La commission fédérale de déontologie a rendu un avis très critique à l'encontre du député Michael Freilich (N-VA). Elle juge "grave de remettre publiquement en cause l'indépendance et l'objectivité des instances judiciaires." De son côté le député se défend et affirme n’avoir "à aucun moment tenté d’entraver le cours de la justice, ni demandé la moindre pression en ce sens".
La commission fédérale de déontologie pointe le rôle de Freilich dans le débat sur la circoncision
En mai 2025, le député fédéral anversois était à Washington quand des perquisitions avaient eu lieu dans la Métropole dans le cadre d'un dossier d'exercice illégal de la médecine, relatif à des circoncisions rituelles dans la communauté juive. "J'ai été sollicité à ce sujet à l'époque", s'était-il ensuite défendu. "J'ai demandé aux Américains de nous aider à réfléchir à un cadre juridique approprié, car la circoncision est courante aux États-Unis."
La Chambre a décidé de demander un avis à la commission fédérale de déontologie. L'élu est soupçonné d'avoir poussé les États-Unis à se mêler de l'enquête sur les "mohels", les circonciseurs rituels juifs. Cet élément avait été à l'origine d'un incident diplomatique provoqué par l'ambassadeur américain Bill White. Celui-ci avait laissé entendre que l'enquête judiciaire sur ces circoncisions potentiellement illégales étaient antisémites.
La commission de déontologie a émis un avis très critique: "Dans ses prises de position, le député doit respecter la séparation des pouvoirs. Il est grave de remettre publiquement en cause l'indépendance et l'objectivité des instances judiciaires, par exemple en suggérant l'existence de motivations cachées, d'ingérence politique, de racisme ou d'antisémitisme", écrit-elle. "Les députés doivent s'exprimer avec prudence sur de telles allégations et ne peuvent formuler de tels doutes que pour des motifs sérieux."
"Une ingérence illicite dans le processus législatif"
Et de poursuivre : "Il est clair qu'il s'agit d'une ingérence illicite dans le processus législatif, tel qu'il est consacré par la Constitution, lorsqu'il est demandé une ingérence par le biais de pressions, des activités secrètes, trompeuses, coercitives, corruptrices ou autres activités illégales."
La commission recommande une nouvelle fois à la Chambre de rendre obligatoire l'enregistrement de tous les contacts étrangers (hors UE) dans un registre de transparence. Un avis en ce sens avait déjà été publié en 2017. Dans la majorité, Vooruit a appelé mardi à mettre en œuvre cette recommandation.
Dans une réaction, Ecolo demande une sanction officielle. Le parti d'opposition demande au président de la Chambre Peter De Roover "de prononcer une réprimande formelle à l'encontre de M. Freilich". "C'est clair: Freilich a gravement enfreint les règles déontologiques et cela mérite une sanction", selon la députée Rajae Maouane. "Le débat sur nos lois doit se dérouler au sein de notre Parlement, et non sous une influence étrangère."
Michael Freilich : "Cela n’a tout simplement jamais eu lieu"
"Je n’ai à aucun moment tenté d’entraver le cours de la justice, ni demandé la moindre pression en ce sens", s'est défendu mardi le député Michael Freilich (N-VA).
"Cela n’a tout simplement jamais eu lieu. Ce que j’ai fait, en revanche, c’est me renseigner pour savoir si, compte tenu de la grande expertise aux États-Unis, où la circoncision est largement répandue, on était disposé à réfléchir à d’éventuelles solutions. Cela est très éloigné des accusations qui sont aujourd’hui avancées."
