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Deux tiers des Belges victimes de violences sexuelles au cours de leur vie

Près de deux tiers de la population belge âgée de 16 à 100 ans a été victime de violences sexuelles au cours de sa vie, si l’on en croit une étude menée par des experts de l'Université de Gand (UGent), de l'Université de Liège (ULiège) et de l'Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC), présentée ce mardi. Plus de 5.000 personnes ont été sondées dans le cadre de cette enquête. Personne ne semble épargné, la violence sexuelle touchant des individus de tout sexe, orientation sexuelle, origine ethnique, et même les séniors.

L'étude "UN-MENAMAIS" (Understanding the Mechanisms, Nature, Magnitude and Impact of Sexual Violence in Belgium) a été menée par un consortium interdisciplinaire composé d'universitaire, d'experts internationaux et de partenaires entre 2017 et 2021. L'objectif était de préciser, pour la première fois à une si grande échelle, l'importance et l'impact des violences sexuelles en Belgique, mais aussi de détailler cette problématique au sein de strates particulières de la population: personnes âgées de plus de 70 ans, membres de la communauté LGBTQIA+ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queer, intersexes et asexuels) et demandeurs de protection internationale.

Pour les personnes entre 16 et 69 ans, 64% (81% femmes et 48% hommes) ont subi des violences sexuelles au cours de leur vie. 5% des hommes et 16% des femmes ayant indiqué avoir été violés.

En ce qui concerne les personnes LGBTQIA+, près de 80% disent avoir été exposées à au moins une forme de violence sexuelle (viol, abus sexuel, harcèlement, etc.). Pour les demandeurs de protection internationale (DPI) résidant en Belgique, le taux de violence sexuelle s'élève à plus de 84%, dont 61% ont eu lieu au cours des 12 derniers mois, durant une période où ils étaient déjà présents en Europe ou en Belgique au moment des faits.

Les seniors sont aussi un groupe à risque
Ines Keygnaert, chercheuse (UGent)

L'étude souligne également que les personnes âgées ne sont pas épargnées, et qu'il est important de ne pas être aveugle face au problème. Une personne âgée sur douze a déclaré avoir subi de la violence sexuelle au cours des 12 derniers mois: 7% ont indiqué avoir subi une forme de violence sexuelle n'impliquant pas un contact physique, 2,5% impliquant des contacts physiques et 0,6% de viol ou tentative de viol.

Ces violences sont en général perpétrées par des individus plus jeunes, âgés d'environ 50 ans. Les auteurs de telles violences sont le plus souvent des personnes proches, qu'il s'agisse de partenaires, de la famille, de collègues ou de connaissance. Et le sujet reste tabou puisque la plupart des victimes n'ont pas cherché d'aide après les faits.

Seulement 7% des victimes ont cherché une aide professionnelle et 4% ont signalé les faits à la police. Ines Keygnaert, chercheuse à l’Université de Gand, souligne que les victimes de tous les groupes d’âges gardent des séquelles de ces abus. "Des conséquences mentales, comme la dépression, la peur, du stress post-traumatique. Nombre de victimes deviennent alcooliques ou prennent des calmants, parce qu’elles ne parviennent pas gérer la situation".

Sonder la problématique des violences sexuelles est essentiel pour pouvoir mettre en lumière l'ampleur du phénomène dans notre pays, conscientiser la population mais aussi réfléchir à l'amélioration de la réponse médico-légale, concluent les auteurs de l’étude.

Maxime Anciaux - All rights reserved

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