Yorick Jansens

Chantier Borealis à Anvers : déjà 174 personnes identifiées comme victimes de traite

Plus de 100 personnes supplémentaires ont été reconnues comme victimes de la traite des êtres humains dans l'affaire d'exploitation sur le chantier de l'usine chimique Borealis (photo) à Anvers. Au départ, il était question de 55 hommes originaires des Philippines et du Bangladesh. Il apparaît maintenant que des Turcs et des hommes originaires d'autres pays étaient également exploités sur le chantier à Kallo dans la zone portuaire. L’organisation anversoise Payoke, qui accueille et aide les victimes de traite d’êtres humains parle de 174 victimes déjà identifiées et "de la plus grosse affaire de traite en Belgique". Elle annonçait sur Radio 2 ne pas pouvoir venir en aide concrètement à toutes ces victimes.

Mardi après-midi, plus d'une centaine de travailleurs turcs se sont rassemblés devant un poste de police d'Anvers pour faire connaître leurs doléances. "Tout le monde a été identifié et, en concertation avec le parquet, une personne qui a mené l'action a été entendue dans une interview", a déclaré le porte-parole de la police d'Anvers, Wouter Bruyns. "Nous transmettons ces informations à l'auditorat du travail, qui examine l'affaire."

"En ce qui nous concerne, il s'agit d'une affaire d'une ampleur sans précédent", déclarait Pieter Wyckaert de l'auditorat du travail d'Anvers. "En fait, c'est l'un des plus gros cas que nous ayons rencontrés jusqu'à présent. L'enquête est menée au mieux, mais les capacités des enquêteurs et des institutions d'accueil sont limitées." Une réalité que confirmait ce mercredi, sur les ondes de Radio 2, Klaus Vanhautte, directeur de l’organisation anversoise Payoke.

"Nous comptons maintenant déjà 174 victimes de traite d’êtres humains dans l’affaire concernant le chantier de l’usine chimique Borealis. C’est une catastrophe. Il n’y a encore jamais eu en Belgique une affaire de traite d’êtres humains aussi importante en Belgique. Je pense même que ce soit l’une des plus grosses affaires en Europe".

Tous les centres d’accueils affichent complet en Belgique

Klaus Vanhautte, directeur de l’organisation anversoise Payoke

L’affaire avait éclaté au grand jour la semaine dernière, avec la découverte de 55 victimes originaires des Philippines et du Bangladesh, qui devaient travailler sur le chantier de Borealis à Kallo six jours par semaine pour 650 euros par mois et qui étaient logés dans des conditions misérables. L’entreprise chimique rejette la faute sur le sous-traitant en charge du chantier dans le port d’Anvers, à savoir l’entrepreneur IREM-Ponticelli.

Mais une centaine de victimes supplémentaires, originaires de Turquie et d’autres pays, se sont entretemps fait connaître. Les 55 premières victimes sont accueillies dans la ville d’Anvers, qui a apporté son aide à Payoke. "Nous ne savions pas que ces 55 personnes ne représentaient qu’un tiers des victimes. Nous n’avons pas de scénario pour ce type d’affaire. Nous ne pourrons pas aider tout le monde concrètement", indiquait Klaus Vanhautte à Radio 2.

Les cent nouvelles victimes vivent dans la situation précaire dans laquelle le bureau de recrutement travaillant avec IREM-Ponticelli les a placés. "Une situation dramatique. Mais tous les centres d’accueil en Belgique affichent complet. Ils ne trouvent nulle part de la place". Payoke ne sait actuellement pas comment aider toutes les victimes. "Je ne sais pas par où commencer. Normalement je devrais prendre mes vacances maintenant, mais ce sera impossible. Tout le monde continue à travailler chez Payoke, mais je ne sais pas comment nous devons résoudre ce problème de dimension inédite", concluait Vanhautte au micro de Radio 2 Anvers.

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