Paul Hermans

De Singel retire une statue de Fabre de son toit, tandis que le S.M.A.K. la conserve : "Cela ne résout rien"

Le centre d’art anversois De Singel a retiré de son toit la sculpture dorée "L’homme qui mesure les nuages" (photo) réalisée en 1998 par l’artiste anversois Jan Fabre. Le centre lié au conservatoire d’Anvers estime que cette statue n’a plus sa place dans une école d’arts alors que l’artiste de 62 ans est soupçonné de violences, harcèlement et harcèlement sexuel envers 12 collaborateurs et attentat à la pudeur envers une personne. L'auditorat du travail anversois a renvoyé le metteur en scène et chorégraphe fin juin dernier devant le tribunal correctionnel dans l'affaire concernant sa compagnie de danse Troubleyn. Une copie de cette statue trône aussi sur le toit du Musée municipal d’art actuel de Gand, mais le S.M.A.K. choisit consciemment de l’y laisser. "Au cours de l’histoire, on a déjà enlevé beaucoup de représentations, mais cela n’a pas changé grand-chose à ce que ces œuvres représentaient", indique la direction du musée gantois.

L’artiste aux multiples facettes et connu pour être très exigent envers ses acteurs et danseurs a toujours réfuté les comportements qui lui sont reprochés. L’affaire concernant 13 collaborateurs devrait être traitée en justice cette année encore.

La statue représentant un homme juché sur un escabeau, qui tient à bout de bras une règle de 1,5 mètre avec laquelle il mesure les nuages, avait déjà été retirée du toit du Singel en mars dernier, à l’occasion de travaux de rénovation. Mais jusqu’à présent cela n’avait pas été rendu public. "En raison des plaintes introduites à l’encontre de Jan Fabre, cette sculpture n’a plus sa place dans une école d’art", estime maintenant le directeur du Singel (photo), Hendrik Storme, dans les pages des quotidiens De Standaard et Het Nieuwsblad.

BELGA/GERON

Différentes versions de "L’homme qui mesure les nuages"

Fabre a réalisé plusieurs versions de la statue, qui se veut un hommage à son frère jumeau disparu prématurément. L’une d’entre elles se trouve à Brussels Airport, une autre à l’Orsi Academy le long de l’autoroute E40 à Wetteren, une autre encore sur le toit du Musée d’art actuel de Gand, le S.M.A.K.

Le directeur de cet établissement, Philippe Van Cauteren, estime pour sa part "avec une motivation claire" que la statue ne doit pas quitter le toit du musée. "En tant que musée, nous estimons qu’enlever une statue revient à enlever aussi une rencontre critique et nuancée, un dialogue avec toutes les personnes concernées".

Au micro de Radio 1, il précisait : "Dans l’histoire, on a déjà retiré beaucoup de statues, mais cela a peu changé à ce que ces statues représentaient. Cela ne résout rien". Van Cauteren préfère organiser des débats. La statue sera donc descendue du toit et placée temporairement à l’intérieur du S.M.A.K., afin de mener des débats autour de l’œuvre de Jan Fabre.

"Nous allons essayer de construire un programme de qualité autour de cette statue, pour montrer que nous prenons les choses au sérieux", indique le directeur du musée. "Après cela, la statue retournera sur le toit".

Belga Image-foto uit 1999
Evi Bloemmen

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