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Un procès reporté à Bruxelles faute d'interprète néerlandais-français

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a dû reporter vendredi un procès, faute d'interprète disponible pour fournir une traduction du néerlandais vers le français aux prévenus, a indiqué l'association professionnelle des traducteurs et interprètes assermentés (BBVT), qui n'est pas surprise de l'incident. "Le système utilisé pour désigner des interprètes présente des problèmes mais, surtout, cela fait des mois que ces professionnels ne sont plus payés", souligne la BBVT.

"Le 1er mars 2021, plus de 250 interprètes néerlandais-français ont été inscrits au registre national des traducteurs et interprètes assermentés", expose Henri Boghe, porte-parole de l'association professionnelle. "Ce registre a été créé en 2016 par l'ancien ministre de la Justice, Koen Geens, afin d'offrir un système centralisé 'objectif' et 'transparent' pour attribuer les audiences et auditions aux traducteurs et interprètes", poursuit-il. "Un tour de table auprès de quelques membres de la BBVT assermentés pour le néerlandais et le français a toutefois montré que ceux-ci n'avaient pas été contactés pour l'audience de ce vendredi à Bruxelles. On peut donc s'interroger sur l'efficacité du système et sur la base de données sur laquelle s'appuie le registre national."

Dans une réaction envoyée à l'agence Belga, le service public fédéral Justice a pour sa part écarté tout problème relevant du système. "Le système de recrutement des interprètes pour les missions judiciaires est maintenant bien établi et fonctionne sans problème. Le fait qu'aucun interprète n'était présent lors de cette audience en particulier n'est pas lié au fonctionnement du registre. Le SPF Justice investigue ce qu'il s'est passé exactement (une absence imprévue, une erreur humaine,...)."

En outre, de nombreux traducteurs et interprètes, principalement des circonscriptions judiciaires de Bruxelles, Hal et Vilvorde, attendent depuis plusieurs mois d'être rémunérés pour des prestations précédentes, pointe le porte-parole de la BBVT. "D'après une réponse parlementaire qui date de juillet, il y a un arriéré d'environ six mois pour les interprètes des tribunaux néerlandophones de Bruxelles et de deux mois pour les traducteurs. Nous sommes nous-mêmes au courant de cas où des interprètes n'ont obtenu une première réaction que huit mois après la soumission d'une facture", s'indigne Henri Boghe. L'association espère que l'actuel ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, saisira l'occasion que représente ce "nouveau fiasco" pour se concerter avec le secteur et "permettre, dans un futur proche, que les interprètes et traducteurs dans les affaires pénales soient payés correctement et conformément au marché".

Dans sa réponse vendredi soir, le SPF Justice "reconnaît que le manque de personnel dans les services responsables a entraîné des retards, de sorte que toutes les factures n'ont pas été traitées dans un délai raisonnable". "Pour remédier à cette situation, dix postes ont été créés et huit d'entre eux sont désormais pourvus. Ce renforcement devrait permettre de combler complètement l'arriéré et de garantir les délais habituels de traitement des factures", conclut le service public fédéral.

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