Frank Vandenbroucke : "Rouvrir pas à pas le secteur culturel", le monde de la culture déçu

La rencontre virtuelle organisée ce mardi matin entre le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke (photo) et le monde culturel concernant la décision du dernier Comité de concertation (Codeco) de fermer les salles de spectacle pour contrecarrer la propagation du variant Omicron a tourné au dialogue de sourds. Le secteur culturel réclamait la convocation urgente d'un nouveau Codeco et l'annulation des mesures visant le secteur culturel. Mais le ministre a rejeté cette demande, proposant un plan de réouverture par étapes qui offre des perspectives à long terme. Pour le concrétiser, Vandenbroucke rencontrera à nouveau des acteurs du secteur, dans une semaine.

La réunion virtuelle était suivie par une trentaine de représentants de différentes branches des secteurs culturel et de l’événementiel. "J’ai expliqué pourquoi nous avions pris la décision de fermer ces secteurs, mais j’ai aussi écouté", résumait le ministre Vandenbroucke à l’issue de la réunion. "'Nous reconnaissons que le secteur est lourdement touché et qu’il a fait beaucoup d’efforts pour que les représentations puissent avoir lieu en toute sécurité sanitaire. Mais il ne pourra rouvrir que quand la situation épidémiologique le permet, quand nous ne nous attendrons plus à une surcharge de patients Covid pour les hôpitaux. Nous ferons alors aussi rapidement que possible une proposition au Comité de concertation pour rendre à nouveau possible un minimum d’activités "

Frank Vandenbroucke veut aussi donner une perspective d’avenir à plus long terme au secteur et voir quelles mesures de soutien doivent être octroyées. "Le secteur réclame un plan par étapes pour pouvoir aller graduellement vers une réouverture complète. Je rencontrerai le secteur à nouveau la semaine prochaine pour une réflexion très concrète sur un plan par étapes".

Theater Malpertuis

Peu d’espoir

Le secteur culturel se dit soulagé que le ministre ait écouté ses inquiétudes, mais n’a pas grand espoir pour l’avenir immédiat. "Il est important que le dialoguie ait été entamé", estimait Mike Naert (photo archives) de Het Depot à Louvain, porte-parole du secteur de la musique "live".

Selon Philippe Degeneffe, président de la Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS), présent à cette réunion, "le ministre Vandenbroucke ne veut pas bouger d'un iota". "Les théâtres vont devoir continuer à travailler dans l'illégalité...". Selon le président de la FEAS, le ministre de la Santé aurait juste évoqué la possibilité de rouvrir progressivement les salles de spectacle à une date encore indéterminée, et ce sous quatre conditions: le port du masque, le Covid Safe Ticket pour le public, des distanciations sociales et de bonnes conditions d'aération dans les salles. "Ce sont des conditions qui sont pires que toutes celles que l'on a connues jusqu'à présent!", oppose Philippe Degeneffe.

Et le secteur de souligner qu’il ne lui est financièrement pas possible de fonctionner longtemps à régime réduit. "Les caisses sont vides. Le secteur est découragé. Si nous ne pouvons rouvrir, il faut un solide paquet de mesures d’aide", précisait Mike Naert. Aucun Codeco n’est encore prévu avant le 28 janvier.

Magnette : "On s’est plantés collectivement au Codeco"

Le président du PS, Paul Magnette, estimait ce mardi dans une interview accordée au quotidien L’Echo qu'il faut avoir "l'humilité" de reconnaître collectivement que les politiques se sont "plantés" lors du dernier Comité de concertation, dont la décision de fermer des lieux culturels a créé un tollé. "Je comprends et j'adhère complètement aux reproches qui nous sont faits par le monde de la culture", assure le socialiste.

"Il n'y a pas de honte, en tant que politique, à reconnaître que nous faisons des erreurs. Essayons d'en comprendre les origines et voyons comment les corriger", enjoint-il. Il reconnait qu'il n'y avait pas de raison objective de fermer les lieux culturels visés "mais ils ont été pris dans une décision qui visait tous les événements en intérieur". "Un travail aurait dû être fait, il faut le dire, par la ministre de la Culture Bénédicte Linard (Ecolo). On aurait dû établir des critères (ventilation, usage du masque, CST, etc.) en fonction desquels les lieux culturels pourraient continuer à fonctionner. Les acteurs auraient dû avoir la possibilité de se mettre en règle avant de recevoir une certification de la Communauté française. La ministre dit que les règles ne seront pas respectées, alors qu'elle avait la responsabilité d'établir les conditions de fonctionnement du secteur. Avec une certification, on aurait pu, en Codeco, éviter d'y aller à l'aveugle".

Selon le président du PS, "il faut profiter de la trêve des confiseurs pour mettre toute la gestion de la pandémie à plat". Il préconise un débat - lancé - sur la vaccination obligatoire et un autre sur les soins de santé et leur engorgement. La chaine de décision via le Gems, le commissariat corona, le kern et le Codeco, doit en outre être "repensée", avance Paul Magnette.

La présidente du Sénat, Stéphanie D’Hose (Open VLD, photo), avouait aussi ce mardi dans l’émission "De ochtend" (VRT) avoir des doutes sur les mesures imposées au secteur culturel. "Il s’est passé quelque chose que ni moi, ni les gens auxquels je parle en rue ne comprennent. Si les gens ne trouvent pas les mesures corona légitimes, nous allons réellement avoir un problème".

BELGA

Recours au Conseil d’Etat introduit

Le secteur culturel a introduit ce mardi matin un recours en annulation ainsi qu'une demande de suspension et de mesures provisoires en extrême urgence auprès du Conseil d'État, annonçait la Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS), l'un des acteurs de cette initiative.

Le secteur culturel avait affirmé vouloir lancer ce recours au lendemain du Comité de concertation du 22 décembre. "Ce recours vise ni plus ni moins que l'annulation de la décision prise par le Comité de Concertation (Codeco) du 22 décembre dernier, et de l'arrêté royal qui la formalise, de fermer toutes les salles de spectacles et de cinéma. Cette mesure est en effet infondée, injuste et complètement disproportionnée", indique la FEAS, qui espère une décision du Conseil d'État d'ici la fin de la semaine.

En plus de la FEAS, la Ligue des Droits Humains (LDH), Les Nocturnales (Luc Petit), la Chambre des Théâtres pour l'Enfance et la Jeunesse (CTEJ), le Réseau des Professionnels en Centres culturels (ASTRAC), le fournisseur technique Yes Event, l'Association des Centres Culturels (ACC), l'Association des Programmateurs Professionnels (ASSPROPRO), la Fédération de la Culture Indépendante (FCI), la Comédie de Bruxelles et le Théâtre du Trocadéro sont à l'initiative de ce recours. La décision du Comité de concertation de fermer les lieux culturels a engendré une vague de protestation même en dehors du secteur culturel. Plusieurs lieux de culture ont décidé de rester ouverts malgré l'interdiction.

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