Pourquoi nos réacteurs nucléaires vont irrémédiablement fermer en 2025

Malgré les débats acharnés sur la sortie du nucléaire en Belgique, la question semble bel et bien tranchée. Même les réacteurs les plus récents, Doel 4 et Tihange 3, seront fermés en 2025. Il est tout simplement trop tard et trop complexe d'inverser le processus de sortie du nucléaire. "Nous avons atteint le point de non retour" estime Luc Pauwels, le journaliste de la VRT expert en énergie.

La probabilité que les réacteurs Doel 4 et Tihange 3 soient encore en activité à l'hiver 2025-2026 est devenue très faible en raison d’un imbroglio technico-juridique. De plus, une prolongation de la durée de vie de ces réacteurs porterait gravement atteinte à la politique énergétique du gouvernement fédéral.

Les subventions accordées aux centrales à gaz donneront probablement le coup de grâce à la prolongation de nos centrales nucléaires. Dans l'éventualité d'une sortie du nucléaire, elles devraient compenser les pénuries d'électricité lorsque les sources d'énergie renouvelables telles que l'énergie éolienne et l'énergie solaire ne suffiraient pas. 
 

L'Europe et les règles de concurrence

L'Europe surveille de près ces subventions, car elles pourraient fausser le marché : il est possible que les nouvelles centrales au gaz belges subventionnées fassent une concurrence déloyale aux centrales non subventionnées des pays voisins. Il s'agissait donc de convaincre la Commission européenne qu'il y avait réellement une menace de pénurie d'électricité. L'Europe a cédé au mois d’août. 

La Belgique a été autorisée à ouvrir le robinet des subventions, à condition que toutes les technologies puissent entrer en lice (à l'exception des centrales au lignite et au charbon, car elles sont trop nocives pour le climat) et qu'à partir de 2024, les centrales étrangères puissent également concourir pour les subventions belges. 

Le résultat de la première enchère dans le cadre du mécanisme de rémunération de capacité pour l’année de livraison 2025-2026 est désormais connu. 

Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, a indiqué que les 2 nouvelles unités de production au gaz retenues sont les projets déposés par Engie Electrabel à Vilvoorde (796,25 MW) et aux Awirs, près de Liège (805,35 MW).
On estime qu'Engie Electrabel recevra quelque 890 millions d'euros de subventions à ce titre. Aucun des autres projets n'a été retenu.

Des turboréacteurs très polluants en cas de situation difficile sur le réseau

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En outre, Engie Electrabel a également présenté d'anciennes unités de production. Il y en avait plusieurs : des anciennes centrales au gaz et même ses turbojets très polluants (voir ci-dessus). Il s'agit de moteurs à réaction extrêmement anciens, datant des années 1970, qui brûlent des milliers de litres de pétrole par heure. Elles sont quatre fois moins efficaces qu'une centrale moderne au gaz, très polluantes et très coûteuses, mais elles peuvent maintenir l'équilibre du réseau électrique en cas d'urgence. Ces turbojets ont fait parler d'eux pour la dernière fois lors de la crise électrique de la fin de l'année 2018. Engie Electrabel avait dû trouver des capacités supplémentaires car 6 de ses 7 réacteurs nucléaires étaient alors indisponibles. Engie Electrabel a même ramené un autre turboréacteur hors service pour faire face à d'éventuelles pénuries.

Ces moyens de production, d’une puissance de 20 MW, servent de secours en cas de situation difficile du réseau. Ils présentent l’avantage d’un temps de démarrage très court mais sont très polluants.

Au total, Engie possèdent encore sept turboréacteurs en service, dont au moins trois bénéficient actuellement de subventions. Ils ne fonctionnent que quelques dizaines d'heures par an, en cas d'extrême urgence. Mais les subventions ne tiennent pas compte des heures de fonctionnement : les installations doivent simplement être disponibles. Même s'ils ne devaient jamais fonctionner, ils bénéficieraient quand même de subventions.

Pour l'ensemble de ces installations existantes (anciennes centrales à gaz existantes, turboréacteurs, etc.), Engie recevra une aide supplémentaire de 20 millions d'euros. Au total, le groupe recevra plus de 890 millions d'euros pour le remplacement des centrales nucléaires. D'autres acteurs, qui souhaitent principalement combler le vide laissé par les centrales nucléaires disparues grâce à des technologies de pilotage intelligent et de batteries, ont également reçu des dizaines de millions d'euros de subventions.
 

La prolongation de ses propres centrales nucléaires pourrait coûter à Engie Electrabel des centaines de millions d'euros de subventions

Si les centrales nucléaires devaient être prolongées, l'ensemble du système de subvention des capacités de remplacement serait revu. Engie Electrabel pourrait alors perdre son soutien de 900 millions d'euros. Les autres acteurs verraient également des dizaines de millions menacés. Cela pourrait conduire à un chaos total. Plusieurs sources bien placées confirment que des demandes de dommages et intérêts pourraient suivre. Il est possible que certains acteurs retirent tout simplement leurs projets, ce qui mettrait en péril la sécurité de l'approvisionnement.

Le gouvernement fédéral ne peut pas courir ce risque. Engie Electrabel n'a pas non plus intérêt à prolonger ses centrales nucléaires. Au contraire, cela pourrait coûter au groupe des centaines de millions d'euros de subventions. Doel 4 et Tihange 3 sont réputés être les meilleurs réacteurs de leur génération, mais ils seront retirés du réseau en 2025, tout comme les cinq autres réacteurs nucléaires.

Cela marquera la fin de la production d'énergie nucléaire dans notre pays après un demi-siècle. Au lieu de cela, nous aurons plus d'énergie verte, plus de stockage, une gestion plus intelligente de l'énergie et (du moins dans les premières années) plus de centrales au gaz naturel.
 

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