Analyse : L’ombre des élections de 2024 plane déjà sur la rue de la Loi et sur la Belgique de demain

La semaine politique a été très agitée suite aux avis partagés sur les permis des centrales électriques au gaz. Dans cette analyse traduite par Flandreinfo, le journaliste politique de la VRT, Ivan De Vadder, revient sur ces récents évènements, et nous explique à quoi notre paysage politique pourrait ressembler à l'avenir.

L'inefficacité de la structure étatique belge a par le passé trop souvent été une idée relativement abstraite, faisant parfois écho à l’un ou l’autre exemple exotique qui illustre à merveille son caractère absurde. Une baleine échouée en mer est ainsi une baleine fédérale, mais dès qu'elle se trouve sur la plage, elle devient flamande. Selon les cas, l'animal peut alors être examiné par une institution scientifique nationale, ou régionale.

Aujourd'hui, il n'est cependant plus nécessaire d'expliquer à quel point la structure de notre État est mal conçue. Chaque Belge sait désormais qu'il y a neuf ministres de la santé, même si personne ne peut vraiment les énumérer.

Nous avons récemment été confrontés à trois reprises aux conséquences concrètes d'une structure qui, après six réformes successives de l'État, a accouché d'un labyrinthe de pouvoirs. L'efficacité du gouvernement n'a jamais été un argument de l’une de ces réformes, bien au contraire. Et le résultat s’est encore fait ressentir dans trois dossiers : la gestion de la pandémie, les inondations en Wallonie, et désormais aussi le dossier énergétique.

"Fédéralisme de sabotage"

Le terme "fédéralisme de sabotage" est désormais utilisé dans le dossier énergétique sur les centrales au gaz, et c'est une première, mais le conflit est en fait ancré dans le fédéralisme belge.

En 2010, le Premier ministre Yves Leterme plaidait pour un fédéralisme de coopération avec le même raisonnement qu'aujourd'hui : pour l'Europe, seul le déficit budgétaire combiné compte, de même que les efforts pour le climat, et donc quand une région laisse un vide, les autres régions et le gouvernement fédéral doivent le combler. Maintenant que ce principe a clairement été établi dans le cadre de l'effort climatique, il est à espérer qu'il le sera désormais aussi dans le cadre du processus budgétaire.

Comme toujours, l'avenir est dans l’esprit des élus de la rue de la Loi. Et l'idée de quatre États fédérés égaux fait son chemin. Lancée par Johan Vande Lanotte, elle a entre-temps été intégrée par le PS de Paul Magnette. Le libéral francophone Jean-Luc Crucke (MR) est également conquis, tout comme Patrick Dewael (Open VLD), qui souscrit désormais aussi à cette idée. 

Et nous nous retrouvons donc à nouveau dans une discussion sur la réforme de l'État. En ce qui concerne le dossier de l'énergie - où les ministres flamands et fédéraux de l'énergie sont diamétralement opposés - on plaide désormais pour une décision au sein du Comité de concertation. Bien que cet appel sonne un rien différemment selon le parti qui le lance. Le président du CD&V, Joachim Coens, voudrait une simple consultation. Celui de l’Open VLD, Egbert Lachaert, souhaite un arbitre au sein du comité de concertation : "Il faut effectivement soumettre le problème à un comité de concertation, mais notre structure est aujourd'hui incomplète, car notre gouvernement fédéral ne peut pas y jouer le rôle d'arbitre et décider de la position à adopter. Dans d'autres pays, le gouvernement fédéral peut trancher. Si nous voulons que la Belgique continue à fonctionner, nous devons vraiment mettre cela en œuvre."

La Flandre de demain

Dans l’émission dominicale De Zondag (VRT), l'eurodéputé du Vlaams Belang, Gerolf Annemans, a clairement indiqué que son parti pense également à l'avenir, mais que celui-ci est bien différent puisqu’il implique une Flandre indépendante. "Je ne veux pas en dire trop, mais des liens se tissent entre les gens et des numéros de téléphone portable s'échangent. Ne soyons pas stupides : la N-VA serait notre partenaire logique", avait-il commenté, précisant toutefois : "Nous n'excluons personne. Si nous voulons une Flandre indépendante, nous avons besoin d'une large majorité."

Nous sommes en 2021, et chaque parti a déjà façonné l'avenir au-delà de 2024. Une chose est claire : les prochaines élections font déjà planer une très grande ombre sur la rue de la Loi. 

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