Les traceurs de contacts déconcertés : "Les gens ne peuvent plus dire avec qui ils ont été en contact"

Alors que le nombre de contaminations et d’hospitalisations continue d’augmenter en Belgique et que de plus en plus d’écoliers doivent rester à la maison en quarantaine, le travail des équipes qui tentent de tracer les personnes qui ont été en contact avec des citoyens testés positifs au coronavirus devient particulièrement difficile. "Il n’est plus possible d’empêcher les chiffres de progresser", constate la généraliste Annelies Delrue, coordinatrice de la zone de première ligne du Nord-Limbourg. "En tant que Centre d’encadrement pour élèves, nous avons l’impression de prendre du retard", indique aussi Inge Van Trimpont, directrice des Centres d’encadrement pour élèves (CLB) de l’enseignement officiel de la Communauté flamande (GO !).

La situation sanitaire n’est pas vraiment rose à l’heure actuelle en Belgique : une moyenne de 3.249 nouvelles contaminations constatées chaque jour, soit une augmentation de 53% par rapport à la semaine précédente. Les hospitalisations et les décès sont également en hausse. Le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, met en garde contre une 4e vague de Covid, mais estime qu’il ne faut pas introduire des mesures de précaution renforcées.

Entretemps, certains bourgmestres voient le nombre de contaminations augmenter à toute vitesse dans leur commune et décident eux-mêmes de renforcer la prévention. Les écoles sont également confrontées à des problèmes accrus : nombre d’élèves, mais aussi des classes toutes entières doivent se mettre en quarantaine, certaines écoles ferment carrément leurs portes, temporairement.

Le Covid Safe Ticket n’est pas obligatoire en Flandre et le port du masque n’y est plus imposé qu’en peu d’endroits. Les contacts sociaux ne sont plus limités, ce qui rend le traçage des contacts très difficile. Les équipes qui se chargent d’appeler les personnes contaminées pour leur demander avec quelles personnes elles ont été en contact étroit récemment finissent pas se demander si leur travail a encore du sens.

Pour les écoles flamandes, ce sont les Centres d’encadrement pour élèves qui effectuent le traçage des contacts. "C’est très difficile d’y parvenir", souligne Inge Van Trimpont directrice des Centres d’encadrement pour élèves (CLB) de l’enseignement officiel de la Communauté flamande. "Nous constatons que pour les parents et les élèves la situation est incompréhensible parce qu’il n’y a pas une ligne directrice claire. Pour chaque enfant, la situation est considérée individuellement et les mesures peuvent différer d’une famille à l’autre. D’autre part, nous avons l’impression de prendre du retard, en tant que CLB, et de ne plus parvenir à voir s’il y a de contaminations dans une classe. Comment parvenir à contrôler la situation ?".

Pour rappel, à l’heure actuelle dans les écoles flamandes, un traçage de contacts ne débute que si deux enfants d’une même classe au moins sont contaminés endéans une période de 7 jours. On cherche alors quels élèves sont considérés comme contacts à haut risque et doivent effectuer une quarantaine. Ces données sont transmises aux traceurs de contacts, qui téléphonent aux parents pour discuter d’autres mesures à prendre.

S’il est question d’un cluster dans une classe, le CLB se concerte avec le coordinateur de la zone de première ligne pour voir si des mesures spécifiques doivent être envisagées.

"Les gens ne savent plus avec qui ils ont été en contact"

"Chaque jour nous nous demandons si notre travail a encore un sens", expliquait à VRT NWS Annelies Delrue, généraliste à Hechtel-Eksel et l’une des coordinatrices de la zone de première ligne du Nord-Limbourg. "Notre mission en tant qu’équipe Covid de la zone de première ligne est de tracer les infections et les clusters, mais il n’est pratiquement plus possible d’endiguer la progression".

Pendant les trois premières vagues d’infections, le traçage des contacts avait semblé efficace, mais ce n’est plus le cas. Pourquoi ? "Les gens ne savent plus avec qui ils ont été en contact", explique Annelies Delrue. "Auparavant, le nombre de contacts autorisés était limité et les gens pouvaient parfaitement dire qui ils avaient rencontré. Ce n’est plus possible maintenant que tous les contacts sont autorisés".

Le nombre de traceurs de contacts est en outre insuffisant. Et les médecins généralistes sont inondés de patients qui veulent se faire tester.

Arrêter le traçage de contacts ?

Le ministre fédéral de la Santé Vandenbroucke estime que des mesures renforcées de prévention ne sont pas nécessaires actuellement. "Cela faciliterait cependant notre travail", réagit la généraliste Delrue. "Actuellement, les citoyens ne savent plus ce qui est permis ni ce qu’ils doivent faire. En tant que médecin, je verrais volontiers des mesures imposées".

Inge Van Trimpont estime qu’il faut réévaluer si le traçage de contacts a encore du sens pour les enfants d’écoles primaires. "Mais depuis l’assouplissement des mesures de protection contre le coronavirus, c’est une mission devenue difficile "

Van Trimpont suggère aussi de reconsidérer la situation, alors que les Centres d’encadrement pour élèves sont eux aussi débordés. "Si nous savons que le coronavirus a peu d’impact sur les enfants, mais que l’impact des mesures sanitaires sur leur santé mentale, leur apprentissage et leur situation familiale difficile est énorme, il faut essayer de trouver plutôt un juste milieu".

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