L’inquiétante lettre d’adieu de Jürgen Conings

Le militaire d'extrême droite Jürgen Conings restait introuvable samedi matin, la chasse à l'homme se poursuit donc pour le cinquième jour consécutif. Peu après minuit, une colonne de 20 véhicules militaires a quitté le poste de commandement de Maasmechelen. Ces derniers jours, les recherches se sont concentrées dans le parc national de Haute Campine, dans le Limbourg, mais sans résultat. Le quotidien Het Nieuwsblad révèle ce samedi le contenu d’une de ses lettres d'adieu, celle-ci montre que son action avait été bien préparée.

Le parc national de Haute Campine reste pour l'instant fermé. Les fouilles entreprises depuis mardi dans la réserve naturelle de 12.000 hectares, où l'on soupçonne le fugitif de s'être retranché, n'ont jusqu'ici rien donné.

La nuit de vendredi à samedi a été particulièrement calme. Quelques mouvements sporadiques ont eu lieu près des barrières qui délimitent le périmètre de sécurité au poste de commandement De Salamander. Samedi matin, cinq combis de police se sont ainsi dirigés vers l'entrée du domaine, mais il pourrait simplement s'agir d'une relève de la garde.

Jürgen Conings, un militaire de 46 ans, probablement armé et donc jugé dangereux, est activement recherché. L'homme, introuvable depuis lundi soir, a menacé de s'en prendre à des symboles de l'État ainsi qu'à des personnalités, dont le virologue Marc Van Ranst.

Avant de prendre la fuite, le militaire aurait laissé des lettres d'adieu, avec des menaces envers le gouvernement, l'armée et les virologues. Vendredi, le parquet fédéral a désigné un juge d'instruction pour "tentative de meurtre dans un contexte terroriste et détention d’armes interdites dans un contexte terroriste".

Le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open VLD) a déclaré que Jürgen Conings s'est trouvé à proximité d'une cible possible pendant plusieurs heures dans la nuit de lundi à mardi. Il est apparu plus tard que cette cible était le virologue Marc Van Ranst. Ce dernier et sa famille sont hébergés dans un endroit sécurisé.
 

Lettre d'adieu

Le quotidien Het Nieuwsblad a pu se procurer une copie de la lettre d'adieu de Jürgen Conings à sa petite amie et en cite des extraits. Il en ressort qu'il avait bien préparé son action. "Je veux que vous sachiez que j'ai fait tout ce que je pouvais pour empêcher cela, mais je n'ai pas réussi. Je n'en peux plus et je ne veux pas continuer avec la façon dont l'avenir se présente maintenant", peut-on lire dans cette lettre.

Le militaire dirige ses critiques envers les hommes politiques et les virologues. "Je ne peux pas vivre avec les mensonges de personnes qui doivent décider comment nous devons vivre. Les élites politiques et à présent les virologues décident comment vous et moi devons vivre. Ils sèment la haine et la frustration, encore pire que ce qu'elle était déjà."

Jürgen Conings poursuit en écrivant qu'il entre en résistance. "Je sais que je deviendrai l'ennemi de l'État. Ils me chercheront et me trouveront au bout d'un moment. Je suis prêt à ça. Petit à petit, tout s'est mis en place et j'ai commencé à me préparer."
"Je n'ai pas peur de mourir. Mais alors ce sera à ma façon, je vivrai mes derniers jours comme je le veux", écrit-il encore dans sa lettre. Il explique aussi pourquoi les autorités opèrent avec beaucoup de prudence et pourquoi Conings est considéré comme extrêmement dangereux.
 

Jürgen Conings a abandonné ses décorations militaires sur la tombe de ses parents

Le quotidien Le quotidien Het Belang van Limburg écrit que les médailles militaires de Conings ont été retrouvées sur la tombe familiale de ses parents. La nouvelle est confirmée à l'agence de presse Belga. Se défaire de ses décorations a une signification particulière pour un soldat, cela symbolise l'abandon.

Le père du fuyard est décédé en 1997, sa mère en 2003. Jeudi, la cellule antiterroriste du parquet d'Anvers a appris que des décorations militaires de Jürgen Conings avaient été retrouvées sur la tombe familiale. Le militaire les a probablement déposées mardi, lorsqu'il a quitté sa voiture.

D'après des experts, abandonner ses décorations militaires est un signal inquiétant car cela signifie qu'il tourne le dos à la Défense et qu'il n'a plus confiance.

Soutien sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, le soutien au militaire fugitif ne cesse de croître, et ce malgré le fait que le parquet fédéral a annoncé vendredi qu'un juge d'instruction avait été saisi pour "tentative de meurtre dans un contexte terroriste et détention interdite d'armes dans un contexte terroriste". Le groupe Facebook "Als 1 achter Jürgen" comptait déjà plus de 18 400 membres après une seule journée.

Les réseaux sociaux ont également appelé à organiser une marche de soutien samedi, dimanche et lundi en direction de De Salamander, où les forces de sécurité ont installé leur camp. Le post d'annonce indiquait que les "têtes brûlées" n'étaient pas les bienvenues aux marches et appelait les participants à s'habiller en noir.

La marche prévue ne peut pas compter sur le soutien du bourgmestre de Maasmechelen Raf Terwingen. Dans une réponse à HLN, il indique que sa commune a déjà subi une forte pression au cours de la semaine écoulée en raison de l'afflux de policiers et militaires et de leurs équipements. "Ce genre d'initiative supplémentaire ne fera qu'augmenter la pression".

Raf Terwingen rejoint également les critiques de la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden (CD&V), qui a fermement condamné le soutien entourant Conings. 
"Je ne peux avoir que très peu de compréhension pour ce genre de soutien", a déclaré la ministre vendredi dans le journal télévisé de la VRT. "Ceux qui font de Conings un héros se trompent. Bien sûr, les gens peuvent avoir des opinions différentes, mais les pensées extrémistes sont répréhensibles. Nous ne pouvons pas aller de l'avant avec ce genre d’idée dans notre société. Et en plus, si vous appelez à la violence contre certaines cibles, c'est totalement inacceptable", a ajouté Annelies Verlinden (photo ci-dessous).
 

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