Les portraits de Juifs déportés, présentés à la Caserne Dossin
BELGA/VERGULT

Un monument à la mémoire de trois résistants bruxellois qui ont sauvé 17 juifs en 1943

Le Parlement bruxellois a donné son feu vert, mardi, à l'unanimité, à une proposition de résolution demandant d'ériger un monument à la mémoire de trois résistants bruxellois qui ont sauvé la vie à une bonne dizaine de Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Ils leur ont permis de s’échapper du '20e Convoi' de déportation, en arrêtant un train entre Boortmeerbeek et Haacht. "Il est tout à fait justifié que ces résistants reçoivent un monument, mais ce dernier arrive bien trop tard", estime l’historien Mark De Geest, auteur d’un livre sur "Le 20e convoi vers Auschwitz".

Le 23 avril 1943, Youra Livchitz (25 ans), Jean Franklemon (25 ans) et Robert Maistriau (22 ans), trois jeunes résistants bruxellois, ont mené avec succès une opération de sabotage d'un train de déportation. Ce train, baptisé le '20e Convoi', était parti la caserne Dossin à Malines et il devait conduire 1.631 Juifs, dont 262 enfants, vers une mort certaine à Auschwitz. Armés seulement d'un pistolet et d'une lampe rouge, les trois résistants étaient parvenus à arrêter le train à hauteur de Boortmeerbeek et à distraire suffisamment les gardiens nazis que pour permettre à des passagers de s’échapper.

Bien que 7 d'entre eux furent repris par les Nazis et déportés vers Auschwitz, 17 personnes avaient pu sauter du train grâce aux trois jeunes résistants courageux. Dix ont donc survécu. Parmi les rescapés, il y a Simon Gronowski, qui avait 11 ans à l'époque. Il vit toujours aujourd'hui et donne encore des conférences pour raconter sa terrible évasion et son histoire.

Blessé lors de l'opération, Youri Livchitz avait ensuite vécu caché à Bruxelles, mais il fut dénoncé par un membre de leur réseau, condamné et ensuite fusillé par les Allemands sur le champ de tir national, qui se trouvait là où sont installés depuis des dizaines d’années les bâtiments de la radio-télévision publique VRT et RTBF. 

Robert Maistriau a été envoyé dans un camp de concentration, a survécu et s’est rendu plus tard au Congo, où il a cultivé une plantation. Il est ensuite rentré en Belgique et y est décédé en 2008. Quant à Jean Franklemon, communiste convaincu, il a aussi été envoyé en camp de concentration. Il y a survécu et s’est rendu en ex-RDA. Il y a travaillé comme musicien dans un orchestre philharmonique, et est décédé en 1977.

Les rails de train le long de la caserne Dossin.

"Ces trois jeunes ont mis leur vie en péril pour lutter contre la barbarie nazie. Avec tous les autres résistants, ils sont des véritables modèles dont notre jeunesse peut, aujourd'hui encore, s'inspirer", a commenté l'initiatrice de la proposition de résolution, Bianca Debaets (CD&V). Selon elle, mis à part une stèle près de la gare de Boortmeerbeek et deux 'Pavés de la Mémoire' à Uccle, cet acte de résistance n'est guère commémoré dans l'espace public. C'est pourquoi le Parlement bruxellois demande au gouvernement bruxellois de faire ériger un monument commémoratif en l’honneur de ces trois héros et aussi de toutes celles et ceux qui ont lutté contre la barbarie nazie.

L'idée est aussi d'inciter des communes bruxelloises à attribuer leurs noms à des rues. Les députés bruxellois souhaitent que ce monument soit un lieu instructif, en y intégrant un contenu didactique, pédagogique ou éducatif interactif. L'objectif est aussi d'associer le monde de l'enseignement au projet, pour qu'un maximum d'élèves du pays puissent être informés de ce fait historique et des valeurs qu'il véhicule.

La caserne Dossin est aujourd'hui un musée de la mémoire

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