Hilde Crevits s’inspire du modèle de marché de travail danois : "Accompagner les chômeurs et sanctionner"

Le roi Philippe est depuis lundi au Danemark pour une visite de travail sur le thème de l'Emploi. Les ministres fédéral et régionaux Dermagne, Morreale, Clerfayt et Crevits sont du voyage et ont notamment l'occasion de rencontrer leurs homologues danois et de s'enquérir de leurs politiques en matière d'emploi et de formation. La ministre flamande du Travail, Hilde Crevits (photo, au centre), estime que la Flandre doit davantage sanctionner les chômeurs qui refusent un emploi adapté qui leur est proposé. Au Danemark près de 80% des personnes actives âgées de 20 à 64 ans ont un travail, tandis qu’en Flandre le pourcentage n’est que de 70%.

Le modèle danois présente la particularité de combiner un marché du travail flexible, des politiques proactives d'accès à l'emploi et une forte protection sociale, avec un accent particulier sur la formation tout au long de la vie professionnelle. Alors que la Belgique s'est fixé pour objectif d'atteindre un taux d'emploi de 80% d'ici 2030, la visite à Copenhague doit permettre d'aborder certains enjeux sociétaux communs aux deux pays, comme le soutien aux groupes vulnérables, l'écart salarial entre hommes et femmes et l'adaptation aux nouvelles formes de travail découlant de la révolution numérique.

Mardi, le roi Philippe et le reste de la délégation belge étaient reçus au ministère danois de l'Emploi, avant de se rendre dans l'entreprise pharmaceutique Novo Nordisk pour avoir un exemple concret de la mise en œuvre du modèle danois en matière de recrutement notamment. La délégation belge, qui comprend également des représentants du Groupe des 10, rencontrait ensuite les partenaires sociaux du pays scandinave avant de s'enquérir du rôle des municipalités danoises dans le soutien à l'emploi et à la formation au niveau local.

Ce mercredi, la visite prendra un tour plus politique lorsque le souverain et les ministres rencontreront des représentants du gouvernement et de la commission parlementaire danoise en charge de l'Emploi.

Source d’inspiration

La ministre flamande Hilde Crevits qualifie la visite au Danemark de source d’inspiration. "Les gens passent ici rapidement d’un emploi à l’autre et trouvent cela normal. Ce qui veut dire que l’apprentissage tout au long de la vie fait réellement partie des habitudes. J’observe aussi un très bon partenariat entre les syndicats et les employeurs pour stimuler les demandeurs d’emploi à accroître leurs compétences".

Le Danemark investit aussi beaucoup dans l’activation des demandeurs d’emploi. Dans presque chaque commune, il y a un centre pour l’emploi qui accompagne les citoyens, par exemple pour rédiger un curriculum vitae. Ils essayent dans un premier temps de mettre les demandeurs d’emploi au travail quelques heures par semaine, et indiquent aux entreprises qu’elles ne peuvent pas attendre tout d’emblée des candidats. Quelqu’un qui ne parle pas encore bien le danois peut l’apprendre plus rapidement en le pratiquant sur le lieu de travail.

L’accompagnement intensif des demandeurs d’emploi a aussi des conséquences. Les personnes qui refusent de façon répétitive un travail qui leur est adapté sont sanctionnées. Elles perdent alors une grande partie de leurs allocations et ne reçoivent plus que le minimum absolu. La ministre Crevits estime que la Flandre peut s’inspirer de cette politique de sanction, tout en soulignant qu’on peut "être strict dans ses sanctions si l’on explique d’abord très clairement aux gens ce que l’on attend d’eux. Nous sommes en train de préparer cela avec le VDAB. Les accords qui sont passés avec les demandeurs d’emploi au début du trajet doivent être formulés de façon nettement plus claire, avec des objectifs intermédiaires concrets. Il faut aussi indiquer quelles sont les conséquences, par exemple, si quelqu’un ne se présente pas à un rendez-vous".

"Les demandeurs d’emploi de longue durée en Flandre reçoivent aussi beaucoup de soutien", estime Hilde Crevits. "Une garde d’enfants moins chère, des formations gratuites. Mais il faut que ces gens veuillent s’y mettre. Cela demande un très grand suivi". Et la ministre de l’Emploi de constater qu’au Danemark "la collaboration avec les instances locales est plus étroite. Nous essayons de faire cela aussi en Flandre. L’office de l’emploi VDAB est en train de passer des accords avec les grandes villes, comme Anvers. Les administrations locales connaissent leurs citoyens au mieux et peuvent éliminer certains freins à l’emploi, comme un mauvais logement ou l’absence de garde d’enfants. Elles peuvent réagir très vite", concluait Hilde Crevits.

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