Un porte-conteneurs de l'armateur chinois COSCO Shipping amarré au port d'Anvers.
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"Chaque navire marchand chinois qui entre dans nos ports est en réalité un navire de guerre"

"Nous devons être plus conscients du rôle politique et militaire des grandes compagnies maritimes chinoises". C'est ce qu'a affirmé, mardi soir, le professeur de politique internationale Jonathan Holslag (VUB) dans l'émission "De Afspraak" (VRT). Dans son rapport, il souligne que la Chine conçoit délibérément ses navires pour qu'ils puissent ensuite être utilisés dans des conflits. "Nous devrions tirer les leçons du conflit en Ukraine et parier sur la résistance et la sécurité de nos ports", affirme encore Jonathan, Holslag.

Au cours des dernières décennies, la Chine est devenue l'une des plus grandes puissances maritimes au monde. Tout d'abord, l’empire du Milieu est le plus grand constructeur de navires au monde, et représente 41 % de la production mondiale de navires. C'est également le plus grand négociant maritime. Enfin, les ports chinois représentent environ 32 % du transit mondial de marchandises. Pourtant, la puissance maritime de la Chine a d'autres objectifs que le gain économique : utiliser les compagnies maritimes civiles à des fins politiques et militaires.

Chaque navire marchand est en réalité un navire de guerre

Dans un rapport publié ce mardi, intitulé "Le rôle du secteur maritime chinois et ses conséquences pour l’Europe", le professeur Jonathan Holslag détaille les objectifs politiques et militaires de la RPC. 

Ainsi Holslag affirme que "chaque navire chinois est en réalité un navire de guerre" et que "l'équipage de ces navires se compose principalement de personnel militaire". 

Dans "De Afspraak" sur Canvas, le professeur a détaillé cela. "En Chine, il existe une certaine réglementation selon laquelle les navires commerciaux doivent être construits selon certaines normes militaires. Les navires sont construits de telle sorte qu'ils peuvent transporter des chars. Les ferries doivent répondre à ses normes afin de pouvoir également être déployés en haute mer. Afin que des chars et des véhicules amphibies puissent être déchargés en mer".

En fait, les deux plus grands armateurs chinois, COSCO Shipping et China Merchants, ne cachent pas qu'ils construisent leurs navires dans cette optique. Ils admettent eux-mêmes qu'ils ont un rôle politique. Un très grand nombre de ces compagnies maritimes participent aussi activement à des exercices militaires avec l'armée. "Cela a du sens quelque part", explique encore Jonathan Holslag. "La rhétorique de la Chine à l'égard de Taïwan s'est durcie récemment.

Cependant, il est difficile d'imaginer une campagne sur l'île avec sa marine militaire "de couleur grise". La Chine a besoin de la marine marchande pour envoyer des troupes là-bas. Cette doctrine est déjà pleinement développée et les compagnies maritimes le reconnaissent.

 

Jacques Hubert Vandermeiren, CEO du Port d'Anvers-Bruges, le Premier ministre chinois Li Keqiang en l'ancien Premier ministre belge Charles Michel en 2017.
Nicolas Maeterlinck

Quel est le rôle du port d’Anvers ?

Les ports d'Anvers et de Zeebrugge qui ont fusionné (Port of Antwerp-Bruges) accueillent également un très grand nombre d'entreprises chinoises. "Nous devons être conscients de cela. Si elles ne contrôlent pas des parcelles de terrains, et ne possèdent pas ces ports, en raison des énormes investissements chinois, nos ports sont très dépendants de ces compagnies maritimes. Ainsi plus grand terminal à conteneurs du port d'Anvers dépend à plus de 80 % de l'armateur chinois COSCO Shipping."

Avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, il est devenu très clair que nous sommes très dépendants du gaz russe. Les prix de l'énergie atteignent des niveaux sans précédent. Selon Jonathan Holslag, nous devons également en tenir compte lorsque nous pensons à la Chine. 

"Nous devons examiner nos propres intérêts et tirer les leçons de ce qui s'est passé en Ukraine. Nous allons devoir construire un grand nombre de navires dont nous avons besoin pour notre économie stratégique. Or, nous n'avons plus les chantiers navals pour le faire. Nous devons réduire notre dépendance et notre vulnérabilité vis-à-vis de la Chine tant que nous le pouvons encore."

Le Professeur Holslag accuse l'administration du port d'Anvers de ne pas tenir suffisamment compte des intentions politiques de ces compagnies maritimes chinoises. 

"Cela témoigne d'une naïveté que je ne peux pas tout à fait comprendre", souligne Jonathan Holslag. "Les entreprises elles-mêmes reconnaissent qu'elles sont un outil politique. Le gouvernement doit surveiller les secteurs individuels, mais il doit également veiller à la résistance et à la sécurité à long terme de notre pays. Nous devons réfléchir à cette dépendance vis-à-vis de la Chine."
 

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