Les burn-outs et dépressions de longue durée ont augmenté de 40% en 4 ans

Au 31 décembre 2020, la Belgique comptait 111.732 personnes en invalidité pour cause de dépression ou de burn-out, selon les données que vient de publier l'Institut national d'assurance maladie-invalidité. Cela représente une augmentation de 39,23 % par rapport à la situation au 31 décembre 2016, pointe l'Inami.

On comptabilisait 78.330 personnes en dépression (+42 % par rapport à 2016), 33.402 personnes en burn-out (+33,09 %), pour un total de 170.224 personnes en invalidité en raison de troubles mentaux (+26,02 %). Le nombre total d'invalides, toutes causes confondues, s'élevait, lui, à 471 040 (soit une augmentation de 20,54 %).

La professeure de psychologie clinique Elke Van Hoof (VUB) n'est pas surprise par cette augmentation : "Depuis un certain temps, nous constatons que de plus en plus de personnes souffrent de troubles liés au stress. Cela est dû aux nouvelles technologies, et au fait que nous ne les maîtrisons pas encore. Nous sommes en ligne en permanence : pour le travail, pour nous donner une image ou pour d'autres raisons. En particulier pendant la pandémie, les gens ont le sentiment que les informations arrivent de toutes parts : SMS, Whatsapp, courrier, Zoom, etc. On a l'impression d'être constamment en retard sur son temps, ce qui engendre du stress. Et notre cerveau n'est pas très bon pour gérer ça. Nous n'avons plus de pauses, donc notre résilience diminue."
 

Surtout chez les indépendants

Cette nette hausse concerne les différents statuts de travailleurs, mais les indépendants (+50,93 %) sont encore plus touchés que les salariés et les demandeurs d'emploi (+38,72 %). Chez les salariés et les demandeurs d'emploi, 36,87 % des personnes en invalidité le sont en raison d'un trouble mental. Le burn-out et la dépression représentent 24,14 % des cas d'incapacité de travail de longue durée (7,14 % pour le burn-out et 17 % pour la dépression).

Chez les indépendants, 24,91 % des personnes en invalidité le sont en raison d'un trouble mental. Le burn-out et la dépression représentent 17,32 % des incapacités de travail de longue durée (6,33 % pour le burn-out et 10,99 % pour la dépression).
 

La difficulté de prendre une retraite anticipée est un facteur important

Elke Van Hoof (VUB)

La professeure Van Hoof estime que c'est aussi parce qu'un certain nombre de régimes ont été durcis en 2015 : "Il est plus difficile de prendre une retraite anticipée, par exemple. Et ces systèmes sont des vases communicants : s'il y a moins de chômeurs, il y a plus de personnes en invalidité et vice versa."

Les chiffres de l'INAMI reflètent déjà en partie les conséquences de la pandémie, mais il faudra attendre les chiffres de 2021 pour obtenir l'impact mental. Le professeur de psychologie clinique craint que les choses ne fassent qu'empirer : "Depuis le début de la pandémie, nous avons constaté que le nombre de personnes résilientes est passé de 1 sur 3 à 1 sur 5 de tous les Belges actifs. À l'inverse, on constate qu'avant la pandémie, 1,5 personne sur 10 souffrait de niveaux de stress pathogènes. Maintenant, c'est 1 sur 4. Il y a donc eu une forte augmentation."

Le problème n'est pas nouveau, bien sûr. Peut-il être résolu ? "Nous devons investir davantage dans le travail réalisable", pense Elke Van Hoof. "Nous avons besoin de systèmes plus créatifs pour mieux".

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