fotodp.be

Toujours plus de preuves que le gouvernement flamand a voulu taire la pollution au PFOS

D'anciens échanges de courriers électroniques, que la VRT a pu consulter, renforcent les suspicions que le précédent gouvernement flamand aurait freiné en 2017 la communication sur la pollution au PFOS à Zwijndrecht, en province anversoise. Les mails semblent pointer en direction de la ministre flamande de l'Environnement de l'époque, Joke Schauvliege (CD&V), et de celui qui était alors compétent pour la Mobilité et les travaux de la liaison Oosterweel, l’actuel ministre de l’Enseignement Ben Weyts (N-VA).

Lantis, l'organe qui gère ce vaste chantier anversois de mobilité, et le gouvernement flamand s'étaient demandé ce qu'il fallait dévoiler de la pollution des sols autour de l'usine 3M à Zwijndrecht, découverte dans le cadre de la préparation du chantier de l'Oosterweel (photo). Il avait été décidé de ne pas communiquer vers le public, mais on ne sait pas exactement qui a pris cette décision.

Un échange de mails précédemment dévoilé par VRT NWS montrait que Lantis avait insisté en 2017 auprès de l'OVAM - l'entreprise publique flamande en charge du traitement des déchets - pour communiquer au sujet de la pollution et effectuer des mesures supplémentaires à Zwijndrecht. Ce message a largement circulé dans le milieu politique. Mais l'OVAM n'a pas suivi cette demande. L'organe affirme qu'un ministre lui a demandé de ne pas communiquer.

Le résultat est qu’il a fallu attendre encore trois ans - jusqu’en 2020 - pour que la pollution sur le site de 3M à Zwijndrecht soit révélée au grand public. Jusqu’en 2020, le taux de pollution n’a pas été mesuré sur le terrain, malgré le danger qu’il pouvait constituer pour la santé publique.

Quel ministre a pris la décision de taire l’information ?

Un nouveau courrier électronique mis au jour par VRT NWS, également daté de septembre 2017, apporte plus de clarté. Il s'agit d'un mail en interne d'une personne occupant un poste à responsabilités à l'OVAM. On peut notamment y lire: "J'ai entretemps reçu du cabinet l'instruction expresse de ne pas prendre d'initiative de communication dans ce dossier et de ne pas lancer d'examen de contrôle de la zone d'habitation".

Joke Schauvliege était à ce moment-là ministre de tutelle de l'OVAM, mais a toujours réfuté avoir donné pour instruction de se taire. Il ressort d'autres mails que le chef de cabinet du ministre de tutelle de Lantis, Ben Weyts, était impliqué dans la prise de décision sur la communication au sujet de la pollution au PFOS. Ce que Ben Weyts lui-même n'a jamais nié: il était au courant, mais ce n'était pas de sa compétence de communiquer et l'OVAM avait d'ailleurs jugé qu'il n'y avait pas danger pour la santé publique, affirme le ministre.

Fin 2018, Lantis avait demandé au cabinet Weyts de communiquer rapidement sur la pollution présente sur le chantier de l’Oosterweel. Le directeur de la communication de Lantis soulignait, dans un message électronique, que "contre toute attente, le dossier n’a pas été rendu publique au cours de l’année écoulée, mais je sens que ce ne sera plus longtemps le cas. Trop de partis sont entretemps au courant, les travailleurs de Fluxys sont actifs sur le terrain avec beaucoup de matériel de protection, ce qui est visible pour les passants et les riverains".

Et l’ancien directeur de communication de Lantis de relater dans ce message qu’un cultivateur de tomates et un garde forestier locaux, ayant vu les travailleurs de Fluxys en tenue bleue avec un masque facial, leur avaient demandé ce qui se passaient. On leur aurait donné la réponse que le sol était contaminé aux "fluors", alors qu’il s’agissait en réalité de PFOS. "Il est normal que le cultivateur soit inquiet maintenant", précisait le responsable chez Lantis.

Interrogé ce vendredi matin, le ministre Ben Weyts (photo archives) indiquait à la VRT avoir "toute confiance que Lantis d’une part et les collaborateurs de mon cabinet ministériel de l’époque d’autre part ont agi en toute bonne conscience et correctement".

L’opposition est inquiète

Entretemps, les critiques sont bien là. L'élue Groen Mieke Schauvliege (photo) a réagi en pointant qu'il y a "de plus en plus de preuves que le gouvernement flamand précédent n'a pas joué cartes sur table au sujet de la présence" de substances nocives sur le site du chantier Oosterweel. "Cela sent l'étouffement", indique-t-elle. "Ces documents donnent toutes les raisons de douter de l'intégrité du gouvernement flamand."

Le socialiste Hannes Anaf, député au Parlement flamand et président de la commission d’enquête consacrée à la pollution au PFOS à Zwijndrecht, se dit également très inquiet. Il se demande avant tout pourquoi personne n’est intervenu dans le dossier, en 2017, dans l’intérêt de la santé publique. "C’est notre devoir, en tant que commission d’enquête, de donner une réponse à cette question", écrivait Anaf sur Twitter.

Une séance de la commission d'enquête du Parlement flamand consacrée à l'affaire a lieu ce vendredi dès 14h, au cours de laquelle des représentants de Lantis seront entendus.

Les plus consultés