Le centre-ville de Hasselt désormais zone résidentielle limitée à 20km/h

Tout le centre de la ville de Hasselt (Limbourg) est désormais une zone résidentielle. La vitesse maximale autorisée n'y est plus de 30, mais de 20 km/h. Non seulement les voitures, mais aussi les cyclistes doivent s'y conformer. Mais est-ce réellement un avantage en termes de sécurité ? Les experts en mobilité le pensent.

Des changements à partir de ce vendredi dans le centre de Hasselt transformé en "woonerf" (zone résidentielle). Cela signifie que désormais, la vitesse maximale y est limitée à 20 km/h, pour tous les usagers de la voie publique. Donc également pour les cyclistes ou les personnes se déplaçant, par exemple, en trottinette électrique.

Dans cette zone la vitesse était déjà limitée à 30 km/h. Une nouvelle réduction de la limitation de vitesse apportera-t-elle plus de sécurité ? Et quel impact y aura-t-il sur la qualité de la vie dans le centre-ville ? VRT NWS a posé la question à quelques experts en mobilité.

Le trafic va-t-il vraiment ralentir ?

En fait, les experts ne pensent pas que les automobilistes devront désormais vraiment lever le pieds. "Car à l'exception de quelques excès, la vitesse maximale réelle était déjà de 20 km/h", explique Kris Peeters, expert en mobilité. "Cette vitesse est logique dans un centre-ville médiéval comme Hasselt. Les rues y sont étroites, à présent la vitesse maximale de 20km/h y est officialisée."

Il s'agit plutôt d'une manière symbolique de dire que la voiture y est une invitée", pense Stef Willems de l'institut de sécurité routière Vias. "Le message est qu'il ne faut s'y rendre en voiture que si c'est vraiment nécessaire et justifiable. Une ville doit être accessible, mais les rues sont principalement destinées au trafic local et aux cyclistes. Et ils y ont déjà pris leur place.

Les cyclistes devront peut-être faire preuve d'un peu plus de retenue. "Parce que tout le monde doit s'en tenir aux 20 km/h", explique Cathy Macharis, professeur de mobilité durable et de logistique à la VUB. "Aussi les vélos électriques, et de nos jours, on peut facilement rouler beaucoup plus vite que ça."
 

Cela entraînera-t-il une diminution des accidents ?

La vitesse est une chose, mais un "woonerf" implique quelques mesures supplémentaires. La rue est ouverte à tous. Pas de trottoir, ni de piste cyclable ni de chaussée séparée ; tous les usagers partagent l'ensemble de la voie publique.

C'est ainsi que la ville de Hasselt veut offrir une solution aux défis du centre-ville, déclare l'échevin de la Mobilité Marc Schepers : "Nous avons aujourd'hui des conflits entre piétons et cyclistes en termes de vitesse, mais aussi entre automobilistes et cyclistes."

Le fait que tout le monde soit autorisé à utiliser la totalité de la voie peut sembler être une invitation à plus de conflits et d'accidents. Mais l'expert en circulation Dirk Lauwers, professeur invité à l'université d'Anvers et à l'université de Gand, insiste sur le fait que c'est le contraire qui se produira.

"Vous avez probablement plus de conflits. Mais vous établissez un contact visuel plus rapidement parce que vous conduisez moins vite, donc vous résolvez les conflits plus rapidement. Les conséquences seront donc moins graves. Comme au supermarché, où l'on ne se heurte pas aux autres chariots. Cela n'a pas besoin d'être réglementé. Dans le "woonerf", le piéton est le facteur déterminant. La hiérarchie est chamboulée, les cyclistes devront aussi adapter leur vitesse."
 

Quelle sera la place de la voiture ?

"Les voitures sont tolérées dans un "woonerf", mais elles ne sont plus la priorité", dit aussi Cathy Macharis. "C'est une façon de penser radicalement différente. La philosophie selon laquelle la ville est principalement destinée aux voitures est désormais inversée."

Elle prévoit que le woonerf est également une bonne nouvelle pour les enfants. "Ils pourront davantage jouer dehors, car si une voiture arrive lentement, ils auront aussi le temps de la voir et de s'écarter."

Le fait que les voitures doivent maintenant se déplacer entre les piétons est exactement ce que Peeters apprécie. "Parce que c'est comme ça que les piétons donnent le rythme."

Selon Stef Willems, de Vias, cela découragera encore plus de personnes que ce n'est déjà le cas de prendre leur voiture pour se déplacer dans le centre-ville, "même si cela nécessitera certainement des explications et une application suffisantes".

Et bien qu'il s'agisse déjà d'une zone 30, ce "woonerf" contribuera encore à plus de sécurité, selon Dirk Lauwers. "Une zone de 30 km a déjà un effet considérable par rapport à une zone de 50 km, et pour chaque réduction de 10 km/h de la vitesse, les études montrent une baisse drastique du nombre d'accidents mortels.
 

Qu'en est-il de la qualité de la vie dans le centre-ville ?

L'introduction du "woonerf" ne constitue donc pas seulement un ajustement important au cœur de Hasselt en termes de mobilité, toute la ville pourrait en bénéficier. "Le fait que tout ne doive pas faire place à la voiture améliore la qualité de la vie d'une ville", déclare Cathy Macharis.

Pour l'instant, les services de la ville ont surtout installé de nouveaux panneaux de signalisation et d’autres poteaux ont disparus, mais à terme, il faudra plus que cela : "Un "woonerf" a besoin d'une structure différente, puis de nouvelles possibilités et de nouvelles fonctions vont suivre." Le stationnement dans une zone résidentielle à faible trafic, par exemple, n'est désormais autorisé que dans des zones spécialement désignées. "Pendant la crise du Covid on a vu que les parkings sont devenus des terrasses, par exemple. Qu'allons-nous avoir à leur place maintenant ?"

Cathy Macharis compare la situation de Hasselt à la transformation du Boulevard Anspach à Bruxelles. Cette transformation était encore plus radicale : une artère de circulation très fréquentée, est devenue un piétonnier. "Au début, il n'y avait que des ajustements rapides avec des panneaux. Mais ensuite, toute la zone a été réaménagée, avec de nouveaux trottoirs, beaucoup plus de verdure et des endroits où les gens peuvent s'asseoir. Vous avez également constaté que certains magasins ont disparu, mais que de nouveaux magasins de types différents s’y sont installés. Cela crée de toute façon une nouvelle dynamique dans la ville."

 

Le piétonnier du Boulevard Anspach à Bruxelles

En outre, la ville de Hasselt introduit également un plan de circulation. Le centre-ville sera divisé en quatre zones, que l'on ne peut atteindre qu'en voiture via le périphérique. "Cela permettra de se débarrasser d'une grande partie du trafic automobile qui ne devrait pas être là", explique Kris Peeters. "Et la diminution du trafic de raccourcis contribue à une meilleure qualité de l'air".

Une conduite progressive produit toujours moins d'émissions", explique Kris Peeters. "Cela dit, nous savons que 20 km/h ne donne pas l'efficacité idéale pour une voiture avec un moteur à combustion interne."

Mais cela nous amène à une autre discussion, selon Peeters : "La voiture en tant que moyen de transport est aujourd'hui construite pour pouvoir rouler à 190 km/h et n'est donc pas réellement conçue pour rouler lentement dans un centre-ville."
 

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