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Les directeurs de prisons flamandes protestent contre la surpopulation carcérale

Deux jours après que les gardiens de nombreuses prisons du pays aient une nouvelle fois fait grève contre la surcharge de travail, le manque de personnel et la surpopulation dans les établissements pénitentiaires, ce sont les directeurs des prisons qui alertent sur la situation intenable dans leurs établissements. Plus de 70 des 80 directeurs des prisons de Flandre ont ainsi signé une lettre concernant "l’état intenable" de leurs établissements, adressée au ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne. Ils estiment que la surpopulation carcérale doit d’urgence être prise en main, la situation actuelle menant à une violation des droits de l’homme. Selon Hans Claus, directeur de la prison d’Audenarde (Flandre orientale), l’un des problèmes est la trop longue durée des détentions préventives (dans l’attente d’une éventuelle condamnation).

"Nous sommes des fonctionnaires conscients de leurs devoirs. C’est pourquoi nous nous sommes longtemps tus. Mais les conditions de vie dans les prisons ne sont plus acceptables. Nous ne pouvons plus accepter de devoir bafouer les droits de l’homme, jour après jour", indiquent les directeurs dans leur lettre au ministre de la Justice.

Ils rejoignent dans leur contestation les syndicats, qui organisent chaque semaine des grèves pour protester contre la situation carcérale. Et ils réclament avant tout une limitation légale de la détention provisoire.

"Environ 40% des personnes incarcérées n’ont pas encore été condamnées et attendent leur procès. C’est beaucoup trop, c’est inacceptable, comparé aux chiffres dans le reste de l’Europe", estime Hans Claus, directeur de la prison d’Audenarde et l’un des initiateurs de l’appel écrit au ministre Van Quickenborne.

Les directeurs sollicitent son aide, tout en soulignant qu’ils ne lui font pas de reproches. "Il essaye, et promet une lumière au bout du tunnel. Mais nous voyons seulement le tunnel s’allonger".

“Entassés dans des cellules”

En mars dernier, l’émission "Terzake" (VRT) filmait encore la situation dramatique à la prison de Gand : des centaines de prisonniers doivent s’entasser à deux ou trois dans des cellules prévues pour un seul détenu, une partie d’entre eux dormant sur des matelas au sol. Les chiffres de début 2022 sont clairs : 11.076 personnes étaient incarcérées en Belgique alors qu’il n’y avait au total que 9.500 places dans les prisons belges.

Le ministre de la Justice comprend l’indignation des directeurs et veut se concerter avec les parquets et tribunaux à propos de la durée des détentions préventives dans notre pays. "Autrefois, les gens étaient libérés plus tôt dans l’attente d’un procès, alors que maintenant ils sont incarcérés de plus en plus longtemps. Nous nous demandons si les critères sont bien appliqués", indiquait Hans Claus ce vendredi matin dans l’émission "De ochtend" (VRT). "Raison pour laquelle nous sommes en concertation positive avec des magistrats, notamment".

Vincent Van Quickenborne (photo) rappelle les critères pour une détention préventive : la détention doit être une nécessité pour la sécurité publique, il faut pouvoir prouver qu’il y a danger de récidive ou de fuite, ou de disparition de preuves.

Bart Dewaele

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