Comparer les mesures sanitaires à l'Holocauste ? "Un phénomène dégoûtant et inapproprié"

Les médias sociaux regorgent actuellement de comparaisons entre les mesures politiques prises pour endiguer l’épidémie et la période de l'Holocauste. Certains critiques affirment que les personnes non vaccinées sont traitées comme les juifs lors de la Seconde Guerre mondiale. Dimanche dernier à Bruxelles, l'étoile jaune est apparue à multiples reprises parmi les manifestants venus protester contre les mesures sanitaires en vigueur. "Une comparaison de mauvais goût et totalement hors sujet", dénoncent des historiens et des représentants d’organisations juives. 

Les personnes non-vaccinées sont-elles les nouveaux juifs ? A en croire certains militants antivax et anti-pass sanitaire, la réponse serait oui. Sur de nombreux groupes Facebook, les analogies affluent depuis plusieurs mois.

Lors des manifestations, tant aux Pays-Bas qu'ici, l'étoile jaune est également apparue comme un signe d'oppression. La comparaison voulue entre l'enregistrement imposé aux personnes d'origine juive par le régime nazi et l’imposition des mesures sanitaires ne pourrait être plus claire.

A Amsterdam, les étoiles jaunes étaient déjà apparues début septembre lors d'une grande manifestation. Certains militants avaient même été jusqu’à revêtir l'uniforme rayé des camps de concentration. "Offensant et insensé", avait dénoncé le coordinateur national contre l'antisémitisme. Ce week-end, de nombreux musées de guerre néerlandais se sont joints à l’indignation. Dans une lettre ouverte, ils ont formellement demandé de cesser les comparaisons avec l'Holocauste. 

"Une analogie dérangeante et inappropriée "

En Flandre, des représentants de la communauté juive et plusieurs historiens qualifient le phénomène de dégoûtant et déplacé. Christophe Busch, ancien directeur de la caserne Dossin et actuel directeur de l'Institut Hannah Arendt, évoque une comparaison "totalement absurde". Le recteur et historien de l'Université d'Anvers, Herman Van Goethem, parle quant à lui d'une "analogie dérangeante, stupide et inappropriée".

"Il s'agit de deux choses totalement incomparables", souligne Christophe Busch. "D'un côté, vous avez un certain groupe de la population qui a été soigneusement sélectionné pour être exterminé pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans l'autre cas, vous avez un choix individuel et un gouvernement qui doit rester ferme dans le cadre d’une pandémie. C’est une bonne chose que les citoyens interrogent et critiquent les décideurs politiques, mais il est inquiétant que l'Holocauste soit mis sur le même plan que l'approche actuelle pour endiguer le covid".

"Nous avons ici un groupe qui constate qu'il y a malgré tout des limites à la liberté. Mais c’est logique non ? Après tout, toute personne qui n'est pas vaccinée constitue un danger pour la santé publique. Dans la circulation routière, nous avons aussi des obligations, n'est-ce pas ?", avance pour sa part Herman Van Goethem.

"Un sentiment très désagréable"

"Un sentiment très désagréable s'empare de moi", a déclaré de son côté Amir Haberkorn, membre de l'Union des Juifs progressistes et guide au Musée juif de Bruxelles. "Je ne veux pas dire qu’il s’agit-là d’un antisémitisme réel, mais le sentiment général parmi les juifs qui m'entourent est que cette comparaison est tout simplement honteuse."

"Complètement déplacé", a également réagi Philippe Scharf, co-président du Forum des organisations juives, dans une brève réponse. 

Théories du complot

Outre l'analogie avec l'étoile jaune, des photos de personnes affichant ouvertement des théories conspirationnistes antisémites dans les rues de Bruxelles sont également apparues sur le Net.

La chercheuse Nathalie Van Raemdonck a notamment partagé sur Twitter la photo d'une femme faisant référence aux Protocoles des Sages de Sion, un document inventé de toute pièce datant du début du siècle dernier. Ce document relate que des plans pour une domination juive du monde ont été forgés lors d'une réunion secrète à Bâle, en Suisse. 

Pour Christophe Busch, la présence de tels complotistes parmi les manifestants est un réel problème. "Leur but est en effet précisément de renforcer la pensée du ‘nous contre eux’", souligne-il. "Il serait bon que les autres participants remettent ouvertement en question les récits des complotistes", estime-t-il encore. "Après tout, les groupes minoritaires marginaux peuvent toujours invoquer le pouvoir du nombre lors d'une manifestation réunissant 35.000 participants."

Un manifestant faisant allusion à l'étoile jaune.

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