Jusqu'à 110 fois trop de PFOS dans les cours d'eau flamands : "Il est évident que nous devons nous inquiéter"

L'analyse de plus d’une centaine d'échantillons d'eau dans toute la Flandre a révélé que les niveaux du produit chimique toxique PFOS sont jusqu'à 110 fois plus élevés que la norme. "Partout où nous le cherchons, nous le trouvons", déclare Katrien Smet de l'Agence flamande pour l'Environnement (VMM). Se baigner dans les rivières du nord du pays ou consommer du poisson pêché dans ces eaux n’est donc pas une bonne idée. 

La VMM a analysé 172 échantillons à 40 endroits différents en Flandre au cours des dernières années. L'émission d’investigation "Pano" de la VRT a pu se procurer les résultats et ceux-ci sont alarmants : les niveaux de PFOS sont en effet dépassés dans 153 échantillons. Seuls 19 d’entre eux ne vont pas au-delà de la norme. 

Les échantillons ont été prélevés dans les eaux de surface de nos rivières, canaux et fossés (eau salée et eau douce). Les chiffres les plus élevés ont été observés dans l'Escaut à Anvers, avec des niveaux jusqu'à 110 fois supérieurs à la limite.

Au total, les niveaux ont été dépassés dans 105 des 109 échantillons d'eau et dans les trois quarts des échantillons prélevés sur des poissons. Dans un cas, dans le Melsterbeek à Herk-de-Stad, les niveaux de PFOS dans les poissons locaux étaient 11 fois supérieurs à la limite maximale. 

Évitez de se baigner ou de manger du poisson

"Partout où nous cherchons du PFOS, nous en trouvons", déclare Katrien Smet de la VMM. "Il est omniprésent dans les cours d'eau flamands, et dans la plupart des cas, les niveaux sont dépassés. La directive que nous utilisons est de 0,65 nanogramme par litre, ce qui est très faible. Mais c'est un seuil que nous appliquons pour la qualité de notre environnement et de notre système écologique." 

Les rivières ne contiennent pas seulement trop de PFOS, les nitrates sont aussi un problème majeur. "Nous avons beaucoup de travail", indique Katrien Smet. "Manger du poisson pêché dans les rivières flamandes n'est pas une bonne idée, et s’y baigner non plus", ajoute-t-elle. "Dans la plupart des cas, c'est de toute façon interdit en Flandre, mais il existe des lieux de baignade dans les petites rivières à divers endroits". 

Quels effets sur la santé ?

"Manger un poisson ne vous tuera pas, car le niveau de sécurité est déterminé à l'aide d'un facteur 10 ou même 100", explique Jacob de Boer, professeur de toxicologie à l'université d'Amsterdam. "Mais il en va différemment lorsque vous y êtes exposé plusieurs fois, par exemple lorsque vous mangez régulièrement du poisson ou lorsque vous vous baignez souvent à proximité d'un endroit fortement pollué comme à Zwijndrecht, ajoute-t-il. 

"À Zwijndrecht, nous avons un vrai problème. Je ne laisserais pas mes enfants se baigner dans cette zone. Et le conseil de ne pas consommer les légumes de son propre jardin est justifié", souligne Jacob de Boer. "Une seule fois ne vous tuera pas, mais le problème commence lorsque vous y êtes exposés plusieurs fois".

C'est d’ailleurs le principal souci des PFAS : comme cette famille de produits chimiques toxiques est omniprésente, il est presque impossible de limiter l’exposition à une ou deux occasions seulement.

"Il est évident que nous devons nous inquiéter", déclare de son côté Nikolas Van Larebeke, professeur à l'université de Gand et chercheur en cancérologie. "Chaque dose de PFAS, aussi petite soit-elle, est néfaste. Comparez cela au tabagisme. L'effet d'une seule cigarette est presque impossible à mesurer. Mais les fumeurs ne s'en tiennent pas à une seule cigarette".

À propos des PFAS et des PFOS

La famille des PFAS (dont le PFOS fait partie) a été scientifiquement liée au cancer du rein et au cancer des testicules, à des taux de cholestérol élevés et à une faible réponse immunitaire de notre organisme. Les scientifiques continuent cependant d'apprendre chaque jour davantage sur l'impact exact de certains niveaux et sur les problèmes de santé qui en découlent.

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