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Des héritiers de Solvay, des diamantaires, un ex-CEO de la VRT : qui sont les Belges cités dans les Pandora Papers ?

Le Consortium international des journalistes d’investigation - auquel participent notamment De Tijd, Knack et Le Soir - a mis au jour une nouvelle affaire d’évasion fiscale dans laquelle quelque 1.217 Belges sont cités. Les quotidiens publient ce mardi plus de détails sur les Belges concernés. Il s’agirait notamment des familles derrière le groupe de chimie Solvay. Elles dissimuleraient dans des paradis fiscaux des centaines de milliers d’actions, qui valent des dizaines de millions d’euros. Les noms de diamantaires, de banquiers et de l’ancien CEO de la VRT Paul Lembrechts seraient également cités dans ces documents datés de 1996 à 2020.

Il s’agit notamment des familles Aubertin, de Laguiche, de Wangen de Gerolseck aux Vosges et de Selliers de Moranville, à savoir des héritiers des frères Alfred et Ernest Solvay, fondateurs de l’entreprise chimique cotée en Bourse. Des membres de la famille Solvay auraient constitué une toile de sociétés offshore, faisant en sorte que cela n'apparaisse jamais dans les registres de l'entreprise, précisent ce mardi Le Soir, De Tijd et Knack dans le cadre de l'enquête internationale journalistique sur les paradis fiscaux baptisée Pandora Papers.

Regroupés au sein de la société Solvac, près de 2.300 personnes apparentées aux fondateurs historiques du géant de la chimie belge détiennent aujourd'hui encore des actions de la société dont la valeur dépasse les 2,5 milliards. A la tête de Solvac, c'est Bernard de Laguiche, arrière-arrière-petit-fils d'Alfred Solvay, qui définit la ligne de conduite des actionnaires familiaux.

Accompagné par plusieurs membres de sa famille (sa mère, ses sœurs, ses enfants, son oncle et plusieurs cousins/cousines), il s'est constitué un labyrinthe de sociétés offshore aux quatre coins du monde : Liechtenstein, Panama, les Iles Vierges, Singapour, la Nouvelle-Zélande. Ces structures exotiques détenaient plusieurs centaines de milliers d'actions de la multinationale belge, valorisées à plusieurs dizaines de millions d'euros.

Pour que l'existence de ses entités reste secrète, la famille a systématiquement donné procuration à Charles-Louis de Laguiche, membre éloigné de la famille qui travaillait dans une banque suisse, pour qu'il représente les offshores aux assemblées générales. Dans le registre des présences, c'est donc le nom de Charles-Louis qui apparaît. Et pas celui d'une mystérieuse fondation exotique.

Contacté par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), Bernard de Laguiche assure qu'il n'a pas créé ces sociétés "à des fins fiscales". "J'ai toujours géré mes actifs familiaux de bonne foi et j'ai rempli toutes les obligations de déclaration envers les autorités fiscales et les régulateurs du marché".

BELGA/PAPEGNIES

D’autres personnalités connues

Aux côtés des familles apparentées à Solvay, De Tijd nomme aussi plusieurs diamantaires anversois qui utiliseraient un enchevêtrement de structures fiscales opaques. On y voit apparaître les noms de Vishal Mehta et son père le baron Dilip Mehta.

Des banquiers sont aussi nommés, comme Theo Roussis administrateur à la KBC, qui aurait été impliqué jusqu’en 2013 dans une entreprise aux Iles Vierges britanniques, liée à son entreprise campinoise richissime Ravago. L’ancien CEO de Petercam, Xavier Van Campenhout, est également cité dans les documents. Il aurait apporté son aide à un trust d’une famille noble en Nouvelle-Zélande.

Le nom de Wouter Devriendt, ex-CEO de la banque Dexia, est également mentionné, en même temps que celui de Paul Lembrechts (photo archives), ancien administrateur-délégué de la VRT. Ils possèderaient des actions de la société boite-aux-lettres Candace Management Limited sur les Iles Vierges britanniques.

Cette construction est utilisée par le Néerlandais Jeroen Harderwijk pour ses parcs safari en Afrique. Il aurait demandé à Lembrechts et Devriendt d’investir, lors d’une période de crise de son entreprise. Paul Lembrechts a précisé qu’il n’avait aucune idée que son argent était envoyé dans une construction dans un paradis fiscal. Il s’agirait en outre d’un montant assez modeste, en comparaison avec d’autres dossiers. Lembrechts aurait acheté au total pour un peu plus de 23.000 euros d’actions.

Barend Van den Brande, le fils de Luc Van den Brande qui préside le conseil d’administration de la VRT, est également cité dans les Pandora Papers. Il serait lié à une construction fiscale dans les Iles Vierges.

Le fisc surveille

Les noms cités dans la presse ce mardi vont certainement susciter la controverse. "Mais notre intention n’est certainement pas de citer des noms pour le plaisir de le faire", précise le journaliste Lars Bové du Tijd. "Nous essayons de mettre au grand jour des phénomènes, des choses qui se passent dans l’ombre. Notre but est de montrer ce qui se passe dans les paradis fiscaux".

Le ministre fédéral des Finances, Vincent Van Peteghem (photo), a fait savoir qu’il suit attentivement les révélations des Pandora Papers et qu’il va y réagir. "Evincer l’impôt via des constructions offshore est une pratique frauduleuse, cela ne se discute pas", estime le ministre. Il souligne l’importance d’une transparence internationale pour lutter contre la fraude fiscale.

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