Dans son discours prononcé à la veille de la Fête du travail, le président du parti socialiste flamand Vooruit a remis la "taxe des millionnaires" sur la table, à l’heure où d’importantes économies s’imposent. Ceux qui prennent vraiment le budget au sérieux n'auront pas d'autre choix que d'y recourir, déclarait Conner Rousseau dans son allocution à la Bibliothèque royale. "Nous traversons une période difficile. Nous devrons prendre des décisions difficiles. Quiconque souhaite préserver l'avenir devra faire des sacrifices. Mais cela ne réussira que si chacun s'y met", estime Rousseau, qui affirme qu’il défendra fermement son point de vue au sein de la coalition.
A l'occasion du 1er mai, le président de Vooruit Conner Rousseau défend à nouveau une taxe des grandes fortunes
En ce 1er mai, Fête du Travail, les partis politiques et les syndicats célèbrent leur lutte historique pour les droits des travailleurs. Comme chaque année, de nombreux partis organisaient déjà des rassemblements la veille. Les militants socialistes n’ont pas fait exception.
L'atmosphère est toutefois différente cette année. Le gouvernement De Wever doit combler un déficit budgétaire de 5 milliards d'euros. Au sein du gouvernement, un débat fait rage sur la manière dont ces fonds devraient être trouvés. Cette tension figurait au cœur du discours prononcé par le président de Vooruit devant quelques centaines de militants.
La taxe des grandes fortunes est une contribution d'un cercle très restreint, "une contribution que certains membres de ce cercle réclament d'ailleurs eux-mêmes", a plaidé Conner Rousseau, aux côtés des dirigeants du syndicat ABVV-FGTB et de la mutualité socialiste Solidaris. Sans cette taxe, le budget fédéral ne tiendra pas, estime le socialiste flamand.
"Les gens ordinaires paient aujourd'hui trop parce qu'un petit groupe paie trop peu. On ne peut résoudre ce problème qu'avec une taxe sur les millionnaires. C'est la seule façon pour que les travailleurs ordinaires paient moins, qu'ils disposent d'un revenu net plus élevé et que nous remettions notre pays sur les rails."
Le parti libéral francophone MR a de son côté déjà laissé entendre cette semaine que l'accord de gouvernement ne laissait guère de marge pour des impôts supplémentaires. Seul parti de gauche du gouvernement fédéral, Vooruit se targue d'avoir préservé l'indexation automatique. "Créée il y a cent ans par les socialistes, et sauvée cent ans plus tard par les socialistes". Le gouvernement a en effet maintenu l'indexation automatique, tout en la plafonnant pour les salaires plus élevés.
Pour soutenir le budget, Vooruit met aussi sur la table du gouvernement un nouveau mode de calcul pour l'octroi de l'intervention majorité (statut BIM), qui intègre l'ensemble des revenus mobiliers et immobiliers ainsi que le patrimoine.
Conner Rousseau a également plaidé en faveur d'une Europe plus forte, capable de prendre son destin en main. Plus tôt cette année, les socialistes avaient proposé de ne rendre fiscalement déductibles que les voitures de société de fabrication européenne. Jeudi, le président des socialistes flamands a résumé sa pensée par ces mots: "Un avenir européen unique, avec notre propre énergie, notre propre industrie et notre propre technologie".
Rousseau terminait avec une promesse aux militants. "Nous ne sommes pas le plus grand parti du gouvernement fédéral. Je ne suis pas le Premier ministre. Mais je promets de me battre."
"Il manque du courage politique"
Ce même message a été repris par le syndicat socialiste ABVV. À l'instar de Conner Rousseau, son président Bert Engelaar plaidait explicitement dans son discours pour une contribution accrue des plus riches. D’après le syndicaliste, la facture ne doit pas être à nouveau reportée sur les malades, les retraités ou les personnes en chômage partiel.
Ce dernier entrevoit un potentiel d'environ 21 milliards d'euros dans une réforme du système fiscal – incluant les revenus du patrimoine et de l'immobilier et supprimant les régimes d'exonération. Selon lui, les subventions et les avantages fiscaux doivent également être examinés de près.
"Nous ne prônons pas l'envie. Nous demandons justice", déclarait Bert Engelaar. "Les solutions existent. Ce qui manque, c'est le courage politique."
