Jurgen Conings avait reçu une clé du dépôt d’armes malgré une sanction disciplinaire pour ses idées d’extrême droite

C'est un fait pour le moins surprenant : Jurgen Conings, un militaire de 46 ans répertorié comme "extrémiste potentiellement violent" par l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM), et activement recherché depuis qu’il a menacé de s'en prendre aux structures de l'État et à des virologues, était en possession d’une clé lui permettant d’accéder à un arsenal d’armes militaires. Gaffe ou négligence, beaucoup se demandent aujourd’hui comment cela a pu arriver. Le journaliste de la VRT, Jens Franssen, spécialiste de la Défense, nous livre quelques éléments. 

L’an dernier, Jurgen Conings avait eu affaire à la justice à cause de ses sympathies pour l’extrême droite, qu’il avait notamment exprimées sur les réseaux sociaux. L’affaire avait toutefois été classée sans suite par le parquet. Au sein de la Défense, il avait néanmoins écopé d’une sanction disciplinaire. 

Par la suite, le militaire a demandé sa mutation à la caserne de Leopoldsburg. "C’est là que les choses se sont probablement mal déroulées", explique Jens Franssen. "Dans cette caserne, l’homme avait une double casquette. D’un côté, il était instructeur pour les militaires envoyés à l’étranger, et il devait donc manier des armes et apprendre aux soldats comment les utiliser. D’un autre côté, il avait aussi reçu le job d’aide logistique. Il était donc notamment responsable de la gestion des dépôts d’armes et de munitions", indique le journaliste de la VRT.

"Jurgen Conings possédait un passe-partout, et pouvait ainsi accéder de façon inaperçue et sans aucun problème aux armes et aux munitions", poursuit Jens Franssen. "Quand on sait que l’homme avait un tel passé, il semble bel et bien qu’on a affaire ici à une gaffe de la Défense", constate le journaliste. 

Un système de surveillance hors service depuis des années

On peut à juste titre se demander si les dépôts d’armes et de munitions ne sont pas étroitement surveillés, s’il n’y a pas de procédures de sécurité à respecter, et s’il n’existe pas de traces des vas et viens dans ses bâtiments. "Ces procédures existent bel et bien", confirme le journaliste. "Mais on m’a confié qu’il y avait des mailles dans le filet". 

"Pour ne citer qu’un exemple : il y a un système de caméras pour filmer les personnes qui passent par là. Ces caméras fonctionnent, mais la machine qui enregistre les images est cassée depuis plusieurs années, et elle n’a jamais été réparée".

"Une autre fait mis en avant, c’est que le commandant de corps de Leopoldsburg était censé être au courant des antécédents de l’individu. Nous savons qu’il était sous les radars des Services de renseignement. Il a aussi figuré sur la liste de l’OCAM. Ces informations ont-elles été transférées aux Services de sécurité militaires ? Et ont-elles été transmises au commandant de corps ? Ces questions sont actuellement examinées en profondeur". 

"Des mesures fortes vont être prises"

Ce jeudi, le Premier ministre, Alexander De Croo, et la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, ont dû s’expliquer devant la Chambre des représentants. "Des mesures seront prises à court terme pour faire en sorte qu'un cas comme celui de Jurgen Conings ne puisse plus se reproduire à l'armée", a assuré cette dernière, en réponse à de nombreuses questions.

Cet individu, déjà connu des services de sécurité et de renseignement, y compris militaires, "aurait dû faire l'objet d'un suivi plus strict de sa hiérarchie", a souligné Ludivine Dedonder.  D’après elle, les contrôles actuels ne suffisent plus. Des mesures "fortes" seront prises, comme l'interdiction d'accéder à certains quartiers, aux chambres d'armes et, s'il apparaît que le comportement d'un militaire n'est pas compatible avec son statut, un licenciement pourra être décidé. "Il n'y a pas de place à la Défense pour les racistes et les fascistes", a ajouté la ministre. 

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