."

 

Les plus consultés