Pour désherber les voies, Infrabel remplace les herbicides par de l’eau chaude

Le gestionnaire du réseau de chemins de fer, Infrabel, cherche une solution pour réduire son utilisation d'herbicides le long des voies ferrées. Pour le moment, l'utilisation de ces substances reste indispensable afin de garantir la sécurité du trafic ferroviaire, mais une solution semble se dessiner. Le gestionnaire teste actuellement un prototype de train à eau très chaude (photo) pour désherber les voies. Il était présenté ce lundi à Visé, près de Liège. 

Pour traiter les voies dites "principales", Infrabel s'est engagé à rechercher des alternatives aux herbicides techniquement et économiquement réalistes. Le "train eau chaude", en test dans l'Est du pays, constitue une piste encourageante. Le gestionnaire s'est inspiré d'un prototype développé en Suisse pour concevoir sa propre technologie.

"Ce train est prévu pour désherber les voies et remplacer le glyphosate que l'on utilise actuellement", explique Vincent Goreux, ingénieur caténaire pour Infrabel. "Il est composé de trois citernes de 50m3 qu'on remplit d'eau et que l'on fait chauffer à 95 degrés. Il circule le long des voies et asperge de l'eau sur la végétation via des rampes". Le prototype, long de 180 mètres et composé de deux locomotives encadrant cinq wagons, termine sa deuxième saison de test, le but étant de diminuer la quantité d'eau nécessaire par mètre carré, après quelques essais limités à l'automne dernier.

"Le réseau d'Infrabel compte plus de 6.000 kilomètres de voies. Pour le couvrir, en fonction des tests, il faudra probablement de trois à cinq trains", complète l'ingénieur. Ces premiers tests sont jugés "encourageants" et seront prolongés, dans les deux à trois prochaines années, principalement sur une partie de l'axe Anvers-frontière allemande. "Le glyphosate est un problème pour la santé et la biodiversité mais il est nécessaire pour le moment pour entretenir le réseau ferroviaire", a commenté le ministre fédéral de la Mobilité Georges Gilkinet (Ecolo).

"On cherche des alternatives. C'est le cas avec ce prototype de train désherbeur à eau chaude que nous avons financé. J'espère que nous pourrons avancer vers une solution industrielle que nous pourrons utiliser sur tout le réseau et exporter". Un premier budget de deux millions d'euros a été dégagé pour financer ce prototype. Cette somme s'ajoute aux dotations que reçoit chaque année Infrabel pour travailler.

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Protéger la nappe phréatique

Interrogé par VRT NWS, le porte-parole d’Infrabel Thomas Baeken (photo) soulignait que le glyphosate est aujourd’hui interdit en Belgique. "En tant que gestionnaire d’infrastructure, nous avons obtenu une dérogation sur cette interdiction. Mais elle n’est que de durée limitée, et devrait ensuite être renouvelée. Le gouvernement nous demande aussi de trouver d’autres solutions pour désherber, qui soient plus écologiques. C’est compréhensible".

La ministre flamande de l’Environnement, Zuhal Demir, rappelait pour sa part que les herbicides aboutissent dans la nappe phréatique. "Il y a deux ans, nous avons demandé à Infrabel de trouver une autre solution, car l’utilisation de pesticides par Infrabel à hauteur de 88%, c’est beaucoup. Les pesticides sont particulièrement agressifs et aboutissent dans nos eaux souterraines. Ce n’est pas bon pour l’environnement - la nature et les abeilles notamment".

Le traitement à l’eau chaude est moins ciblé et devra donc être fait plus souvent qu’aux pesticides. "Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est un pas dans une très bonne direction. Combiné à d’autres techniques écologiques, ce sera sans doute la réponse pour l’avenir", concluait Thomas Baeken.

NICOLAS MAETERLINCK

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