Il y a 30 ans, le "dimanche noir" marquait l'émergence du parti d’extrême droite Vlaams Blok

Il y a trente ans, le 24 novembre 1991, un petit parti flamand d'extrême droite, le Vlaams Blok - rebaptisé Vlaams Belang à la suite d'une condamnation judiciaire - réalisait une percée électorale sans précédent lors des élections législatives, donnant le jour à l'expression de "dimanche noir" dans l'histoire politique belge. Le scrutin législatif anticipé à la suite de la chute du gouvernement Martens VIII avait été marqué par un désaveu des partis traditionnels, permettant une entrée massive de l'extrême droite dans les deux chambres du Parlement. 

Le Vlaams Blok avait spectaculairement progressé, de 116.534 voix à 405.247 par rapport aux précédentes législatives, celles du 13 décembre 1987, avec un score de 6,58% (contre 1,90% quatre ans plus tôt) pour la Chambre et même de 6,78% au Sénat. Il avait ainsi conquis douze sièges à la Chambre (contre deux auparavant) et six au Sénat (au lieu d'un seul en 1987.

A Anvers, le parti était devenu la première force politique. Les élections avaient aussi vu l'émergence d'un nouveau parti, la liste R.O.S.S.E.M. de l'ancien gourou de la Bourse Jean-Pierre Van Rossem, élu à la Chambre comme deux de ses colistiers. Ce parti avait également obtenu un siège au Sénat.

Les élections de 1991 avaient été organisées à la suite de la chute, le 29 septembre, du gouvernement pentapartite (sociaux-chrétiens, socialistes et Volksunie) Martens VIII, en fonction depuis mai 1988, en raison de différends communautaires sur les licences d'exportation d'armes au Moyen-Orient et la répartition de la taxe sur la radio-télé-redevance. 

Un programme en cinq thèmes

La campagne électorale avait été marquée par la publication d'affiches présentant le leader du parti d'extrême droite, Filip Dewinter, brandissant deux gants de boxe avec comme slogans "Uit zelfverdediging" (par autodéfense) et "Eigen volk eerst" (notre peuple en premier).

Le programme du VB était axé sur cinq thèmes: l'indépendance de la Flandre, une politique de retour pour les étrangers non-européens, une approche plus forte de la criminalité et de la corruption "parmi la mafia politique" et la famille comme pierre angulaire de la société. 

Naissance du "cordon sanitaire"

Au soir du dimanche 24 novembre, le succès du parti d'extrême droite s'était révélé plus important encore que ce que laissaient présager les sondages, avec une percée non seulement dans son bastion anversois, mais aussi dans toute la Flandre.

La vague de choc de ce "dimanche noir" s'était toutefois propagée dans tout le pays. Elle avait donné naissance au "cordon sanitaire" - une pratique politique instaurée entre partis politiques flamands, à l'initiative du dirigeant écologiste Jos Geysels, visant à exclure les partis politiques d'extrême droite de toute majorité politique.

Le succès du VB n'avait toutefois pas empêché la formation, le 7 mars 1992, d'un nouveau gouvernement, Dehaene I, s'appuyant sur la même coalition "de perdants" (CVP, PSC, PS et SP) sous la houlette du Premier ministre Jean-Luc Dehaene. 

D’autres "dimanches noirs"

D'autres "dimanches noirs" ont encore suivi. Le 8 octobre 2000, lorsque le Vlaams Blok a conquis un quart des sièges à Anvers lors des élections communales et le 13 juin 2004 quand le parti a obtenu 24,2% des voix lors des régionales, devenant le premier parti au parlement flamand, avec 32 sièges sur 124.

Quelques mois plus tard, le 14 novembre, le parti avait changé de nom, devenant le Vlaams Belang après une condamnation pour racisme d'asbl satellites du Blok.

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